Attentats, dire, ne pas dire

Par Delphine Dumont, le 27 juillet 2016 | En bref |

Faut-il nommer les terroristes ? Faut-il être le plus précis possible dans la description de leurs actes ? Ou faut-il, au contraire, jeter un voile pudique, anonymiser, minimiser ? Une fois de plus, on se perd dans un débat en attendant une réponse péremptoire et forcément excessive.

Je vais vous résumer ma position : la nuance est toujours reine, mentir, même par omission, n'est jamais bon, faire du sensationnalisme non plus.

L'émotion

Être ému par un événement aussi dramatique et révoltant qu'un attentat est totalement humain. Quand la victime est un enfant ou un prêtre âgé qui n'a cessé d'agir pour l'amitié entre les hommes, elle peut nous envahir même si nous nous efforçons de garder la tête froide.

Les déclarations indignes de nombreux élus, la surenchère de détails ou l'avalanche de photos des coupables peuvent être pénibles à supporter d'autant qu'elles sont parfaitement dispensables. Tout cela s'ajoute à l'événement-même et crée un malaise bien compréhensible.

Les limites de l'information

Quelles sont ces limites ? Je serais bien en peine de le dire. Cacher des informations peut être dangereux à de nombreux points de vue et favorise la naissance de rumeurs. Ne rien taire peut porter atteinte aux victimes, créer un sentiment de peur disproportionné avec l'événement en question et, enfin, faire naître des rumeurs.

Trop en dire ou pas assez ne satisfera jamais personne, l'attention du public se focalisant sur les médias pour deux mauvaises raisons. D'une part, la perte de confiance en la parole des élus s'accroit chaque jour, à juste titre. D'autre part, pour se rassurer et continuer à vivre, beaucoup ont besoin qu'un coupable leur soit désigné sur lequel ils pourront reporter leur colère. Les informations délivrées ne seront jamais parfaites car elles ne répondront pas à la question réelle : sommes-nous en sécurité ?

Les experts s'affrontent

Comme l'illustre cet article de L'Express, psychiatres et experts en terrorisme ne s'accordent pas sur la nécessité d'anonymiser les terroristes. Leur faire moins de publicité peut être une bonne chose mais, effectivement aussi, la propagande djihadiste et les médias d'extrême-droite viendront remplir le vide. Encore une fois, pas de solution magique, zut alors !

En conclusion

L'importante demande d'informations se heurtant à la réalité, c'est à dire au fait que l'enquête ne progresse jamais aussi vite que dans un feuilleton policier, beaucoup de médias sont réduits à republier plusieurs fois le même article quitte à se paraphraser. D'autres, par besoins de pages vues/auditeurs, inviteront pléthore d'experts (ou prétendus tels) et s'abaisseront au voyeurisme en interviewant le mari d'une victime à côté du corps encore chaud de sa femme, par exemple.

Bref, une fois de plus, le vieil adage "Santé, sobriété" s'applique parfaitement. Être complet, précis et neutre, c'est la seule solution et elle est plus facile à dire qu'à réaliser, hélas. Inutile de verser dans le politiquement correct, ni dans le sensationnalisme. Bien nommer les choses est capital comme le rappelle cruellement cet excellent Tumblr de Sophie Gourion, sur un autre sujet toutefois.

Ma timeline a de l'humour

Pour finir avec le sourire, je vous propose les réponses rigolotes que j'ai reçues à ce tweet :

De Sophie-Laurence Roy :

De Vincent Bénard :

De Mystisith :

De CynicLib 

Et il y en a d'autres, j'ai beaucoup de followers sympa !

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