Courage Pour l’Emploi

Par Delphine Dumont, le 31 mars 2006 | Politique-tac

Je viens de lire cet article du Nouvel Obs1 et j’ai été choquée, vraiment choquée. On peut y lire que les syndicats s’expriment comme des terroristes corses avec moult exigences et ultimatum tandis que l’opposition s’agite et tempète tel un hippopotame dérangé dans son sommeil. On peut y lire aussi que le gouvernement ne communique toujours ni plus, ni mieux, il se contente de “rester ferme”. Bref, du bruit, des menaces mais pas d’avancées.

Je ne reviendrais pas sur les bons aspects du CPE, ni sur les mensonges qui ont été proférés sur son compte, j’accepte toujours aussi bien qu’on le refuse (même si j’ai de plus en plus de mal à comprendre pourquoi), mais cette volonté de faire plier le gouvernement juste pour le faire plier, ça, je ne l’accepte pas. La loi a été votée démocratiquement sans déranger le profond sommeil des socialistes 2, le Conseil constitutionnel vient de la valider et malgré tout, les opposants au CPE continuent de proclamer qu’il s’agit d’une loi inique ! Pire, la désinformation coure et s’amplifie, les braves gens qui défilent au nom de la démocratie et de la protection des jeunes ne prennent même pas le temps de lire et de se documenter ! Non, ils avalent tout rond la soupe empoisonnée et les journalistes ne font pas de contre-enquête. Maître Eolas3 l’a démontré à plusieurs reprises, cette loi est bien meilleure que ce qui a été dit au début, elle mérite au minimum que les syndicats fassent preuve de bonne volonté, au minimum ! L’attitude de Villepin a été choquante ? C’est plus que vrai ! Est-ce une raison pour se conduire encore plus stupidement au risque d’aggraver la situation des jeunes sans qualification ?

Il me semblait pourtant clair qu’il fallait agir vite pour remédier aux années d’inaction et de mauvaises idées qui ont conduit à ce merveilleux taux de chômage, à ces délocalisations, à cette hausse des prix (bien réelle même si elle est toujours minimisée officiellement), à cette pollution, à cette intolérance, etc… Non, je ne mélange pas tout. Les peurs protectionnistes (racisme, sexisme, homophobie) sont des réactions classiques aux malaises sociaux.

Je ne prétends pas que chacun doit renoncer à ce en quoi il croit, à ses principes les plus chers, ni que moi, j’ai raison et tous les autres tort. Non. Je demande simplement à ce que les partisans et les opposants au CPE se rencontrent calmement et discutent. Je leur demande de ne voir en 2007 que l’année CPE+1 (ou no-CPE+1) et non l’année des élections. Je leur demande de se conduire en adultes responsables, tout simplement, d’écouter l’autre avec respect et de lui répondre vraiment, sans propagande. Je demande aux journalistes de ne pas être de simples perroquets qui répètent ce qu’a dit l’un, ce qu’a dit l’autre. Je leur demande de bouger leurs petites fesses molles et d’aller enquêter sur la réalité du chômage de la jeunesse et tant qu’ils y sont, qu’ils collent leurs juristes sur le CPE, leurs analystes économiques, etc… Être journaliste, ce n’est pas qu’avoir le droit d’avoir son nom en bas de page, il y a un véritable devoir d’informer. Pour l’instant, le 4ème pouvoir a juste une gueule d’écho, il répète et déforme… :(

  • 1 : Pour illustrer cet article, le Nouvel Obs reprend cette photo où Chirac a l’air plutôt ridicule et qui avait déjà été utilisée la semaine précédente. Faut-il y voir une volonté de décrédibiliser le chef de l’Etat ou une maladresse journalistique ? En tous cas, ce n’est pas à l’honneur du Nouvel Obs… - remonter au texte
  • 2 : le 49-3 n’a pas été utilisé pour le CPE, mais pour le reste de la loi sur l’Egalité des chances, pour passer les centaines d’amendement déposés par le PS et qui n’avaient d’autre but que de freiner le gouvernement dans son action, très constructif, non ? - remonter au texte
  • 3 : URL des billets de Maître Eolas par ordre chronologique :
    1. Faisons le point sur le CPE
    2. CPE : le conseil constitutionnel rend sa décision jeudi prochain
    3. Sifflons la fin de la récré
    4. Remettons en une couche avec le CPE
    5. Le CPE est conforme à la constitution

    Lisez aussi les commentaires, de nombreux points de détails sont abordés et éclaircis - remonter au texte

Delphine Dumont
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15 commentaires pour “Courage Pour l’Emploi”

  1. -|- Antoine Fowler dit :

    Courage, courage…

    Je n’ai pas été choqué par cet article que je trouve plutôt insipide; peux-être trop de vilains monstres cette nuit ?
    La tête de Chirac pour moi symbolise la perplexité sans plus et il y a maintenant vraiment de quoi après les déclarations de Roselyne Bachelot sur France-Inter ce matin http://www.romandie.com/infos/at...
    La dirigeante de l’UMP Roselyne Bachelot a également invité Jacques Chirac à ne pas promulguer le CPE. "Il faut maintenant dialoguer", a-t-elle estimé.

    Là, oui, çà se corse et je trouve cette attitude complètement déloyale et je suis choqué. Je n’ai vraiment aucune confiance en tous ces requins (quines ??) assoiffés de pouvoir et se foutant pas mal des réels problèmes sociaux, environnementaux et autres.

    Enfin quand même, merci de m’avoir fait découvrir le CPE sous un autre jour. Mais le problème n’est plus là. des dizaines de milliers de gens pétant de trouille, des lycéens désemparés. Quel gachis !



  2. -|- Alliolie dit :

    Simple invitation à consulter l’article "CPE et constitution" sur

    alliolie.over-blog.com

    Pour avancer la réflexion
    Cordialement…



  3. -|- Delphine Dumont dit :

    Antoine > "Quel gachis !"

    Voila ! Tu as trouvé le mot exact : le gachis. Ce qui me choque dans cet article, c’est justement ce que tu soulignes, il est insipide ! Il n’y a pas d’enquête, pas de recul, pas d’analyse ni dans l’écriture, ni dans les propos répétés. Si on revient au dossier "spécial CPE" du même journal, il n’y a pas de descriptif du CPE, juste un comparatif des différents contrats (CPE, CDD,…) et il est inexact ! Je crois que si Maître Eolas a pu faire un tel travail d’analyse et de décryptage, c’était à la portée d’un grand titre de presse, non ?

    J’en veux terriblement au gouvernement pour le manque de pédagogie et leur attitude tout à fait nulle dans la gestion de la crise (s’aliéner les jeunes quand on fait enfin quelque chose de bien pour eux, c’est fabuleux), mais j’en veux aussi aux opposants et aux médias pour envenimer la situation. C’est un vrai gachis, personne ne peut tirer fierté de la situation actuelle et surtout pas ceux qui se voudraient des Che Guevara.

    J’espère aussi qu’il n’y aura pas d’autres victimes physiques, les agitateurs ne se rendent pas compte de la dangerosité du feu avec lequel il joue. La violence est maintenant partie prenante. Mon fils s’est quand même fait menacer de se faire "casser la gueule" s’il venait en cours les jours de grève et des élèves ont ouvert les grilles de son lycée aux manifestants au mépris de toute sécurité…



  4. -|- ethan dit :

    Sur les forums étudiants crées spécialement pour "débattre" autour du CPE, les commentaires expliquant que Villepin est stupide de ne pas retirer le CPE. Par contre, si tu as le malheur de dire que les syndicats salariés et étudiants agissent exactement de la même manière en restant sur leurs positions et qu’ils sont donc tout aussi stupides, tu te fais incendier…

    Je crois que les français ne connaissent plus le sens des mots communication et dialogue.

    Un autre point qui me choque, ce sont les membres de l’UMP qui, hors scéances d’assemblée, disent ouvertement aux caméras qu’ils ne soutiennent pas le premier ministre parce qu’ils ne veulent pas aller au suicide collectif! Ca me met hors de moi ça! Ces gens sont vraiment des trouillards. La seule chose qui les intéresse, ce sont les éléctions l’année prochaine. Ca me dégoute.



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Alliolie > Je suis allée voir ton site, merci du lien ! De très bons billets, ça fait plaisir à lire ! :)

    Ethan > Je suis d’accord avec toi. Comment espèrent-ils susciter l’enthousiasme et l’adhésion alors qu’ils se conduisent comme les pires guignols ?

    Je suis sûre que s’ils s’étaient montrés soudés et enthousiastes, le mouvement anti-CPE n’aurait jamais pris cette ampleur. C’est parce qu’ils ont montré la brèche que les opposants s’y sont engouffrés.



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Je vous signale aussi ce billet-là aussi intéressant par son contenu que ses commentaires. :)



  7. -|- Antoine Fowler dit :

    >>C’est un vrai gachis, personne ne peut tirer fierté de la situation actuelle et surtout pas ceux qui se voudraient des Che Guevara.

    Dernière discussion au boulot lors du thé de 16 heures "si le CPE est promulgué ce soir, on n’est plus en démocratie"

    Ben voyons ! Enfin voilà, je suis passé pour un sale facho-collabo de la direction auprès de gens avec lesquels je travaille depuis 20 ans en leur demandant si à tout hasard, il n’avait pas voté pour Chirac ! Comme tu le disais ainsi qu’Ethan, il n’y a plus moyen de se parler.

    Cà va mieux merci ! de m’avoir lu.



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Antoine > >

    C’est fou ! Ils n’ont rien compris ! C’est précisément si le CPE n’est _pas_ promulgué que nous ne sommes plus en démocratie ! La loi a été votée à l’Assemblée Nationale et au Sénat, le Conseil constitutionnel l’a validée, bref, tous les filtres de la République ont fonctionné ! Difficile de faire plus légal que cette loi !

    Ca ne doit pas être trop rigolo à vivre pour toi. Se faire traiter de "facho" quand on est aussi attaché à la République que tu as l’air de l’être, ça doit vraiment être douloureux… :(

    Enfin, comme disait Alphonse Allais : "Se faire traiter d’idiot par un imbécile est un délice de fin gourmet". Savoure ! ;)

    Sinon, je viens de lire une interview de Michel Mercier, sénateur et président UDF du conseil général du Rhône. Extrait :
    "Au Sénat, l’UDF a voté contre majoritairement alors que nous n’étions pas hostile au CPE. Nous sommes d’accord pour modifier le droit du travail qui face à la mondialisation ne peut pas être intangible. Il faut plus de flexibilité pour les entreprises mais aussi plus de sécurité pour les personnes."
    (URL de l’interview : http://www.20minutes.fr/articles... )

    Comme l’a démontré Eolas, le CPE est plus favorable à ses bénéficiaires qu’un CDD ou un CDI. Ce qui prouve que, au mieux, l’UDF n’avait pas étudié le dossier, au pire, qu’ils ont voté "politiquement" et non "utilement". Pas terrible… :/



  9. -|- Antoine Fowler dit :

    >>"Se faire traiter d’idiot par un imbécile est un délice de fin gourmet". Savoure ! ;)

    Oui, j’apprécie Alphonse qui est un voisin (ou plus exactement son papa , pharmacien à Honfleur); ce qui me navre c’est que j’ai surestimé mes interlocuteurs. Narcisse collabo de la direction n’en a pas pris un grand coup.

    j’ai été très prétentieux en leur expliquant que celà pouvait rendre service à leurs enfants en septembre, mal qualifiés pas trop débrouille.

    Ce qui me génait dans le CPE, c’est le mythe de domesticité. Son exécution promulguée hier soir enterre tout espoir !



  10. -|- Delphine Dumont dit :

    "Le mythe de domesticité" ? Tu veux dire l’embauche et le licenciement à la volée ? Je trouve cela très dur dans le principe, vraiment très dur. Mais n’oublions pas que beaucoup d’entrepreneurs marchent sur la corde raide avec une flexibilité (dans la production, la distribution, etc…) quasi nulle. Cela n’est pas, bien sûr, la faute des employés.

    On parle d’ailleurs de "flux tendus" dans bien des domaines alors qu’à l’origine, ce terme était réservé à la production en chaîne. Les stocks sont lourdement taxés. Ni les sociétés qui transforment des matières premières, ni les magasins, ni les centrales d’achat ne veulent de stock, c’est devenu le mal absolu à traquer sans relache. Cela impose des contraintes à tous les fabricants qui les reportent sur leurs fournisseurs et leurs employés ainsi qu’aux transporteurs.

    La version simpliste répandue par les opposants au CPE basée sur le bon vieux "YakaFoke" ignore (délibérément ?) la réalité industrielle actuelle.

    Il y a beaucoup à faire pour améliorer le marché de l’emploi sans faire perdre (trop) d’avantages sociaux aux salariés, mais le prix à payer est la flexibilité. Un prix qui n’est pas si lourd dans un pays qui a un taux de chômage bas.



  11. -|- Antoine Fowler dit :

    "Le mythe de domesticité" ? Tu veux dire l’embauche et le licenciement à la volée ?

    Oui . Autrefois, le maître congédiait son valet et avait raison.
    Puis les prud’hommes sont arrivés. Si le maître renvoyait le valet parce que sa tête ne lui revenait plus, il devait le reprendre ou l’indemniser.
    Si le valet passait son temps à roupiller et/ou se bourrer la tronche, il était viré sans indemnité.
    Je caricature.

    Je comprends très bien la situation difficile des entrepreneurs qui ont une charge de travail variable et non prévisible. Je connais les flux tendus, le métier d’acheteur etc…Je vis en 2006 et travaille dans 2 grandes
    entreprises. Pour me rémunérer, mes employeurs doivent en avoir les moyens. OK.
    Le CPE était une solution intéressante :
    - donner du travail à quelqu’un qui n’a jamais travaillé même si l’employeur ne peut en assurer la pérennité. Et si la conjoncture est favorable, on peut avoir créé un véritable emploi à 2 ans.
    - donner quelques mois de travail avec des droits à la formation, une indemnité de rupture.

    Reste, je suis têtu le motif de la rupture qui doit être dit.

    Là, cela se corse : on le dit ou on l’écrit. Si le motif est écrit, il y a un risque de passage par la case prud’homme : - le MEDEF n’y semble plus opposé,
    - la CGMPE complètement à cause du risque prud’homal.
    Si le motif est dit et non écrit, en droit, il n’y a rien. C’était vraiment la partie mal foutue.

    Et pour conclure, la réduction a un an avec motif de rupture n’attirera aucun employeur.



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    Je suis d’accord avec toi sur les deux points. L’aspect batard du motif :
    - ne pas le dire ne fera pas avancer l’ex-employé, lui laissera toujours une part d’incertitude, voire ne lui permettra pas de comprendre où il s’est trompé, ni même qu’il s’est effectivement trompé (dans son attitude, sa tâche,…).
    - l’écrire revient à dénaturer profondément le CPE et lui retire beaucoup de son apport. Je comprends que le Medef ne craigne pas les prudhommes, avec leurs armées d’avocats, les grandes entreprises peuvent faire jeu égal avec les syndicats. Ce n’est pas le cas des PME.

    Peut-être peut-on envisager une médiation de licenciement ? Une discussion à 3 entre le patron (ou le DRH) qui signifie clairement le motif, l’employé et un inspecteur du travail (ou un conseiller à l’emploi) chargé de s’assurer de la validité du motif, de la compréhension du motif de la part du salarié et de son accord, et de faire en sorte que ce licenciement ne soit pas un échec total mais une anicroche dans un parcours. A la fin de l’entretien, tous trois signeraient un document attestant de la réalité de cet entretien sans mentionner ce qui y a été dit. Ainsi, le motif est signifié légalement, devant témoin mais sans être écrit et, surtout, il n’est pas forcément une "condamnation" ou un "rejet".

    Il ya quelques années, j’avais postulé pour un emploi qui m’intéressait beaucoup. J’ai été retenue à toutes les sélections, sauf à la dernière. Nous n’étions plus que 2 en lice et c’est l’autre qui a été choisie. Cependant, dans la lettre qui m’annonçait que je n’étais pas embauchée, il y avait quelques pages résumant le résultat de mes tests de sélection et les compétences dont j’avais fait preuve, ainsi que la raison pour laquelle l’autre candidate avait eu le poste. Cela m’a beaucoup apporté, m’a aidé à surmonter ma déception et à améliorer mes faiblesses. Je conçois bien que ce ne soit pas possible lorsqu’il y a 5000 candidatures pour un poste, mais pour les derniers sélectionnés, je trouve cette attitude très positive et respectueuse. Peut-être, si elle se répandait ainsi que d’autres preuves d’attention envers l’individu, le vieux mythe du patron-salaud s’effacerait-elle au moins un peu ?

    En attendant, tout est encore bloqué et rien n’est résolu. :(



  13. -|- Antoine Fowler dit :

    >>Peut-être peut-on envisager une médiation de licenciement ?

    Je trouve l’idée intéressante.Un tiers désigné par les 2 parties lors de la signature du contrat, quelque chose de simple et équitable.

    Je me demande si Sarko ne recrute pas tout de suite pour une modif. Tente ta chance…hihihihihihihi



  14. -|- Delphine Dumont dit :

    Ouch ! Tu voudrais que j’aille faire trempette au milieu des requins ???
    ;)



  15. -|- Antoine FOWLER dit :

    >Tu voudrais que j’aille faire trempette au milieu des requins ???

    Mais non ,juste un petit CDD, genre job de printemps parce que trempette, c’est le risque d’un Contrat Pour l’Eternité.



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