Pourquoi je m’entête sur le CPE ?

Par Delphine Dumont, le 7 avril 2006 | Politique-tac

Je fais ici ma réponse à Grégoire qui me pose la question dans ce commentaire. J’ai ici plus de place pour ce faire et en plus, ça me permet de clarifier certains points. :)

Grégoire : “pourquoi prendre la défense d’un contrat mort-né ?”

C’est certain que si le CPE était une entreprise, je n’investirais pas mes derniers deniers dedans ! :D
Mais au début, ce contrat avait ses chances. Quoique… Villepin l’a tellement mal amené qu’on se demande s’il ne souhaitait pas cet échec…

“Le CPE est un nouveau contrat qui n’arrange ni les les chefs d’entreprise, qui ne l’ont jamais réclamé”

Non, pas tout à fait. Le Medef n’a pas besoin de ce contrat, mais il ne représente qu’une minorité des entreprises. Par contre, les PME ont demandé une adaption du CNE à leur cas. Beaucoup ont trouvé absurde que le CNE soit réservé aux entreprises de moins de 20 salariés et non pas à celles de moins de 250 employés (seuil maximal de la PME). Voici d’ailleurs un article des Échos (ok, ce n’est pas le journal le plus à gauche, mais ils ne sont pas pro-Villepin non plus) et un article de France 3. C’est vrai que ce que demandent réellement les entreprises, petites ou grosses, c’est le contrat unique. Je te cite la conclusion de cet article de NetPME :

Bon nombre de patrons n’espèrent qu’une chose. Que le CPE ne soit qu’une première marche vers le « contrat de travail unique », remplaçant du CDD, du CDI, voire de l’intérim, où la protection des salariés serait proportionnelle à leur ancienneté et la flexibilité indexée sur les impératifs économiques de l’entreprise.

Le Code du Travail est trop vieux, trop complexe et trop incompréhensible. Il contient des lois qui se contredisent. C’est inutilisable pour un patron de PME. Mais tu as vu la réaction pour la création du CPE, imagine celle qu’il y aurait pour la création du contrat unique… Ce contrat unique progressif où l’ancienneté s’accompagne d’avantages croissants permet d’éviter les dates fatidiques (fin du CDD, basculement du CPE en CDI) etc…

De plus, alors que le monde allait vers la flexibilité, en France, nous avons réduit le temps de travail et verrouillé un peu plus les licenciements. Bref, nous nous sommes enfermés à l’extérieur du jeu. Le Monde a fait un comparatif de l’assouplissement du licenciement en Europe. Je n’ai pas l’impression que les Belges soient traumatisés par leur Kleenexitude…

“Et tu le dis toi même : non diplômée, tu t’es quand même débrouillée sans CPE pour évoluer de boulot plus intéressant en boulot encore plus intéressant.”

Oui, je me suis débrouillée. J’ai fait beaucoup de CDD, à un moment, j’ai même été vacataire, embauchée pour des missions d’une seule journée. J’ai enchaîné ces missions sans discontinuer pendant près d’un an, sur 3 entreprises, puis riche de tout ce que j’y avais appris, j’ai trouvé un CDI sans difficulté. Ce CDI, je ne l’aurais jamais obtenu si je n’avais pas reçu cette formation “sur le tas”. Je savais faire ce pour quoi on m’a embauchée et même plus, ce qui m’a permis d’avoir des responsabilités supplémentaires dès la fin de ma période d’essai. Je n’ai pas compté mes heures, je n’ai pas rechigné à avoir des horaires tordus, je n’ai pas rechigné à bosser du lundi au samedi non stop, pendant quelques semaines, puis récupérer le tout en prenant une semaine de congés, etc… Bref, j’ai été _flexible_. Je ne suis pas arrivée dans l’entreprise en me demandant quelle sécurité elle allait m’apporter, quelles primes je toucherais en fin de mois, je suis arrivée en me demandant comment j’allais pouvoir effectuer mon travail tout en progressant. J’ai donné beaucoup, j’ai reçu beaucoup aussi.

Je ne traite pas “les jeunes” (c’est qui “les jeunes”, déjà ?) de fainéants, je dis qu’ils n’ont pas compris le principe du travail pour beaucoup. Ce n’est pas quand on veut, comme on veut. Ce doit être gagnant-gagnant avec l’entreprise. Le patron n’est pas notre ennemi, ce n’est pas son intérêt de licencier un bon élément s’il a des marchés.

Enfin, je ne défends absolument pas ce gouvernement, je ne vais pas plus souligner leurs c… erreurs que tenter de retrouver ce qu’ils ont fait de bien, mais le CPE, oui, je reste pour. Il apporte des avantages par rapport aux contrats existants et il est bien plus actuel que tous les autres (à l’exception du CNE).

En conclusion

Je crois que nous avons une classe politique qui joue une vieille pièce de théâtre moisie : l’opposition est nulle, le gouvernement est exécrable, point barre. Peu importe quel camp est au pouvoir, les acteurs changent, pas le texte. Je regarde régulièrement les séances de questions à l’Assemblée. Je suis affligée par les comportements grossiers, vulgaires, stupides des députés les uns envers les autres… Ils ne s’écoutent ostensiblement pas, s’insultent, démolissent les discours de ceux d’en face, etc… Le tout avant d’aller boire un verre tous ensemble en riant au souvenir de la bonne répartie d’untel. Il n’y a pas de conviction, le jeu politique apparent est déplorable, les masses sont manipulées et on voudrait que ce pays avance ??? Qui aujourd’hui fait avancer le plus de choses ? Les associations ! Ce sont elles qui luttent, qui soulèvent des montagnes, qui repoussent les limites. En dehors de celles créées uniquement pour donner une bonne image à telle ou telle personnalité, il y a là non seulement une énergie et une motivation hors du commun, mais aussi et surtout une vraie connaissance des difficultés et du terrain.

Admettons qu’on enterre le CPE, je le regretterais mais je m’en remettrais, ne t’inquiète pas. ;)
Que se passe-t-il ? On ne change rien ? On continue à regarder ce qui se passe, à critiquer mais sans jamais prendre part à rien ? On laisse les pays voisins récupérer les marchés (d’ores et déjà, la Suisse, la Belgique et l’Afrique du Nord se sont réjouis des troubles de novembre et de février-mars en France) ?
Je crois vraiment qu’il est temps de faire quelque chose, il n’est plus tolérable de laisser les banlieues s’enfoncer, plus tolérable d’avoir des bacheliers au chômage, plus tolérable d’avoir des exclus de l’école qui soient condamnés à être exclus tout court… Je pensais et je pense encore que le CPE était un premier tout petit pas dans la bonne direction. Si le CPE est enterré, j’attends les alternatives sérieuses, pas celles du style d’EVA.

Voila, c’est un peu en vrac, pas très structuré tout ça, je le confesse volontiers. Je continue à soutenir le CPE, on ne lâche pas un ami à quelques jours de sa mort, hein ? ;)

Grégoire, j’espère avoir répondu à ta question. Je te la retourne : que lui reproches-tu de si terrible à ce CPE ? N’y vois aucune agression, ton point de vue m’intéresse réellement. :)

Delphine Dumont
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[Edit 11/04/06 : Le lien de France 3 est mort, encore une preuve que notre télévision d'état a bien compris l'intérêt d'Internet et de l'apport documentaire qu'elle pourrait fournir... :(]

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20 commentaires pour “Pourquoi je m’entête sur le CPE ?”

  1. -|- Le Mobilhome virtuel dit :

    CPE ? Vous pouvez répétez la question ?

    À mon avis, le CPE est une réponse mais ce n’est pas la bonne question. Les mouvements qui manifestent contre le CPE se fourvoient sur la cible mais leur cause est juste. C’est paradoxal mais c’est la réalité d’un climat économique qui fait peur et



  2. -|- Stéphane Carpentier dit :

    J’ai publié un billet pour répondre à ton (tes) billet(s) sur le CPE, plus pour avoir plus de place que pour ne pas commenter ici.
    Je partage ton avis sur le CPE mais je n’y vois pas que ça. L’éducation aussi a sa part dasn le chômage actuel à mon avis.



  3. -|- Stéphane Carpentier dit :

    Au passage, ton lien vers le commentaire de Grégoire est faux.



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Stéphane > Je te rejoins complètement sur l’éducation (y compris la formation professionnelle). Avant de prendre des pierres sur la tête, je précise que ce ne sont pas les enseignants, mais le système éducatif que je vise. :op

    Merci pour l’info sur le lien, je corrige ça immédiatement avant d’aller lire ton billet ! ;)
    [Edit : c'est fait ! Hop hop ! Ruée vers le mobilhome ! ;)]



  5. -|- Marcel Patoulatchi dit :

    En même temps, dans ton discours, on trouve un peu de *je l’ai vécu, j’ai morflé, à votre tour*.

    Quand tu as bac+5 et presque +8, tu n’es au final plus tout jeune et tu aimerais pouvoir t’installer dans la vie, pas qu’on te prenne pas un mariole instable alors que t’as déjà prouvé ta capacité de travail et ta volonté. T’aimerais au moins que soit on te rémunère correctement, soit on t’offre un minimum de garanties. T’es dans une logique différente que le jeune de 18 ans qui n’a encore jamais rien prouvé, qui doit évidemment faire ses preuves et ne pas arriver avec un carton plein de prétentions.

    Aussi, je suis pour que des gens s’investissent dans leur boulot, je crois que c’est normal qu’on a la chance de faire un boulot qui nous motive de ne pas faire l’apothicaire, que ce soit en heures de travail ou autre. Pour autant, ce n’est pas normal que des structures qui ont les moyens pressent le citron et considère comme un du que les gens prennent beaucoup sur eux. Ils devraient en être content mais ça ne devrait pas les empêcher de mettre à profit cela pour embaucher.

    C’est un peu hypocrite de montrer la France du doigt comme une mauvaise élève qui aurait fait le choix sacrilège de ne pas supprimer les règles du travail tout en oubliant que la France est néanmoins un pays extrêmement productif. Les entreprises françaises annoncent régulièrement des bénéfices que peu d’entreprises européennes peuvent prétendre attendre. Le passage aux 35 heures à aussi signifié dans pas mal de cas une hausse des cadences (diminuant une partie de son effet sur l’emploi, certes). Ce n’est pas franchement comme un regard posé sur le monde devait suffire à prouver qu’il fonctionne bien tel qu’il évolue et qu’il faut à tout prix épouser son évolution sans se poser de questions. Aux derniers chiffres, le nombre de pauvre s’est encore accru au niveau mondial et le nombre de multi-millionnaires aussi. Ca ça ne veut pas dire que le monde évolue dans un bon sens. S’il est stupide et vain de se placer hors du monde en croyant être épargné, ce n’est pas parce que certains sautent du 10 ème étage qu’ils faut les suivre.



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Tu n’as pas compris. Je ne dis pas du tout : "Je l’ai vécu, j’ai morflé, à votre tour" ! Je dis "Je l’ai vécu, j’y ai beaucoup appris et j’en ai bien profité, j’espère que vous aurez la même chance". Pour moi, c’est sensiblement différent… ;)

    Pour les presse-citrons, je suis d’accord avec toi. Il est inadmissible que les entreprises ne fassent pas profiter les employés de leurs efforts (primes, avantages, l’éventail est large). J’ai connu aussi l’exploitation, on m’a proposé un contrat de travail inique, je suis allée à l’inspection du travail qui m’a envoyée sur les roses (nous n’étions que 15 personnes concernées par ce contrat, c’était un CDD et nous n’étions pas syndiquées, aucun intérêt à entamer des démarches, tels sont les arguments que nous avons entendus). Je ne crois désormais plus que les abus soient de la seule faute de quelques patrons…

    Les 35h ont augmenté la productivité, mais aussi le travail au noir et le gel des salaires. Je n’appelle pas ça un progrès.



  7. -|- Jimini dit :

    juste un commentaire sur le coup du c’est gagnant-gagnant de s’investir dans l’entreprise, je peux te dire que dans les grosses boîtes, c’est loin d’être le cas… je peux prendre l’exemple de ma femme, c’est celui que je connais le mieux, mais ce n’est hélas pas le seul que j’ai observé : elle a bossé comme une folle pendant 2 ans pour sauver un énorme projet qui sinon allait direct au casse pipe (quand je dis comme une folle, c’est 8h-22h souvent 6 jours sur 7) et quand ça a commencé à aller mieux, que ça pouvait rouler sans elle et qu’elle a demandé un poste plus "calme" on lui a dit je cite quasiment texto : "Pendant 2 ans, tu as beaucoup appris, tu as rencontré des gens, tu t’es fait connaître, tu te rends compte le PDG du Groupe connaît ton nom ! Bref, l’entreprise t’as beaucoup apporté, maintenant, c’est à toi de donner à l’entreprise." Donc je ne dis pas que tout le monde est mauvais, je dis juste que ce que tu racontes peu fonctionner dans un monde idéal, mais que malheureusement, il y a encore trop de cas où ça ne marche pas comme ça…



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Je sais que tout ne se déroule pas toujours parfaitement. Le CDI que j’ai trouvé après mes CDD s’est d’ailleurs très mal fini. Ma responsable exigeait de moi la même disponibilité qu’avant alors que je venais d’avoir mon fils. Pendant ma grossesse, on s’était mises d’accord pour revoir mon emploi du temps, mais après la naissance, elle n’était plus au courant du moindre accord… :/
    C’est même allé plus loin puisque la direction avait reconnu mes capacités et avait pensé à moi pour une promotion dans un autre service (et dans une autre ville). Ces abrutis (quel autre nom ?) ne m’ont pas proposé directement le poste, ils sont passés par ma supérieure qui n’a pas voulu me perdre et ne m’a pas transmis l’offre. Elle a ensuite prétexté que je ne voulais pas déménager et que j’avais refusé l’offre… Et bien, bravo à tous, ils m’ont perdue ! :D

    Pour ta femme, là où on voit bien à quel point cela est stupide, c’est que ça témoigne d’une vue à très court terme. En récompensant les meilleurs éléments, on motive tout le monde. Quand quelqu’un se déchaîne et qu’on lui crache à la figure en retour, tout le monde en est témoin. C’est très lourd et très négatif comme attitude. Si elle est toujours dans la même entreprise, peut-être devrait-elle, puisque le boss la connait, court-circuiter sa hiérarchie directe et le rencontrer “par surprise” au golf, au cinéma, avant une réunion… Le culot, ça paye souvent, je l’ai remarqué ! ;)



  9. -|- Jimini dit :

    Elle est toujours dans la même entreprise, mais elle fait le pompier en Bretagne maintenant… sauf qu’elle commence enfin aussi à comprendre que quand les autres se bougent pas, c’est pas la peine de s’épuiser toute seule…



  10. -|- Delphine Dumont dit :

    Et voila ! Ils ont perdu son énergie, sa fougue, l’entreprise y gagnera surement, bravo ! Très belle réussite ! :[
    J’espère qu’elle trouvera vite un boulot dans une boîte où elle sera vraiment appréciée et récompensée pour ce qu’elle est. :)



  11. -|- Antoine FOWLER dit :

    >Les 35h ont augmenté la productivité
    avec dans les entreprises à faible valeur ajoutée (type découpe de volaille, cochon etc…) la réapparition ou l’augmentation de la taylorisation et des maladies professionnelles qui vont avec, physiques et psychiques (faut bien compenser les 4 heures perdues)

    > mais aussi le travail au noir et le gel des salaires.
    Ouvrier maçon payé 35 heures au tarif de base + 4 heures à 25% de plus :1200 € . Dix ans après, il n’est pas chef -> même tarif.
    La clôture du pavillon est faite au black (l’employeur laisse faire et propose même le matériel et la colle) : la semelle et les piliers : une journée 200 €..

    C’est le monde qui recule.



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    Oui, la productivité a augmenté et oui, ça a un sérieux coût humain. Le niveau de stress et d’angoisse au travail n’a jamais été aussi haut ! Et pourtant, la productivité française n’était pas mauvaise…
    De toutes façons, il était évident que cela n’allait pas créer d’emplois. Qui pourrait être embauché pour remplacer les 4h de la secrétaire + les 4h du commercial + les 4h du magasinier + les 4h de la comptable + les 4 de la drh + les 4h du préparateur de commandes ? C’était, il me semble, assez évident…



  13. -|- Nico dit :

    Perso, je souris doucement quand j’entends parler des 35H… bossant en Suisse, je tourne aux 42H par semaine !
    Et je reconnais que même si ça ne me déplairait pas d’avoir plus de temps libre, ça ne m’arrangerait guère : je devrais faire en 35 ce que j’ai déjà du mal à faire en 42H au boulot.



  14. -|- Delphine Dumont dit :

    Nico > "je devrais faire en 35 ce que j’ai déjà du mal à faire en 42H au boulot."

    C’est vrai que certains métiers sont terriblement chronophages. La réduction du temps de travail, si elle ne change rien à la productivité, par contre, l’efficacité en prend souvent un sérieux coup. Il n’est pas rare d’avoir de la peine à joindre un interlocuteur ou qu’un dossier traîne inutilement parce que la personne est en RTT (congé de durée variable obtenu par le passage de 39 à 35h travaillées).

    Ce que je trouve de pire dans cette réforme, c’est d’avoir introduit l’idée que le travail est une plaie. Même si l’origine du mot* est sinistre, je trouve qu’on peut y trouver beaucoup de satisfactions et que cela peut être très valorisant. J’ai bien dit "peut" car je sais que certaines circonstances en font un vrai enfer.

    * : fr.wikipedia.org/wiki/Tra…



  15. -|- Bernard (le frérot de Rémi) dit :

    Ton parcours est très intéressant, Delphine.

    Le mien est inverse : j’ai bêtement écouté les profs, je me suis imprégné de leur crainte des entreprises, j’ai fait des longues études, de très longues études, en croyant à leurs promesses de beaux emplois sécurisés à la clef…
    Résultat: 14 mois à chercher un premier emploi que je n’ai jamais trouvé.
    Aujourd’hui j’ai enfin un emploi stable, mais 2 ans de chomage au compteur.
    Conclusion : l’Education Nationale marche à l’envers (ce que me confirment nombre de diplomés de mon âge).
    Je pourrais t’en tartiner des parpaings sur le CPE, mais il faut savoir rester sobre.



  16. -|- Delphine Dumont dit :

    Hello Bernard -le frère de Rémi ! ;)

    Tu as tout à fait raison, l’Education Nationale s’est refermée sur elle-même, gâchant son personnel et son budget et guidant mal les enfants qui lui sont confiés. Je grossis le trait, bien sûr, il y a des histoires personnelles où la réussite ne tient qu’à la qualité de l’instruction et de l’encadrement reçus à l’école.

    Cependant, je ne crois pas qu’on puisse rejeter la faute uniquement sur les profs. Les médias diabolisant le patron, ce suppot de Satan, les entrepreneurs ne communiquant pas, les parents ne montrant que le coté défavorable de l’âge de la vie active (chômage, fatigue, stress, etc…), sont aussi "coupables". Je mets des guillemets car, à part pour les premiers qui ont clairement mal fait leur boulot, je sais que pour les autres, c’est plus facile à dire qu’à faire.

    On moque souvent Jean-Pierre Pernaut qui montre des petits artisans dans son journal, je pense que cette attitude est stupide. Montrer quelqu’un qui s’éclate dans son job, même si c’est en fabriquant du boudin ou des nains de jardin, c’est montrer que le monde est plus vaste et plus diversifié qu’on ne peut le croire et que la vie professionnelle peut être source de joies.

    Ce que je trouve de pire dans l’histoire du CPE, c’est l’exigence de sécurité des jeunes. A 18-20 ans, on doit se croire invulnérable, c’est même pour ça que les sports extrêmes ont tant de succès dans cette tranche d’âge. Un peu bizarre, cette contradiction…

    Mais je ne vais pas en faire des parpaings non plus ! ;)

    Heureuse que ça se soit bien arrangé pour toi ! :)



  17. -|- Gregoire dit :

    Puisque je suis invité à répondre, je le fais avec grand plaisir sur ton blog, avec un peu de retard cependant.

    Ce que je reproch(e)ais au CPE :
    - c’(est) était un contrat inégalitaire, qui instaurait une distinction de traitement fondée sur l’âge. Et l’âge, on n’y peut rien, on peut pas le changer. C’est à mon avis le plus gros reproche à faire au CPE.
    - Le CPE ne résolvait rien à la précarité : la précarité existe, c’est un fait. Le CPE lui donnait une reconnaissance juridique, l’institutionnalisait en quelque sorte.

    Je ne crois pas qu’augmenter la "flexibilité" (ou "précarité", selon le bord politique où on se situe) soit LA solution pour résoudre le chômage. Il existe d’autres freins à la création d’emploi, clairement identifiés : le coût du travail, le manque de formation. Peut-être est-ce là que notre premier ministre à la chevelure argentée et à la tête de mule aurait dû investir toute son énergie.

    Mais puisque le CPE est ton ami (c’est toi qui le dit ;-), et pour lui rendre un dernier hommage, je dois quand même avouer que je lui ai trouvé au moins une qualité :
    il a été un vrai révélateur du fossé entre la génération qui s’apprête à travailler et la génération des gens assez vieux pour gouverner un pays. Quand les plus vieux disaient "plus de flexibilité", les plus jeunes demandaient "plus de sécurité". Les deux ne se sont pas entendus, au sens premier du terme. C’est regrettable.

    Grégoire,
    au plaisir de te (re)lire



  18. -|- Delphine Dumont dit :

    Grégoire > “Ce que je reproch(e)ais au CPE :
    - c’(est) était un contrat inégalitaire, qui instaurait une distinction de traitement fondée sur l’âge.”

    Là, je suis d’accord avec toi, je ne vois pas pourquoi il fallait le réserver aux plus jeunes, la flexibilité, si elle est une réponse au chômage, l’est pour toutes les tranches d’âge ou pas du tout. En fait, ce serait risible si ce n’était si tragique, il parait que les jeunes ont été choisis comme population cible car les puissants cerveaux qui nous gouvernent avaient prévu que ça ne provoquerait aucune réaction. Trop malin, ces gens…
    Là où on sombre dans les profondeurs du cynisme, par contre, c’est cette réflexion d’un élu de gauche (j’ignore malheureusement son nom), rapportée par une élue de droite outrée : “Ils auraient dû l’appliquer aux femmes, on aurait jamais bouger pour les femmes, pas assez porteur”. Le pire, c’est que je pense que c’est vrai qu’un CPE destiné aux femmes n’aurait pas fait frémir 2 étudiants. Pourtant, les femmes ont plus besoin de protection que les jeunes… [-(

    Grégoire > “- Le CPE ne résolvait rien à la précarité : la précarité existe, c’est un fait. Le CPE lui donnait une reconnaissance juridique, l’institutionnalisait en quelque sorte.”

    Non, non, le CPE n’institutionnalisait pas la précarité. La précarité nait du chômage, pas du travail. Le CPE n’impliquait pas un salaire réduit, laissait espérer un CDI et permettait d’entrer dans le monde du travail. Bref, l’exact contraire de l’emploi-jeune qui était un CDD long (5 ans max) mais à salaire réduit et restreint au monde associatif et aux administrations, donc toujours loin de l’entreprise. Le CPE était bien beaucoup plus positif à long terme, même si avant de sortir de la précarité, il fallait passer par plusieurs échecs. Après tout, avant de trouver la personne avec qui on partagera sa vie, on se brise le cœur plusieurs fois, non ? Et il arrive aussi qu’on refasse sa vie au bout d’un certain temps, par choix ou pas.

    Mais je te rejoins totalement pour dire que le CPE seul ne résoud rien, il doit devait, s’inscrire dans un ensemble de mesures. Comme cela a été beaucoup rappelé sur ce blog, notamment dans les commentaires, il faut rapprocher l’instruction et le monde du travail, arrêter d’en faire des frères ennemis qui s’ignorent, voire se détestent.
    Il faut aussi connaître les chômeurs et le tissu industriel local. Ce qui convient à l’un ne convient pas forcément à l’autre. Il faut aussi faciliter la garde des jeunes enfants. Les parents isolés ont souvent du mal à trouver une solution pour la garde de leurs enfants quand ils travaillent, mais aussi quand ils doivent se présenter à des entretiens. Il faut développer les nouvelles technologies. Enfin bref, il y a du pain sur la planche et je n’ai pas l’impression que quiconque ait commencé, que ce soit au niveau national ou européen. :(
    La demande de sécurité des jeunes, j’ai toujours du mal à la comprendre. Je crois qu’elle est révélatrice d’une angoisse générale sans rapport avec le CPE et qu’il est presque normal de ce fait, de ne pas en tenir compte dans les solutions de lutte pour l’emploi. J’ai bien dit “presque” car ne pas écouter du tout, c’est tout bonnement stupide.

    En tous cas, je te remercie infiniment de m’avoir répondu. J’apprécie beaucoup cette discussion argumentée et le fait que, malgré notre différence d’opinion, nous puissions échanger calmement. Je suis vraiment ravie de t’avoir pour lecteur. Merci encore ! :)



  19. -|- Jimini dit :

    Je n’ai pas grand-chose à dire de plus que ce que j’ai déjà dit sur le sujet, mais je me dois de te contredire sur un point. Tu dis que "La précarité nait du chômage, pas du travail." or, malheureusement, c’est faux, il existe en France de nombreuses personnes qui travaillent (voire même qui sont fonctionnaires) et qui vivent dans la précarité ET dans la pauvreté…



  20. -|- Delphine Dumont dit :

    Jimini > "il existe en France de nombreuses personnes qui travaillent (voire même qui sont fonctionnaires) et qui vivent dans la précarité ET dans la pauvreté…"

    Exact, ces personnes sont contraintes d’accepter un salaire indécent et éventuellement de mauvaises conditions de travail parce qu’il y en a "1000 comme elles qui le prendraient bien ce boulot si elles n’en veulent pas".

    Dans les pays où le taux de chômage est réduit à un taux dit "incompressible" (3% de mémoire), les salaires remontent et vite : on ne trouve plus de personnes à embaucher donc on augmente les salaires pour ne pas perdre ses bons éléments.

    Je maintiens que c’est le chômage qui crée la précarité, pas le travail, même si travail ne signifie malheureusement pas toujours vie décente.



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