Empoisonner les bourgeons

Par Delphine Dumont, le 30 juin 2006 | Famille

En tant que cultivatrice, pour obtenir le meilleur résultat possible, je choisis un bon terrain, puis j’y sème de bonnes graines. Ensuite, quand ça commence à pousser, je m’en désintéresse sauf pour y pulvériser du poison, par petites doses répétées ou massivement. Je laisse aussi n’importe qui venir s’occuper de mes cultures, s’il les abime, et bien… tant pis ! C’est bien dommage ! Les propriétaires des champs voisins seront peut-être témoins de tout ça, mais ils ne diront rien parce que ça ne les regarde pas. Il se peut aussi qu’à cause de mon manque de surveillance, mon champ soit fauché sans que la moisson ait pu être faite. Alors, je pleurerais toutes les larmes de mon corps, il y aura une grande émotion dans le village jusqu’à ce qu’un type pousse un ballon avec le pied et qu’on oublie tout ça.

Blé en herbe - 2sogar - Stock Xchng
Photo : 2sogar sur Stock Xchng

Un agriculteur ayant pour but de tirer profit de son champ, il n’aurait bien sûr jamais un comportement aussi stupide. Par contre, que des parents l’aient, personne ne s’en émeut. Hier, j’étais encore bouleversée par la découverte des corps de Stacy et Nathalie, les deux petites filles belges, quand j’ai regardé “Immersion totale” sur France 2. Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, il s’agissait de l’intégralité d’un procès de 6 accusés, très jeunes au moment des faits, qui ont braqué un petit bureau de poste et pris l’employée en otage. Il n’y a pas eu de blessures physiques mais la postière a été, ça se comprend, terriblement choquée ; le butin était minable : moins de 20 000 FF (environ 3050 €).

L’horreur qu’ont vécue les accusés durant leur enfance est indicible, il y a des coups, des abandons, des viols, toutes sortes d’abus et de négligences, des suicides chez les parents, etc… Comme l’indique le jugement, cela n’excuse pas tout. On ne peut pas se dédouaner de ses fautes parce que l’on est soi-même une victime. Il n’empêche que les enfants doivent être construits, certains ont la chance d’avoir des parents qui le font bien, d’autres trouvent des adultes qui s’y substituent, d’autres encore se construisent très bien tout seuls (ils sont malheureusement très rares), d’autres enfin en meurent prématurément ou souffrent d’instabilité lourde.

Je n’accuse pas et n’accuserais jamais les parents des enfants disparus ou assassinés de négligence, mais parfois je trouve qu’ils ont été pour le moins légers dans la surveillance de leurs enfants. Le petit Grégory, dont le meurtrier n’est toujours pas connu, jouait devant sa maison, sa mère était à l’intérieur, volets fermés. Je ne trouve pas sérieux de laisser un enfant de 4 ans seul dans la rue. Encore une fois, je ne fais aucun reproche à la mère, elle n’a pas eu conscience du danger, elle doit certainement aujourd’hui suffisamment culpabiliser sans que j’en rajoute. Cependant, je vois toujours des enfants de 4, 5 ou 6 ans seuls dans la rue. Tard le soir même parfois. Personne n’apprend donc jamais rien ? Personne ne peut donc rien enseigner à personne ? Combien de fois lit-on les témoignages des voisins “ils laissaient leurs gamins dans la rue” ? Et ? On laisse faire ? Ben oui, la délation, c’est mal. La délation, oui. Accueillir un enfant, non. Dans les quartiers où l’on s’entasse à 10 dans un deux-pièces, je comprends qu’il soit difficile d’inviter un enfant de plus. C’est alors à la société de faire son boulot. Il est connu qu’elle ne le fait pas bien.

Pourquoi le fait-elle si médiocrement ? Parce que nous, les citoyens, nous n’en avons rien à cirer. Exigeons de nos chers députés qu’ils se saisissent du problème, que l’Aide Sociale à l’Enfance soit mieux gérée, son personnel mieux recruté, sa politique mieux définie, ses actions mieux surveillées. Combien de fois avons-nous connu des histoires d’enfants retirés à leurs parents alors que cela ne se justifiait pas ? Combien de fois a-t-on fait éclater des familles alors qu’un suivi aurait suffi ? Si l’assistance était efficace et juste, bien des gens alors oseraient y faire appel. Mais tout le monde craint qu’un signalement ne débouche sur quelque chose de très lourd (enfants placés en foyer, judiciarisation, etc…). L’aide aux enfants devrait inspirer suffisamment confiance pour que parents et/ou témoins de souffrances ou de difficultés les contactent sans crainte. C’est une condition sine qua non pour une vraie protection des enfants et des familles.

Nous ne pourrons jamais faire de chaque rue, de chaque foyer, un lieu totalement sûr pour un enfant, mais en renforçant notre surveillance, et pas seulement sur nos propres enfants, et notre exigence de qualité de l’assistance, nous pouvons diminuer les risques et les aider à grandir, à se construire ou à se réparer.

Ce n’est pas qu’affectivement que je trouve cela déplorable. C’est aussi pour une question stratégique, les enfants sont des bourgeons, si nous voulons cultiver notre futur comme la cultivatrice que je prétendais être au début de ce billet, ne changeons rien. Laissons souffrir les enfants, détournons le regard des maltraitances, laissons agir les pédophiles, les exploiteurs, ne nous occupons pas des parents en souffrance, négligeons les services dédiés aux enfants (pédiatrie, pédo-psychiatrie, ASE, éducation nationale, etc…). Après tout, ce ne sont que des enfants, ils ne votent pas.

Delphine Dumont
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2 commentaires pour “Empoisonner les bourgeons”

  1. -|- PETITGREGORY dit :

    ARRETE ça



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    C’est de très mauvais goût. J’imagine que vous êtes content de vous. Vous ne me faites ni rire, ni hurler, je suis seulement navrée pour vous. J’espère, qu’un jour, votre esprit s’éveillera.



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