49 pompiers pour 100 kilomètres carrés

Par Delphine Dumont, le 23 septembre 2007 | Général

Ce sont les chiffres que j’ai lu dans l’article du Figaro d’aujourd’hui. Bon, passons sur la petite erreur, ce n’est pas un rapport mais une thèse (”Identification et description des trois principales écoles d’organisation des services ayant en charge de répondre aux situations d’urgence.”) écrite par Jean-François Schmauch, ancien colonel des sapeurs-pompiers. Bref, 49 pompiers pour 100 km² en France contre 350 en Allemagne et en Autriche, ça fait faiblard…

Je vous laisse lire tout l’article si vous voulez tous les détails, c’est toujours bon à savoir.

Véhicules de pompiers dans la rue

J’ai eu affaire aux pompiers de nombreuses fois dans ma vie. Quand j’étais enfant, à Tourcoing, j’habitais dans un très beau groupe d’immeubles, dont le rez-de-chaussée était réservé aux studettes (terme politiquement correct pour “minuscule studio”). Parmi les locataires de ces studettes, il y avait deux personnages (terme politiquement correct pour “frappadingues”). D’une part, une dame tellement sale que même son bouton de sonnette collait. Son gendre qui la ravitaillait chaque dimanche ne sonnait pas, il sifflait…

Tout près de chez madame Cracra, vivait un petit dealer. Il était officiellement étudiant mais il devait recevoir ses cours par télépathie car il était chez lui toute la journée et ne sortait que le soir. Régulièrement, il avait affaire aux forces de l’ordre, sans doute pour ce manque d’assiduité aux cours. Lorsqu’il ressortait des si plaisants locaux du commissariat tourquennois, il était tellement heureux qu’il ne pouvait s’empêcher d’allumer des feux de joie dans les poubelles de la résidence. Celles-ci se situant au sous-sol, les fumées envahissaient les cages d’escalier et tout le monde devait évacuer.

C’était passionnant, idéal pour faire une étude sur les vêtements de nuit de la population des groupes d’immeubles tourquennois. Autant les premières fois, tout le monde avait peur, autant les fois suivantes, on attendait que ça se termine. Dans l’allée des garages, les véhicules rouges s’alignaient et les pompiers couraient en tous sens, à la fois précis et détendus. Certains nous reconnaissaient et nous faisaient un petit signe, certains même nous “claquaient une bise” avant de repartir.

Quand j’avais 18 ou 19 ans, un beau jour d’été où j’allais à Lille avec une amie, je me suis retrouvée au tout début d’une manif de pompiers. Le temps que le cortège démarre, nous étions bloquées au milieu d’une marée d’hommes en cuir, casque et bottes. Ça fait un peu drôle… jusqu’à ce qu’on comprenne que ces pompiers étaient des dragueurs hommes comme les autres. Comme nous nous amusions beaucoup, nous avons intégré la manif joyeusement. Tout à coup, une averse phénoménale s’est abattue et, toutes deux légèrement vêtues, nous avons été immédiatement trempées. Deux pompiers gentlemen nous ont prêté leur veste de cuir, c’était très agréable, mais la pluie nous glaçait vraiment et nous avons fini par nous réfugier dans un bistrot, renonçant à regret à la manif, aux pompiers et à leurs vestes.

En 2000, mon appartement a été dévasté par un incendie. Les pompiers ont été très efficaces, quoiqu’assez peu sympathiques. Comme je tenais plus au premier point qu’au second, je ne leur en ai pas tenu rigueur. De plus, j’ai beaucoup apprécié le travail qu’ils ont fait après avoir éteint les flammes, pour minimiser les dégâts (aspiration de l’eau, etc…).

Enfin, en 2002, j’ai tenté de faire du ski sur l’herbe dans mon jardin et je n’ai réussi qu’à m’exploser la cheville. Les pompiers sont donc venus me chercher dans leur antique ambulance. Le chef, pardon à lui, je n’ai pas retenu son grade, m’a fait la conversation durant toute la route tout en veillant à diminuer ma souffrance. Il taquinait aussi le conducteur qui était un novice. Malgré la douleur et la difficile traversée de Dijon, je suis arrivée très détendue à l’hôpital. C’était de la simple humanité mais ça n’a pas de prix.

Bref, les pompiers et moi, c’est une longue histoire (honni soit qui mal y pense) et cela vous explique aussi pourquoi je donne systématiquement lorsqu’ils viennent pour le calendrier.

Je n’ai pas les données nécessaires pour savoir si les conclusions de cette thèse sont exactes mais je n’ai aucune raison d’en doûter. Je ne sais pas non plus si les chiffres français et allemands sont exactement comparables. Certaines structures françaises n’assument-elles pas les missions qui échoient aux pompiers allemands, par exemple ? Ce que je sais, c’est qu’il y a beaucoup à faire pour aider les pompiers, des actions relativement peu coûteuses mais extrêmement rentables.

Par exemple, quand j’ai découvert les flammes sur le balcon de mon appartement (oui, le feu a pris dehors), j’aurais pu aller chercher l’extincteur dans la cage d’escalier de l’immeuble (à 5 mètres de ma porte) et peut-être éteindre le feu. Sauf que, dans la panique, j’ai oublié la présence de cet extincteur et que, m’en serais-je rappelé, j’ignorais totalement comment l’utiliser.

C’est une discussion que j’ai déjà eue plusieurs fois avec Antoine qui attache une importance certaine à la prévention. On fait des exercices d’alerte au feu à l’école et puis… plus rien ! Avez-vous déjà participé à ce type d’alertes dans un grand magasin ? Dans le métro ? En entreprise ? Non ! C’est réservé aux sites Seveso… Vous a-t-on enseigné, sans que vous en ayez expressément fait la demande, le maniement d’un extincteur ? Les gestes qui sauvent ? La simplissime manœuvre de Heimlich ?

Au-delà d’une apparemment nécessaire réorganisation des secours, il y a aussi une évidente prévention à faire à tous les niveaux. Pour ce point, comme pour beaucoup d’autres, je ne crois vraiment pas qu’il faille attendre que le gouvernement légifère et budgétise. Les clubs sportifs pourraient y consacrer un peu de temps, ceux qui en ont la possibilité pourraient suivre une formation PSC1 (Prévention et secours civiques de niveau 1), tout un chacun pourrait arrêter les comportements à risques garantis (comme allumer son barbecue avec de l’alcool à brûler, par exemple), etc…

Les pompiers sont sympas mais ce n’est pas une raison pour en abuser. ;)

Delphine Dumont
www.RedacBox.fr, mon site professionnel

Photo : Wikicommons

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17 commentaires pour “49 pompiers pour 100 kilomètres carrés”

  1. -|- Balise dit :

    Je m’inscris en faux : j’ai eu à ma boîte précédente (qui était certes un labo public, ça doit aider) une formation extincteur et une formation secouriste du travail. Bon, après, c’était respectivement ya 3 et 2 ans, ça mériterait un recyclage…



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Ah ! J’étais sûre de trouver une exception à la règle, je suis ravie que ce soit toi ! :D
    Cela dit, rappelle-moi la dernière fois que tu as fait un exercice d’évacuation à Carrouf ? ;)



  3. -|- Rikko dit :

    Après analyse, j’ai une réponse simple à ton interogation sur la disparité du nombre de pompier, en tous cas entre la France et l’Allemagne.

    En Allemagne, le tissu associatif est beaucoup plus actif qu’en France, cette réalité est tirée par deux éléments principaux : le faible pourcentage de travail des femmes (nous ne reviendrons pas ici sur les raisons réactionnaires qui mènent à cet état de fait) et son corrolaire, à savoir que les enfants n’ont pas école l’après midi.

    Donc, un allemand s’inscrit beaucoup plus simplement dans une logique participative qu’un français, c’est culturel. Rappelons que les pompiers bénévoles en allemagne fonctionnent sur un mode associatif.

    Secondo, le tissu d’urbanisation allemand et français sont très différent, la population allemande est éparpillée dans des petits villages, alors qu’en France, la population est massée dans de grandes agglomérations…. (Paris : pas un pompier bénévole sur l’intégralité de la ville …. que des professionneles 24h/24h)

    Il en va de même du tissus économique, il ya a donc des PME PMI en millieu que chez nous on qualifierais de "rural" et qui ont eux aussi des besoins réglementaires de sécurité, donc d’avoir des pompiers sous la main.

    Quand on sait en plus qu’en allemagne, être pompier bénévole est un gage social de sérieux, reconnu par les entreprises, on comprend mieux l’engouement des jeunes allemands qui s’enrôlent, à tel points que la majorité des villages s’organisent en multi équipes de bénévoles, pour ne pas dire qu’il en a trop.

    Donc, dans ces conditions, comparer le nombre n’a que peu de sens.

    Par contre, je suis d’accord avec toi pour dire que les pompiers sont des gens sympas et qui ont un métier plus proche du sarcerdoce que de la sinécure…

    Et on a bien compris, pour ton petit noël, tu veux une veste en cuir et une camionette rouge (avec sirène pour faire Pin Pon!!!)

    Et, à la question : est ce que vous voulez un calendrier, la réponse est OUI !



  4. -|- Chocaccro dit :

    Vive les pompiers !

    Dans mon ancienne boîte, on pouvait s’inscrire comme membre de la sécurité (en fait ça s’appelait autrement mais j’ai oublié) et suivre des formations sur plusieurs choses et notament le maniement d’un extincteur (mais ça compte pas, c’était en Suisse):

    Sinon, les pompiers près de chez moi sont très sympas. Nous avons organisé un stand en collaboration avec eux et je confirme, ce sont des hommes comme les autres, plein d’humour pour la plupart.

    Pour le calendrier, j’en aimerai un (et même plusieurs si ces messieurs ont laissé leur veste et autres ustensiles vestimentaires au vestaires, faut penser aux copines ;-) ).



  5. -|- Rikko dit :

    Il est très étonant de voir comme le prestige de l’uniforme a encore plus de succès SANS l’uniforme…

    Les femmes sont vraiment des créatures étranges (quoique que fantastiques, dans des proportions qui forcent le respect)



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko > Merci pour cet éclairage. Je me doutais bien que tout n’était pas aussi simple que ça en avait l’air. Sais-tu si l’Autriche fonctionne comme l’Allemagne ?

    Chocaccro > Comment dire… Ca m’étonnerait un tantinet que ces messieurs oublient leur uniforme. J’ai le sentiment qu’ils se feraient remonter les bretelles au point de pouvoir être accrochés aux réverbères. ;D

    Rikko again > C’est parce que nous voyons l’homme derrière l’apparence…
    (belle phrase qui dit ce qu’on veut, et même plus qu’hier et bien moins que demain)



  7. -|- Rikko dit :

    A propos de l’Autriche… absolument aucune idée, je vais demander au premier italien que je rencontre (rappelons en effet qu’une étude très sérieuse du PRC a démontrée que les autrichiens sont des italiens qui croient être allemands… on en rit encore !!! )



  8. -|- Rikko dit :

    Au fait !
    Merci pour cette phrase pleine de sens… endin je crois !



  9. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko > “rappelons en effet qu’une étude très sérieuse du PRC a démontrée que les autrichiens sont des italiens qui croient être allemands”
    Et moi qui les croyais Suisses… ‘_’



  10. -|- Rikko dit :

    Les Suisses sont plus petits, mais comme les italeins ne sont pas grand, la méprise est courrante !



  11. -|- Delphine Dumont dit :

    Mais alors pourquoi les Autrichiens ne parlent pas avec les mains ?



  12. -|- Rikko dit :

    C’est culturel…

    Chacun d’entre nous, un tant soit peu cultiver connait cette tradition du Tyrol (c’est en Autriche) qui consiste à chanter des trille du genre YODLEiiiiiOOOOOO (je le fais pas bien mais vous aurez compris), puis, tout aussi rituellement, ils se tappent les cuisses, les mollets et les hanches en une sorte de danse de la pluie qui prêterais à rire si on était pas inquiet à l’idée qu’une fois plus il n’envahissent la Pologne.

    Et bien, je peux vous dire qu’après s’être ainsi autoflagéllés à grand coup de paume… quoiqu’Italiens, ils sont moins bavards…

    En plus, dans les montagnes il fait froid, alors on met les mains dans les poches !



  13. -|- Delphine Dumont dit :

    Mais alors… Mozart était italien ??? J’en ai verdi ! 0_o



  14. -|- Rikko dit :

    Une fois j’ai vu un bulot qui s’appelais Mozart….



  15. -|- Le blog du monde qui avance dit :

    Les pompiers voient rouge

    Je vous le disais avant-hier : il n’y a, en France, que 49 pompiers pour 100 kilomètres carrés. C’est trop peu. J’apprends dans le Figaro d’aujourd’hui que les pompiers ont effectué 2,8 millions d’interventions en 2005 contre 1 million en…



  16. -|- poupoule dit :

    je ne comprends pas pk toutes les disscussions de ce site se font entre rikko etdelphine dumont et j ai un peu l impression de squateriser.explikez moi!!!sinn ce site e geniale et super elabore;bisoux



  17. -|- extincteur dit :

    Disons que ca rassure pas… meme si perso moi j’ai confiance envers les popimers !



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