L’infaillible faillite de Fillon

Par Delphine Dumont, le 25 septembre 2007 | Politique-tac

C’est le nouveau pou que l’on cherche dans la tête de la team Sarko. Fillon a parlé de “faillite” pour désigner l’état des finances françaises. Alors, comme actuellement c’est super calme, qu’il ne se passe rien, que la Justice fonctionne merveilleusement bien, que le système de santé roule nickel, qu’à l’étranger, de l’Iran au Darfour en passant par la Chine, tout baigne, je crois qu’il est effectivement justifié de faire tellement de bruit sur un mot. Il faut bien s’occuper, non ? Comme disait Audiard : « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. »

Deux courants principaux :

Les pinailleurs

Ceux-là s’attardent sur le mot en lui-même et hurlent au mauvais emploi. Ils proposent tous le mot exact, celui qu’il fallait employer. Ils ne parlent pas du fond, mais de la forme. Je ne trouve pas ça passionnant, ni constructif, mais si ça les amuse, ça ne mange pas de pain.

Les justiciers

Ceux-là, si on les laissait faire, haha !, comme ils iraient faire rendre gorge à ces affameurs du peuple ! Haha ! Si on les laissait dire, ils révèleraient à la Terre entière la vérité vraie et on verrait alors ce qu’on verrait. Haha ! Si les gens savaient ce qu’eux savent et avaient les moyens de réfléchir, comme ce gouvernement serait vite mis à terre !

Laissons les pinailleurs pinailler

Je trouve la question des justiciers bien plus intéressante.

1 - Ils vivent toujours dans le mythe d’une censure d’Etat

On ne peut rien dire, les médias sont muselés, ceux qui parlent vont subir des contrôles fiscaux, des arrestations arbitraires, voire des fouilles anales. Qui a dit “fantasme” ?

2 - Ils assument parfaitement leurs contradictions

On vit dans un état policier avec une censure constante, c’est pour ça qu’on les entend partout. Ils me saoulent avec ce discours mais je suis vraiment ravie de les entendre, ça prouve à quel point la parole est libre et je suis très attachée à cette liberté.

Curieusement, eux font tout pour entraver cette liberté. D’abord, ils voudraient que le gouvernement disparaisse des médias, ensuite, que les soutiens du gouvernement se taisent et, enfin, qu’on n’entende que leurs voix. Ah… Curieuse conception de la démocratie et de la tolérance mais ils assument très bien.

Revenons-en à l’affaire de la “faillite de l’Etat”

Les justiciers s’affolent en tous sens, hurlent, dressent un bûcher pour Fillon et même, tant qu’à faire du feu, un pour Sarkozy. On n’attend plus que les coupables et une allumette pour danser autour ! C’est que l’affaire est grave, François Fillon, Premier Ministre de la France, a utilisé une image pour s’exprimer. Mon Dieu ! Heureusement que j’étais assise, j’aurais pu tomber à la renverse…

Pour tout le monde, sauf pour les justiciers, il est clair que c’était une image. Qui peut imaginer sérieusement que l’annonce d’une banqueroute réelle de la France se ferait au hasard d’un discours en Corse ??? Qui ? Mais les justiciers, voyons ! Eux savent le Français si con qu’il est incapable de comprendre lorsqu’il s’agit d’une image. D’ailleurs, regardez vous-mêmes, tout le monde s’est rué dans les hypers pour remplir les stocks et affronter les durs moments à venir. Vous n’avez rien vu ? Ah tiens, moi non plus. Étrange… Sans doute encore cette censure des médias… Restez vigilants !

Mais qu’a dit Fillon exactement ?

« Je suis à la tête d’un Etat qui est en situation de faillite sur le plan financier, je suis à la tête d’un Etat qui est depuis 15 ans en déficit chronique, je suis à la tête d’un Etat qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans. Ca ne peut pas durer »

François, t’es chaud bouillant, toi ! Pfiouu ! Tout le monde te prenait pour un énarque, c’est à dire avec la capacité de rebellion d’un bulot et te voila réformateur !… 0_o

C’est probablement que ce cancre n’a fait que Sciences-Po et pas l’ENA… Bref, non content de cette scolarité médiocre, voici aujourd’hui notre François qui parle aux Français sans jargon. Non mais ho ! François ! T’es un ouf, toi !

Evidemment, sur les blogs, il y a immédiatement des billets absolument délicieux, plein de recul et d’honnêteté intellectuelle. Je ne citerais que celui de Jules de Diner’s Room : “Faillite de l’État : le discours ne paie pas.“. Billet admirable en ce que son auteur relève à la fois du justicier et du pinailleur. On n’a aucun doute, les allume-feux dans les bûchers, il y a pensé. :)

À lire les billets et articles parus sur le sujet, on a l’impression que la condamnation est unanime. Mais… Jean-Claude Trichet ? Il soutient Fillon ! Allons ! Il n’y connait rien, le pauvre ! Il n’est que le président de la Banque centrale européenne ! (version alternative : “salaud de banquier ! tous pourris ! je vous crèverai !”). Eric Woerth soutient Fillon ? Et ? Il n’est que ministre du Budget ! (version alternative : “forcément, ils sont tous copains, ils se serrent les coudes ! je les crèverai !”). Au fait, qu’en disent les connards de Français ?

Selon les lecteurs de l'Express en ligne, +la France est en faillite+ est un euphémisme (55% des votes)
Selon les lecteurs de l’Express en ligne,
“la France est en faillite” est un euphémisme
(55% des votes)

Selon les lecteurs du Monde en ligne, le mot +faillite+ est adapté à la situation (56,9%)
Selon les lecteurs du Monde en ligne,
le mot “faillite” est adapté à la situation
(56,9%)

Bref, il semblerait que les Français, ou du moins les internautes français, aient compris que le terme utilisé était une image et aussi que la situation financière de la France est réellement préoccupante. Vivement que les justiciers leur démontrent leur erreur !

Delphine Dumont
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8 commentaires pour “L’infaillible faillite de Fillon”

  1. -|- Canardo dit :

    C’est quand même important le choix des mots. Dans un discours politique chaque terme à toujours un sens. Un terme aussi fort que "faillite" ne peut pas être tombé là par hasard. Je ne vois pas trop quoi en dire, mais je trouve bon que des pinailleurs, justiciers et autres empêcheurs de gouverner en rond se posent des questions. Je trouve bon que les gens analysent, critiquent, etc., même si certains sont sans doute complètement parano, pinailleurs ou autre. Ils se sont au moins posé des questions, et ça, c’est essentiel !

    PS : les sondages de la fin ne valent pas grand chose : un sondage effectué sur le site Internet d’un journal ne peut en tout cas surement pas être étendu à l’ensemble dezs français.
    Déjà qu’avec un panel "aléatoire" c’est pas toujours très juste…



  2. -|- Antoine dit :

    Le mot faillite est mal choisi.
    Le lieu était encore plus mal choisi.
    François FILLON n’est pas à la tête de l’Etat, le roi c’est OSKAR 1er.

    En revanche, peu de gens ont repris "qui n’a jamais voté un budget en équilibre depuis 25 ans"
    Et c’est bien dommage. Nous ne serons pas d’accord sur les moyens mais celà vaudrait bien la peine qu’une majorité de français se mette d’accord sur le fait que CELA NE DOIT PAS DURER.



  3. -|- Aurel dit :

    Il a effectivement raison de parler de faillite. L’image n’est pas loin de la réalité. Tant que l’épargne des Français est drainée vers le financement de l’Etat et de ses programmes et que les investisseurs internationaux continuent à confier leurs éconocroques à l’Etat français, la situation commencera à chauffer et je ne vois pas Trichet et la BCE voler au secours de notre pays.

    Il est vrai que la dette actuelle est importante mais pas gigantesque. Jusque là, rien d’inquiétant. En revanche, lorsqu’on intègrera la provision des retraites du secteur public dans la dette "hors bilan" (règlementation IAS), alors le bond sera violent : de 65 % à plus de 110 % de dette/PIB.

    Et on ne parle ni des retraites du secteur privé, ni du déficit croissant de la sécu, entre 10 et 15 milliards d’euros par an. Ni des multiples organismes publics qui permettent d’externaliser la dette pour la faire sortir des chiffres, ni de la dette des collectivités locales qui, elle aussi, est assez inquiétante.

    Bon, l’Argentine s’en est bien sortie après tout.



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Canardo > Je crois qu’un mot fort était nécessaire. La langue de bois, le politiquement correct, l’euphémisme ont fait que la plupart des gens ne comprenaient pas qu’on ne pouvait pas continuer sur cette voie. Je n’aime pas le catastrophisme, si Fillon devait continuer dans l’exagération, je serais la première à m’élever contre cette manie. Ce n’est pas son registre, c’est d’ailleurs sans doute aussi ce qui a marqué les gens dans cette histoire.

    Pour les sondages, j’ai bien précisé qu’il s’agissait des lecteurs des sites, donc pas tous les internautes et donc, encore moins tous les Français. Ce ne sont même pas tous les lecteurs de ces sites et on ne sait pas si certains n’ont pas revoté en utilisant des autres IP, etc… Ces sondages ne représentent qu’eux-mêmes. Et encore, avec une toute petite valise. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que le même résultat soit obtenu sur le site de l’Express plutôt favorable au gouvernement et sur le site du Monde qui lui est plutôt défavorable.

    Antoine > Dans notre pays, le premier ministre a un rôle important, il a aussi des messages à passer. Si le gouvernement saute, il est le premier à partir et, le plus souvent, c’est lui qu’on montre du doigt. Cela peut même jouer à long terme sur sa carrière. Il est donc normal qu’il veuille donner à son gouvernement des chances de réussite.
    Et je suis tout à fait d’accord avec toi pour regretter que le reste de son discours n’ait pas été repris. En indiquant cette durée de 25 ans, il ne vise pas un bord plutôt que l’autre, mais bien une responsabilité collective.

    Aurel > Effectivement, la situation est grave mais pas désespérée. Le quai n’est pas en vue, il est encore temps de faire pivoter le pétrolier. Il serait parfaitement stupide d’attendre qu’il soit trop tard pour “voir ce qui arrive”. L’Argentine s’en est sortie, d’autres pays aussi, c’est vrai. Mais la France le pourra-t-elle ? A quel prix ?

    Comme toi, je crois qu’il ne faut pas compter sur la BCE pour nous sortir la tête de l’eau. Au delà des dégâts internes, une faillite de la France causerait des remous dans toute l’UE, nous n’avons moralement pas le droit de l’ignorer et surtout pas par égoïsme.



  5. -|- Rikko dit :

    A propos des pinailleurs: justement si, ça mange du pain… le notre !

    A propos des justiciers : c’est le problème de l’identité secrète, si il révèlent leur théorie brillantes ils sont démasqués, et Lex Luthor va s’en prendre à leur famille !!!

    Je ne trouve pas que les "zantis" assument très bien, c’est compliqué de se démener dans la boue, du coup, regarde autour d’eux… ils n’ont pas grands chose d’autre à jeter…

    Note que j’ai vu une fois un bulot se rebéler, il étais ceinture noire de Ju-Jitsu….L’écailleur ne s’en ai pas remis, les obsèques auront lieu lundi à la chapelle de St Troudy s/ Yvettes

    Moralité : Les français n’aiment pas les images, cela leur rappelle qu’ils avaint trop peu de bons point à l’école… et en politique, malheur à celui qui a raison !!!

    Et par ailleurs, au regard des mesures visant à "régler le problème de la "faillite", c’est à dire ce qui est intéressant, pas le rideau de fumée qui consiste à dire "je suis obligé, c’est pas ma faute, il était mort quand je suis arrivé", je trouve que justement, ce sont ces mesures qui posent problème et ne correspondent pas à ce que (moi en tous cas) j’attends du gouvernement de la France…. J’ai pas voté pour Sarko (au cas ou vous auriez un doute…)

    Et puis un bufget à l’équilibre… dans une société capitaliste… pour quoi faire ?

    C’est peut être cette question que l’on devrait poser ???

    La phrase de Fillion me rapelle une chanson de Brel :

    "Il disent que je suis bon qu’a egorger les chats, j’ai jamais tué un chat, ou alors ya longtemps, ou y sentais pas bon…."

    Je ne rapelle pas avoir vu tous ces messieurs de droite, de gauche, du centre et autres se dresser à l’assemblée pour dire : "ça suffit, il est évident, et c’est du bon sens que le budget doit être à l’équilibre"….

    Pensée du jour : Plutôt que de reprocher à la mer d’être salée, on devrait peut être chercher un lac !



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Sans vouloir remonter la pente d’un seul coup, on peut peut-être retirer ses skis et arrêter de se laisser glisser, non ? ;)



  7. -|- Rikko dit :

    Quelle belle image !!!



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    C’est parce que j’ai bien travaillé à l’école. J’ai une belle collec’… ;)

    Ou alors je n’ai pas bien travaillé à l’école mais ça ne m’a pas empêchée d’avoir une belle collec’…

    L’histoire jugera.



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