Je lance un contrat sur Nicolas S., président

Par Delphine Dumont, le 19 février 2008 | Tous concernés |

Comme on est en France, pays des Droits de l'homme, ça devrait faire réagir ! indigner ! gronder !... Non ?... Pas la moindre condamnation audible ou lisible ? Ah si, quand même. Ouf !

En fait, vous vous en doutez, ce n'est pas moi qui appelle au meurtre sur la personne de Nicolas Sarkozy, mais Jean-Didier Vincent, chercheur au CNRS. C'était mardi 12 février sur France 3 dans l'émission de Frédéric Taddeï "Ce soir ou jamais" :


Vidéo montée et mise en ligne par Polydamas
(Merci à lui et pardon de l'avoir oublié !)

Cette déclaration a soulevé une émotion formidable. Nous avons donc la réaction de Catherine Nay sur Europe 1. Et puis, la réaction de Koz. Ça fait deux. Et puis... euh... Ah oui, il y a aussi Jyvais sur son blog Starpotin. [Edit] Et donc Polydamas. Et... euh... ah ben c'est tout...

Le fond

Sur le fond, je pense qu'à force d'interroger n'importe qui sur n'importe quelle sujet, on ne peut que réunir la plus belle collection de conneries de tous les temps. Quand on demande à un footballeur quelle serait la meilleure politique étrangère à mener, on ne peut pas s'attendre à une analyse fine et exacte comme réponse. Non pas que le footballeur soit stupide, mais parce qu'il est spécialisé dans un domaine totalement différent. Pourquoi s'attendre à plus de pertinence de la part d'un chercheur scientifique ?

Donc, que Jean-Didier Vincent se croit à un petit dîner entre amis où on peut tenir des propos sans conséquences et parle d'assassinat du président, ça me laisse assez indifférente. L'avis de ce monsieur, je m'en passais jusque là et je crois que je vais continuer comme ça.

La forme

Ces propos aussi stupides que monstrueux ont été tenus en direct, ils étaient aussi imprévisibles qu'impossibles à supprimer avant diffusion. Mais on peut observer, quand on regarde l'intégralité de l'émission (l'incident se déroule vers les 50mn) que Frédéric Taddeï mesure l'énormité de la chose et tente de rattraper, mais que les invités rient. Par la suite, il n'y a pas eu d'excuses ni de l'animateur, ni de la chaîne.

La compagnie de vigilance républicaine, qui a signé ce si brillant appel la semaine dernière, n'a pas bronché. C'est Sarkozy, c'est normal. On peut dire du mal de lui sans retenue, on peut appeler à son meurtre, c'est normal... 5 479 signataires attachés à la démocratie et pas un ne bronche ? Ce n'est pas sur la démocratie, ni sur la France qu'ils veillent, seulement sur leurs névroses pour lesquelles ils ont trouvé une représentation.

Que l'on n'aime pas Nicolas Sarkozy, ça ne me dérange pas. Je voudrais bien voir qu'on vienne me dire qui je dois aimer ou non ! Que l'on n'approuve pas son comportement, son programme, son gouvernement, ses chaussettes, sa femme, sa couleur de cheveux, sa troisième molaire, ses discours, etc, etc... Ça ne me dérange pas, je suis ouverte à la discussion pour ceux qui veulent, mais je n'imposerai rien.

Mais qu'on appelle au meurtre du Président et que cela ne fasse pas sourciller le moindre défenseur de la démocratie, ça ne m'indigne pas, ça me terrifie ! Ainsi, il y aurait un tribunal arbitraire et populaire qui jugerait et condamnerait sans qu'on ait le droit de se défendre ? On est au far-west ? Le lynchage est autorisé ? Ou bien c'est la loi des cités qui a gagné sur nos bons vieux Droits de l'homme ?

En janvier dernier, j'avais déjà évoqué cette crainte de l'appel au meurtre dans mon billet "Sarkozy, c'est le mal absolu" (avant-dernier paragraphe). Je ne pensais pas que ça viendrait si vite et dans une telle indifférence.

Un dernier mot pour ceux qui justifient leur haine par les soi-disants sentiments des Français pour Sarkozy, voici le détail du sondage CSA-Le Parisien : "Les traits d’image de Nicolas Sarkozy" (pdf). On y apprend que Nicolas Sarkozy est perçu comme dynamique (88% des personnes interrogées), courageux (76%), sait prendre des décisions difficiles (66%), a une stature internationale (65%), est sympathique (62%). Qu'est-ce que ça serait s'il n'était pas un fou anxiogène... Il exploserait les scores de l'Abbé Pierre, sans doute...

Delphine Dumont
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Technorati Tags : Jean-Didier Vincent, appel au meurtre, Sarkozy

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20 commentaires pour “Je lance un contrat sur Nicolas S., président”

  1. -|- TeeWee dit :

    Sarko, c'est comme les cathos, on peut en dire tout le mal qu'on en veut, personne il viendra t'embeter...

    Pauvre France, lalallalllalalala



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Oui, mais j'incline à penser que s'il y avait un appel au meurtre sur les catholiques, on trouverait des gens pour s'indigner haut et fort. Du curé au pape, avec tous les échelons intermédiaires, déjà. Enfin, j'espère...



  3. -|- Polydamas dit :

    "Nous avons donc la réaction de Catherine Nay sur Europe 1. Et puis, la réaction de Koz. Ça fait deux. Et puis... euh... Ah oui, il y a aussi Jyvais sur son blog Starpotin. Et... euh... ah ben c'est tout..."

    Vous m'avez oublié dans le lot, j'avais un billet à vendre un peu partout sur le web, pas eu le temps de réagir autrement qu'en montant la vidéo... :-)



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Oups ! Pardon ! J'ai totalement oublié de vous citer ! Je modifie mon billet. :)



  5. -|- Polydamas dit :

    Pas grave... :-)



  6. -|- Xuen-des-Bois dit :

    Je serais curieuse de connaître la chronologie des évènements entre la déclaration de ce monsieur (rappelons que tout ce qui est excessif... etc... etc...) et celles du ministre Karoutchi au sujet de Jean Zay... N'y aurait-il pas un parallèle voire, une réponse de l'un à l'autre ?



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    Le délire de Jean-Denis Vincent a eu lieu le 12 février et la tirade de Karoutchi, 2 ou 3 jours plus tard. Je ne comprends d'ailleurs pas l'émoi de la fille de Jean Zay. La comparaison n'a rien de stupide, même si elle est un peu exagérée. Ce qu'a dit Karoutchi ne salit pas la mémoire de Jean Zay, bien au contraire, cela rappelle les faits. Un truc doit m'échapper...



  8. -|- Mary dit :

    Delphine, il s'est produit la même chose, hier soir sur la 3 de la part de Siné...
    Taddéi a réagi, en voulant nous faire avaler que la semaine dernière, le pitre à lunettes faisait un sketch, qu'il n'aurait jamais laisser dire ça, qu'il ne fallait pas le prendre mal, etc...
    On se fout vraiment du monde.
    Il faut lancer un appel à ne plus acquitter la redevance télé !



  9. -|- Xuen-des-Bois dit :

    Visiblement, selon la tendance poitique, on ne doit pas s'offusquer des mêmes choses...



  10. -|- Delphine Dumont dit :

    Mary > Effectivement, il semble que ça risque de tourner au gimmick et qu'il y ait une surenchère. En ne présentant pas d'excuse, Taddeï a semblé approuver et encourager la tenue de ce type de propos. :(

    Xuen > Tu as été choquée, toi, par les propos de Karoutchi ?



  11. -|- Polydamas dit :

    M. Vincent a un blog, sur lequel certains blogueurs sont déjà intervenus...

    sciences.blog.fondapol.or...

    Allez, tous en choeur ! :-)



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    L'appel est lancé ! :)
    Personnellement, je n'ai pas réussi à passer le captcha.



  13. -|- Philippe dit :

    Belle indignation, Delphine, mais bien à côté de la plaque.
    Le problème ce n'est pas que des gens comme JDVincent s'autorisent de tels dérapages, c'est que nous ayons un président qui les suscite. Le problème ce n'est pas de savoir si le SMS de Sarkozy est vrai ou faux, mais que la personnalité de ce président le rende plausible.
    Oublions le côté "plaisanterie mondaine" du propos de JDV. Il reste que si cet intellectuel était sincère et pensait la république en danger, pourquoi ne serait-il pas légitime alors de souhaiter la mort du tyran ou un soulèvement populaire ?
    La question de fond est donc de s'interroger sur le danger que représente réellement Monsieur Sarkozy.pour les libertés,, plutôt que de perdre son temps à des indignations futiles...



  14. -|- Delphine Dumont dit :

    Ah voila, c'est la faute de Sarkozy ! Pour l'appel au meurtre de Vincent, pour l'appel de Kahn, pour le SMS d'Airy Routier, c'est la faute de Sarkozy. Facile, pas cher, ça déresponsabilise à peu de frais, on peut tout se permettre, c'est un salaud, pouf ! l'affaire est entendue. C'est comme pour ces salopes en mini-jupe, si elles se font violer, bien fait pour elles, qu'elles ne viennent pas se plaindre en plus !

    Juste pour mémoire, je vous renvoie à l'intervention de Kahn sur Canal+ où, opposé à Aphatie, il a reconnu que :
    - il n’est pas contestable que Nicolas Sarkozy est républicain ;
    - nous ne sommes pas en monarchie élective ;
    - la République n’est pas en danger ;
    - n’importe qui aurait pu signer un tel appel…
    (cf le billet de Koz : Pour Aphatie, évidemment)

    Puisqu'il n'y a même pas de fumée, pourquoi crier au feu si ce n'est pour le plaisir d'appartenir à une meute hurlante ?

    Il faut arrêter avec ce délire du TSS et grandir un peu. Il n'y a pas les bons à gauche et les méchants à droite. Cette vision aussi stupide que manichéenne a paralysé la France pendant des années, ça suffit.

    Et si, pour vous, l'important est de fantasmer sur un homme dont vous ne savez rien d'autre que ce que les rumeurs en disent, et le futile est un appel au meurtre, c'est vous que je trouve inquiétant, pas Sarkozy.



  15. -|- JPL dit :

    Tous ces débats qui tournent en rond n'ont guère d'intérêt.

    a) M Sarkozy fait de la confrontation un mode d'existence politique (accusant ses adversaires, par exemple, d'être les amis des voleurs ou des assassins...),
    b) il personnalise à outrance l'exécutif. Toutes les annonces, même celles relevant de secrétaires d'état, viennent de lui, au rythme de plusieurs par semaine, le propos étant de saturer l'espace médiatique, comme s'il était encore en campagne et non en charge du pays
    c) en règle générale les annonces sont in fine suivies de la mise en place de commissions, éventuellement après une demi-censure très prévisible (et qu'il anticipait certainement) du conseil constitutionnel.

    Tout cela est lamentable et le fond du problème est là.
    Après, qu'un individu donné perde le sens de la mesure et s'emporte de manière critiquable à la TV, quelle importance pour la vie des citoyens et pour la République ?

    Revenez sur terre bon dieu !!!



  16. -|- Delphine Dumont dit :

    Ah ! C'est gentil, ça ! Vous m'évitez de devoir rédiger une réponse. Vous tenez les mêmes propos que Philippe ci-dessus, je vous renvoie donc à ma réponse à Philippe, ci-dessus.



  17. -|- l'avez vous vraiment écouté ? dit :

    Il n'appelle pas au meurtre!

    Il rapporte un discours fictif en style indirect libre (c'est souligné par le journaliste), qu'il prête aux nombreux hommes politiques qui l'ont soutenu dans sa campagne: nous l'avons soutenu pour qu'il nous conduise au pouvoir, et maintenant qu'il y est il ne le partage pas avec nous, nous ne pouvons rien faire contre lui à part peut-être l'assassiner.

    Je n'ai pas cherché ce qui précède et suit cet extrait, et donc je ne saurais jamais s'il veut dire que les cadres de l'UMP cherchent à ridiculiser le président (= l'assassiner politiquement), s'il veut défendre la thèse d'une confiscation personnelle le pouvoir, s'il veut critiquer les institutions qui consacrent un régime présidentiel, ou autre chose encore...

    Mais ce passage n'est pas un appel au meurtre, sauf à ne pas écouter le propos ou à avoir un QI de poisson rouge. Vu la teneur partisane du billet et des commentaires, je pense que l'aveuglement auditif est plus coupable que le QI (heureusement).



  18. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est gentil de lui trouver des excuses, mais quand Taddeï le rattrape en lui disant qu'il ne parle pas sérieusement, Jean-Didier Vincent a un temps d'hésitation. Mon QI de poisson rouge est largement supérieur à celui de l'amibe qu'il faut être pour nier une telle évidence.



  19. -|- Claudius dit :

    Ah, les assassinats politiques !
    C'est tout de même comme ça qu'on gravit certaines marches. Ca permet parfois de devenir maire, puis président d'un parti, puis président de la république, non ?

    ...

    je faisais allusion à Jacques Chirac, bien entendu, j'espère que personne n'a pensé que ...



  20. -|- Delphine Dumont dit :

    Hummm... Je ne sais pas à qui d'autre pourrait-on penser. Faudrait-il poser la question à l'Observatoire ? ;)



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