Travailler le dimanche ?

Par Delphine Dumont, le 6 janvier 2009 | Boulot, Famille, Politique-tac |

C'est l'un des débats actuels les plus passionnés et il était temps que j'intervienne. Un débat sans mon grain de sel est vraiment fade, c'est scientifiquement prouvé.

J'ai travaillé le dimanche comme salariée, tantôt par choix, tantôt par contrainte, et je travaille encore parfois le dimanche en tant que freelance. Cela me permet de comprendre vraiment les arguments des pour et des contre et d'apporter mes deux cents au débat.

Travailler le dimanche en tant que salariée

Par contrainte

Mes premiers petits boulots, après le baby-sitting et l'organisation de fêtes, étaient de vrais purs petits boulots. J'ai été emballeuse de cadeau au Printemps (rayon parapluie et maroquinerie) pour la fête des mères, équipière chez Quick et ouvreuse de cinéma. Dans ces deux derniers emplois, j'ai dû travailler tard le soir et le dimanche, on ne m'a pas demandé si ça m'arrangeait, c'était dans le contrat que j'avais signé.

Je n'avais pas encore 20 ans et travailler le dimanche avait deux effets principaux pour moi : pas de sortie trop tardive la veille et pas de repas en famille le jour-même. À 19 ans, le second est nettement moins important que le premier. Si j'étais contente d'avoir la perspective de mon salaire en fin de mois, devoir décliner une invitation à sortir parce que je travaillais le lendemain m'a toujours laissé un peu amère.

Le fait que ces boulots n'aient pas eu le moindre intérêt et qu'ils soient plutôt mal payés a fortement contribué à ce sentiment d'injustice que je ne pouvais m'empêcher de ressentir.

Par choix

Plus tard, j'ai eu un vrai boulot. Je faisais du marketing direct pour un grand groupe immobilier. C'était le tout-début du marketing direct et je me suis bien éclatée. J'y réussissais vraiment bien, je me faisais des fins de mois très sympathiques, bref, que du bonheur ! J'y travaillais du lundi au vendredi de 9h30 à 19h45 avec une coupure de 2h30, un rythme qui m'allait comme un gant surtout que je n'avais ni compagnon fixe, ni enfants.

Comme j'étais une bonne commerciale, on m'a proposé de venir un week-end sur les sites de maisons-témoins pour assister les négociateurs. Ce qui était un remplacement est vite devenu une habitude et j'ai fait ainsi plusieurs week-ends (3h le samedi et 3h le dimanche). Tout se passait bien jusqu'à ce que le service du personnel rappelle que me faire bosser du lundi au dimanche, c'était abusé. Quoi ? Je travaillais toute la semaine ? Mince ! Je m'amusais tellement que je n'avais même pas remarqué ! :D

J'ai donc dû renoncer aux suppléments week-end avec regret. Ce n'était pas une question de paye, ce que j'y gagnais était anecdotique par rapport à mon "vrai" emploi, mais juste parce que j'aimais vraiment ce que je faisais.

En ne travaillant que l'après-midi, les week-ends, je pouvais sortir le samedi soir, participer aux repas familiaux (et tant pis si je devais prendre mon café dans la maison-témoin), etc. Je n'ai pas ressenti de frustration comme pour mes premiers petits boulots.

Travailler le dimanche en tant que freelance

Mon boulot de rédactrice de contenu exige une bonne dose de créativité. Ma créativité se nourrit de découvertes, de détente et d'échanges. Je serais strictement incapable d'écrire aussi bien et autant si j'avais des contraintes strictes d'horaires.

Quand je travaille le dimanche, c'est parce que l'inspiration m'est venue à ce moment-là. J'essaye d'avoir toujours fini mes commandes le samedi afin de ne travailler le dimanche que si je le veux. Il m'est arrivé d'avoir des coups de bourre, comme à tous les indépendants, mais ils sont de plus en plus rares au fur et à mesure que j'améliore mon organisation. J'adore mon métier et bosser le dimanche ne me dérangerait pas du tout si ça ne risquait pas d'être pénible pour mes enfants.

Faire travailler les autres le dimanche

Il y a déjà beaucoup de gens qui travaillent le dimanche. Dans les hôpitaux, les transports, les services de sécurité, les sociétés de loisirs, la restauration, etc. Le changement dans les mœurs ne serait pas aussi radical que certains le prétendent. Pour autant, je ne vois pas la nécessité de modifier la loi actuelle.

Comme le rappelle Authueil, tout ceci est parti d'un projet de loi visant à réguler un cas particulier, cela n'avait rien d'un projet de loi à l'échelon national ! Ce qui explique ce magnifique concert de couacs.

Que je sache, il n'y a aucune étude qui justifie d'ouvrir rapidement de nombreux secteurs professionnels supplémentaires au travail le dimanche. On a largement le temps d'y penser.

Sur le fond, je suis plutôt défavorable à l'ouverture des commerces le dimanche. C'est vrai que c'est confortable, mais est-ce vraiment un bien ? Je ne le crois pas. Si on pouvait m'assurer qu'il n'y aurait que des salariés volontaires pour être présents, j'aurais peut-être un peu moins de réticence, mais on n'en est pas là. Je sais très bien que "volontaires" signifierait trop souvent "désespérés".

Qu'on le veuille ou non, notre société est organisée autour d'un repos dominical. Qu'on soit désœuvré au point de passer le dimanche devant la télé ou dans les magasins est navrant. Si on a absolument besoin de dépenser de l'argent le dimanche, il y a le cinéma, les musées, les parcs de loisirs et les boutiques en ligne. Ça laisse de la marge ! :)

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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8 commentaires pour “Travailler le dimanche ?”

  1. -|- Rikko dit :

    DOnc... c'est quoi l'idée ??? il fauttravailler le dimanche ou pas ? Ou alors tu t'en fout !

    Ou alors, tu ne vois pas pourquoi on en fait tout un foin...

    Ouaip... t'as pas tord !

    Mais pourquoi ne pas laisser ceux qui accepte de bosser le dimanche de bosser le dimanche... parce qu'on ne va pas leur laisser le choix ????

    Et alors?



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Je n'empêche pas les indépendants de bosser le dimanche si ça leur chante. Mais le risque d'abus est trop grand pour que je vois d'un bon œil l'ouverture généralisée des magasins le dimanche. En dehors de toute considération religieuse, garder le repos dominical pour une majorité de personnes structure le temps social. Déjà que l'éclatement des familles (géographique et/ou affectif) a fait beaucoup de dégats, je ne pense pas que le consumérisme doive en rajouter.



  3. -|- Rikko dit :

    .... les bras m'en tombe.... on dirais un discours de la gauche chrétienne !!!

    Je me pince...

    Aïeuuuuuuuuuuuuuuu !!!

    Je relis ...

    Ben c'est ça...

    Ben zut alors !



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Sois pas désagréable et explique-moi comment les familles pourront espérer prendre un repas ensemble si papa travaille de nuit et maman tous les week-ends.



  5. -|- Rikko dit :

    Ben au moins, ils auront pas le temps de divorcer ... si ça c'est pas un progrès !



  6. -|- couliine dit :

    ben quoi faut bien avoir plus de sou pour toujours pouvoir consommer plus;)



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    Voila ! :D



  8. -|- mabylone dit :

    Ouvrir le magasin le dimanche c'est bien quand les autres magasinns sont fermés, comme ça on travaille avec moins de concurrence, et l'acheteur ne peut aller que dans le magasin ouvert. Mais ouvrir le magasin le dimanche quand les autres magasins sont ouverts, cela n'a plus aucun interêt, parce que ce que les gens vont acheter le dimanche, ils ne l'achéteront pas en semaine, donc autant tous fermer le dimanche.



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