Virgin Suicides et La Tête de Maman : 2 hymnes à la vie

Par Delphine Dumont, le 11 janvier 2009 | Coup de chapeau |

Il y a des films et des livres que je manque pendant des semaines, des mois, des années et un jour, enfin, je les rencontre et c'est la claque.

Pour "La Tête de Maman", il m'a fallu quelques mois pour le voir, pour "Virgin Suicides", quelques années. J'ai mis du temps car j'avais peur d'être déçue alors qu'ils m'attiraient terriblement. Non seulement je n'ai pas été déçue, mais surtout je me sens enrichie de les avoir vus.

Malgré toutes leurs différences, ces deux films sont des hymnes à la vie fabuleux et lumineux. Leurs sujets sont douloureux et difficiles à aborder, pourtant leurs réalisatrices respectives s'en sont sorties merveilleusement. Pour le reste, ils sont incomparables. Je ne vais donc pas les comparer, juste vous en parler un peu.

La Tête de Maman

Pour le résumé et les détails, je ne vais pas recopier la fiche Allociné de "La Tête de Maman, alors allez la lire si vous avez des lacunes. :)

Karine Viard et Chloé Coulloud sont extraordinaires. Leur naturel lumineux éclaire le film d'un bout à l'autre et lui donne toute sa force. Les acteurs masculins sont impeccables, ils respectent parfaitement la limite qui leur est imposée en permanence : rester au second plan. Le focus sur la relation mère-fille leur impose un mur de verre qu'ils n'essayent pas de briser.

Pascal Elbé est formidable, en particulier dans la scène de tête à tête avec sa fille. Ça aurait pu être du pur sentimentalisme dégoulinant, ce n'est pas le cas, tout est maîtrisé et c'est un instant de grâce. C'est le seul moment où la lumière est mise sur la relation entre le père et la fille et ça en fait un moment crucial.

Pour le fond, cette histoire de relation mère-fille a une qualité particulière : elle démontre, s'il le fallait encore, que rien n'est simple, qu'une histoire de famille s'écrit sur plusieurs générations. Tout est noué, imbriqué. Ça nous enrichit et ça nous emprisonne en même temps.

Au delà de cette histoire familiale, c'est aussi une lutte épique entre la vie et la mort. La vie gagne sans conteste, la mort ne peut rien contre la force lumineuse de Lulu. La séance finale peut se lire comme un adieu de Juliette à sa fille, comme des retrouvailles après sa guérison ou de bien d'autres façons encore. C'est un magnifique cadeau de la réalisatrice à ses spectateurs et cela contribue à faire de ce film, un hymne à la vie superbe et lumineux.

Virgin Suicides

Pour la fiche technique, même chose, je vous renvoie à Allociné : Virgin suicides.

Sofia Coppola s'est emparé de cette tragédie et en a fait un film lumineux. Elle suit amoureusement son actrice fétiche Kirsten Dunst, capture ses sourires et ses regards avec gourmandise et nous en régale. Les autres personnages ne semblent être là que pour servir Lux, mais ce n'est pas grave, au contraire ! Après tout, c'est sur elle qu'on sait le plus de choses. On ignore presque tout de ses sœurs, à l'exception notable de Cécilia.

Cécilia partit la première

C'est la première phrase du film et c'est aussi l'une des plus fortes avec celle où Cécilia explique au psy que s'il ne comprend rien, c'est parce qu'il n'est pas une fille de 13 ans.

C'est douloureux de devenir une femme, j'en parle d'expérience. Entre tout ce qui change avec notre métamorphose (les regards des autres, les nouveaux pouvoirs, les nouveaux devoirs, etc.) et les effets des bouillonnements hormonaux, les coups pleuvent chaque jour et une adolescente se retrouve extrêmement vulnérable plusieurs fois par jour. Quand l'environnement familial est plus pesant que la moyenne, l'impossibilité de vivre parait évidente. Ce n'est qu'une apparence, à 13 ans, on ne sait pas qu'il existe des milliers de bonnes portes de sortie.

À cause de leurs parents, les cinq sœurs vont éprouver cette impossibilité de vivre cette vie-là et se donner la mort. Ça pourrait être un récit glauque et étouffant et ça ne l'est pas.

Le film me rappelle ce qu'on dit du bonheur, qu'il est un oiseau fragile dans nos mains. Si on lui laisse trop de liberté, il s'envole, si on le tient trop serré, il meurt. Les cinq sœurs Lisbon veulent vivre, elles aiment la vie passionnément. Mieux même, par leur beauté et leur jeunesse, elles sont la vie.

Après coup, il est facile de faire des reproches aux parents, mais comment ne pas comprendre le souci de ces parents dépassés par leur époque et, surtout, par ce qu'ils pressentent de leurs filles ? Oui, les parents sont en tort, oui, ils sont malheureusement coupables de ce qui arrive pour une grande part, mais ce n'est pas le sujet du film et Sofia Coppola ne cherche pas à leur jeter l'opprobre. Le sujet, c'est Lux et ses sœurs. Ce qui leur est arrivé est presque accessoire tant la force de leur souvenir vit dans la mémoire des garçons.

C'est ça qui m'a particulièrement touchée dans ce film. Sofia Coppola ne montre pas des adolescents traumatisés par une tragédie mais des adolescents qui ont vu et compris l'immensité de la beauté et de la fragilité de la vie. Ce qui fait de ce drame, une énigme, c'est qu'on ne peut répondre à la question "Comment se donner la mort quand on est aussi vivant ?".

Et vous ? Vous avez aimé ?

Avez-vous vu ces films ? Les avez-vous aimés ? Dites-moi, ça m'intéresse ! :)

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5 commentaires pour “Virgin Suicides et La Tête de Maman : 2 hymnes à la vie”

  1. -|- Balise dit :

    J'ai pas aimé Virgin Suicides, j'ai trouvé ça chiant. J'ai vu Lost in Translation de Sofia Coppola, et j'ai eu la même impression de « attendre que ça démarre pendant une heure et demie et voir le générique de fin ». Le bouquin est pour moi plutôt mieux, mais du même auteur j'ai largement préféré Middlesex.



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    "Attendre que ça commence", c'est une critique qui revient souvent. Je n'ai pas eu ce sentiment, je me suis laissée porter, mais je vois très bien ce que tu veux dire, j'ai eu le même sentiment pour Matrix. "Lost in translation" m'a totalement séduite aussi. :)
    J'ai lu beaucoup de bien sur le bouquin, je vais donc essayer de le lire rapidement ainsi que Middlesex. Si tu l'as aimé, ça ne doit pas être mal. ;)



  3. -|- Rikko dit :

    On a le droit de lire les sous-titre du film pour gagner du temsp ??? comme ça on a pas à choisir entr ele livre et le film !

    ... j'dis ça...



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Dans le livre, il n'y a pas Kirsten Dunst, ce serait dommage de la manquer. :)



  5. -|- Rikko dit :

    Mouais... en même temps moi je préfère Kim Bassinger... ben ouais forcément, c''est les mêmes initiales que Kraken's Blood !



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