Qu’avez-vous pensé de la grève d’hier ?

Par Delphine Dumont, le 20 mars 2009 | Politique-tac

C'est la question que Laurent Wauquiez a posée ce matin sur Twitter. Ce qui m'a fait réaliser que je n'avais pas donné mon avis éclairé et immodeste sur la question. Le voici donc en toute prétention. :)

Je ne vais pas en faire la tartine du siècle, ce n'est plus l'heure du petit déjeuner. Je voulais juste dire deux ou trois choses.

Pourquoi empirer la situation ?

C'est le point le plus important et il me choque profondément. La crise est là, on ignore encore tout de son ampleur. Qui peut croire sincèrement qu'en pénalisant des entreprises privées ou publiques, on va arranger la situation ?

Prennent-ils Sarkozy pour un magicien ? Dieu le Père ?

Les syndicats exigent. Ils ne demandent pas, ils exigent. Ben... qu'ils exigent... Si y'a pas, ils auront pas. Nicolas Sarkozy a un certain nombre de pouvoirs, mais pas celui de réguler la crise mondiale d'un coup de baguette magique, ni celui de faire pleuvoir l'argent.

Le désespoir n'excuse pas tout

Je suis parfaitement consciente et je ne nie pas que, pour beaucoup de gens, cette crise est un coup terrible. Que beaucoup ont perdu ou perdront leur emploi et/ou leur logement. Je sais que beaucoup n'ont pas la force, plus la force de s'en sortir seuls et qu'ils espèrent une solution miracle, leur désespoir est trop grand pour qu'ils puissent être réalistes. Je sais cela et j'aimerais avoir une réponse à leur donner, mais il n'y en a pas. Pas d'autre que de leur dire de garder l'espoir, c'est bête, je sais.

Pour autant, cela n'excuse pas la récupération de ce désespoir par des syndicats essoufflés qui font feu de tout bois, par des partis politiques qui s'opposent parce qu'ils ne savent plus proposer et par d'autres opportunistes de tout poil. Vouloir soutenir les personnes en grande souffrance n'excuse pas qu'on aggrave une crise, qu'on bloque des rues et qu'on paralyse des entreprises.

Et le dimanche ? Les syndicats sont fermés ?

Si les syndicats avaient proposé de défiler un dimanche pour soutenir ceux qui vont souffrir de la crise, demander que le gouvernement s'intéresse à leur sort, mais en essayant d'avoir l'impact économique le plus faible possible, l'idée m'aurait tellement plu que je me serais peut-être bien jointe au cortège.

Un bon cocktail demande de la subtilité

Que toutes les revendications se mélangent dans cette démonstration de force n'a abouti qu'à un échec. Oh, certes, il y a eu plus de monde qu'à la grève du 29 janvier, mais ça n'en fait pas un succès. La forte présence de salariés du privé dans cette grève exprime une angoisse générale due à la crise et amplifiée par l'annonce de plusieurs plans sociaux ces derniers temps.

Cette manifestation est une poussée de fièvre provoquée par une inflammation de notre société, rien de plus. C'est normal, c'est même sain, c'est un signe à ne pas négliger, mais certainement pas ce que certains voudraient y voir.

Imaginons que, miracle !, la crise passe demain, que le ciel s'éclaircisse subitement, que les menaces sur l'emploi se lèvent brusquement, croyez-vous que les syndicats arriveraient à rameuter plus que deux chats errants à une manifestation ?

Les Français ne rejettent pas la société actuelle, ni le gouvernement en lui-même, ils ont peur et ils le disent.

Le mélange de cette peur avec des revendications diverses motivées autant par la justesse de certaines de ces revendications que par la peur de réformes en pleine période de crise, voire le refus du moindre changement, n'a abouti qu'à un brouhaha inaudible. Les syndicats n'ont pas réussi à se revaloriser et le P.S. n'y a rien gagné. Quant aux participants, je doute qu'ils en soient revenus avec l'impression d'avoir influé sur le cours des choses, ni même d'avoir été entendus.

Fallait-il faire cette manifestation ?

Oui, si cela a permis d'apaiser l'angoisse de certains. Non, sinon. C'est aussi bête que cela.

Le gouvernement ne lâchera rien (ou des miettes) et je lui donne raison sur ce point, la crise ne va pas s'enfuir en hurlant devant cette foule de manifestants, les anti-sarkozistes sont confortés dans leurs idées, les pro-sarkozistes aussi. Qu'est-ce qui aura changé ? Rien !

Finalement, il y a quand même une bonne petite tartine... :)

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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8 commentaires pour “Qu’avez-vous pensé de la grève d’hier ?”

  1. -|- effigy dit :

    certes plus de manifestants. un succès ? non pas, car en même temps il y a eu beaucoup moins de grévistes, et c'est sans doute là qu'il faut voir une vrai désespérance, plus beaucoup de candidats pour perdre une journée de salaire, mais cela les syndicats (8% des salariés) se garderont bien de l'évoquer.



  2. -|- effigy dit :

    ps (pour post scriptum, évidemment)
    j'aime bien ce qu'en pense celui-ci: http://langelot.blog.lemonde.fr/2009/03/19/a-la-recherche-du-temps-perdu/



  3. -|- Delphine Dumont dit :

    Excellent, ce dessin de Langelot ! Même si c'est une caricature, même si c'est féroce, c'est excellent. Et je connais malheureusement trop de bons profs qui se plaignent des abus de leurs collègues pour ne pas adhérer à l'idée.



  4. -|- Rikko dit :

    Il faut penser maintenant ???

    Chienne de vie !



  5. -|- couliine dit :

    m'enfout j'ai fait greve pour em* mon medecin chef et na...oui je suis désesperée...



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko : On a le droit de penser à rien. Je n'ai pas voulu être trop dur avec vous. :)

    Couliine : Oh ma douce ! Je croyais que ça se passait bien pour toi. :(



  7. -|- couliine dit :

    delphine: pfffffffffffffffffff ça a dégénéré depuis décembre
    ainsi va la dur vie ...



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Couliine : Oh mince ! Décidément, tu les collectionnes. :(
    Je t'envoie un mail dans la journée mais plein de douces pensées tout de suite. :)



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