Le déni du déni de grossesse

Par Delphine Dumont, le 18 juin 2009 | Tous concernés

Hasard du calendrier, deux procès concernant le déni de grossesse ont eu lieu presque simultanément. Nous avons d'un côté, Véronique Courjault ultra-médiatisée, de l'autre côté, Valérie Serres qui n'a pas eu l'honneur d'intéresser. Pas assez de victimes, peut-être ?

Je ne vais pas refaire leurs procès, je ne suis pas dans leurs têtes, je n'ai assisté à rien et je ne suis pas experte auprès des tribunaux (ce dernier point est bien regrettable, je vous l'accorde). Je ne vais pas les juger, mais je suis sidérée par le nombre de personnes qui le font et, surtout, par leur absence totale de doute. Ils savent.

Ils savent qu'une mère est heureuse du simple fait d'être mère...

Ce qui me frappe le plus, c'est cette certitude absolue qu'une mère ne peut qu'être heureuse dès qu'elle est enceinte. Grossesse = bonheur. C'est tout.

On croyait qu'on n'en était plus là, qu'il était admis qu'une femme n'était pas qu'un ventre, que le MLF et mai 1968 avaient fait passer au moins ce message. Quelle naïveté !...

La grossesse rend la femme heureuse, c'est gravé dans le marbre de l'inconscient collectif.

Maternité - William-Adolphe Bouguereau

Pourtant, même quand l'enfant est désiré et attendu avec joie, durant la grossesse, la femme passe par des moments de doute et d'angoisse épouvantables. "Ce sont les hormones". Ben oui. Sinon, ça voudrait dire que la femme ne serait pas qu'un ventre. Qu'elle pourrait penser par elle-même. Être bouleversée par son changement de statut, sa crainte du futur, la peur de ne pas être à la hauteur ou toute autre chose.

La grossesse rend la femme heureuse, combien de fois faudra-t-il vous le dire ?!

Si elle dissimule sa grossesse ou qu'elle tue son ou ses bébés à la naissance, ce n'est pas le signe d'une psychose profonde, c'est juste que c'est une salope, qu'on la pende !

C'est comme le baby-blues, c'est juste un peu de fatigue. Ah la la, ces bonnes femmes, faut toujours qu'elles en fassent des tonnes !

La grossesse rend la femme heureuse. C'est indiscutable.

Véronique Courjault et Valérie Serres ont la chance inouïe de vivre en France. La justice et la police les protègent d'un lynchage populaire. Lisez les commentaires de tous ces bons pères de famille. Lisez les avis de toutes ces mères qui "n'ont pas toujours eu la vie facile, hein, et ben pourtant, elles les ont pas tués, leurs gosses, et pourtant, hein...".

Peu importe que personne n'ait vu les grossesses de Valérie et de Véronique. D'ailleurs, personne ne peut croire qu'une grossesse puisse être invisible. Même par un mari à peu près présent et par une amie qui fréquente le même vestiaire chaque semaine. Même lorsque vous accouchez en prison à la surprise générale. Une grossesse est visible et rend la femme heureuse, ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs laxistes.

Peu importe ce que viennent dire les experts, demain, d'autres experts viendront dire le contraire. Peu importe que tous les services de maternité connaissent des cas d'accouchement surprise. Peu importe tous les témoignages des femmes victimes d'un déni de grossesse. Le déni de grossesse n'existe pas, toutes des salopes ! Sauf Maman. Et encore...

  • Déni de grossesse, l'incontournable Wikipédia ;
  • Association Française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse


Tableau : Amour maternel - William-Adolphe Bouguereau

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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19 commentaires pour “Le déni du déni de grossesse”

  1. -|- Julien Appert dit :

    Visiblement, Véronique Courjault ne se considérait pas comme un ventre, mais comme un congélo.
    (Bon ok, celle là, elle était nulle)

    Malheureusement, l'ignorance est encore loin d'être vaincue, en France comme ailleurs.



  2. -|- Jérémy dit :

    Je pense qu'entre "ne pas inonder de bonheur" et "foutre un nourrisson dans un congelo", il y a un juste milieu qui s'appel l'humanité.



  3. -|- Delphine Dumont dit :

    Julien : Oui, elle est nulle (mais bonne)(mais nulle, quand même). ;)

    Jérémy : Véronique Courjault et Valérie Serres seraient inhumaines ? Parce que, si je te suis bien, si elles étaient humaines, elles n'auraient jamais fait ça. Donc, elles sont inhumaines. Des chiennes, peut-être ?



  4. -|- Julien Appert dit :

    Ah, c'est une piste. Véronique, une ours polaire ?

    Il semble que le déni de grossesse soit un problème psychopathologique. La maladie mentale, c'est humain, et ça se soigne.



  5. -|- Julien Appert dit :

    Quant au déni de déni de grossesse, c'est également humain, et ça se soigne beaucoup plus facilement, par l'information.



  6. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Je propose quand dans un élan (naaaaaaaaaaaan !!! pas un caribou !!!) de patriotisme paritaire que nous nous penchions aussi sur le déni de grossesse pour les hommes...

    Et Julien, je te rapelle que les ourses polaires quoi qu'immaculées sont heureuses dans leur grossesse par défaut !!! Elles restent mères en mer même gelées !



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    Sérieusement, ça existe le déni de grossesse chez les hommes ?



  8. -|- couliine dit :

    delphine: je pense que oui puisque certains mesieurs s'en vont en apprenant la grossesse de leur compagne
    seulement le sujet est la plus que tabou...la société a une telle image de la grossesse et de la maternité celle ci devant être le bonheur supreme pour la femme...l'homme ne doit surtout pas etre rabaissé à de tels sentments;)



  9. -|- Delphine Dumont dit :

    Couliine : S'ils s'en vont, c'est qu'ils ont reconnu la réalité de la grossesse, ils refusent d'assumer, c'est différent (et pas forcément très glorieux). Mais je parle d'un cas où un homme aurait refusé d'admettre la réalité de la grossesse de sa compagne. Théoriquement, ça me parait possible, mais concrètement, je n'en ai jamais entendu parler. Ce qui ne veut rien dire puisque je n'avais jamais entendu parler de déni de grossesse avant la découverte des bébés Courjault. Je savais qu'il y avait des femmes qui découvraient leur grossesse au moment de leur accouchement, mais j'ignorais tout de l'absence de signes de grossesse (ventre plat, règles toujours présentes, bébé qu'on ne sent pas, etc.). Oui, chaque jour me rend plus consciente de mon ignorance... :)



  10. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    QUESTION :

    Le déni de grossesse masculin : Mythe ou réalité !

    Posons la question au Professeur Amédée Têtdampoule, éminent spécialiste du Portnawak Research Center.

    "Bonjour Professeur

    le professeur : - Bonjour

    Le journaliste : - Alors professeur, on s'interroge sur la réalité du déni de grossesse masculin, et tout d'abord, est ce que cela existe ?

    le professeur : -Et bien étant donné que moi même je n'ai jamais été enceint, je ne peux en aucun cas vous parler d'une expérience empirique et personnelle...

    Le journaliste : - Ha ben ouais forcément !

    le professeur : - Ben ouais !

    Le journaliste : - Donc pas !

    Le professeur : - C'est ça, donc pas...

    Le journaliste : - C'est logique !

    Le professeur : - Ouais mais c'est normal que ce soit logique... C'est moi !

    Le journaliste : - Ha ben ouais ! Merci professeur

    Le professeur : - De rien, ça fait plaisir !



  11. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci, Rikko ! S'adresser à un expert, ça change définitivement tout ! :)



  12. -|- couliine dit :

    delphine: tous les témoignage de femme que j'ai entendu sur le sujet dise qu'au fond d'elle même elles savaient qu'elles étaient enceintes...je sais la ça devient super compliqué
    lorsque qu'elles découvrent leur grossesse elles mettent en place un mécanisme de défense qui s'appelle le dénie(c'est un mécanisme de défence qu'on retrouve notamment lors d'un deuil)
    alors pourquoi ça ne serait pas possible pour un homme qui fuit?
    alors quand tu dis
    :"Je savais qu’il y avait des femmes qui découvraient leur grossesse au moment de leur accouchement, mais j’ignorais tout de l’absence de signes de grossesse (ventre plat, règles toujours présentes, bébé qu’on ne sent pas, etc.)"
    non c'est pas tout a fait comme ça que ça se passe elles ont des signes de grossesse mais elles ne les reconnaissent pas comme tel, elles leurs donnent un autre sens
    c'est la tête qui contrôle tout dans ce cas, forcement puisqu'elles ne sont pas enceintes pas de symptomes



  13. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Bon... soyons clairs...

    Parce que ma demonstration ci-avant ne l'étais peut être pô .... sûrement pô d'ailleurs.

    1/ Un homme ne pouvant être enceint (en tous cas en l'état actuel des ressources de la science), un homme ne peut se retrouver en dénie de grossesse...

    2/ Si il nie la grossesse de sa compagne, c'est soit qu'il est très con... soit qu'il pense ne pas être le père.
    Dans le premier cas... que faire... ça se soigne pô... Dans le deuxième, ce n'est pas un dénie c'est un doute... souvent associé à une promenade très longue pour aller chercher des allumettes !

    Ouala ouala !:



  14. -|- cilia dit :

    Entre ton traitement réfléchi et personnel des sujets de tes billets et les, souvent très drôles, pudeur et sage prudence de tes commentateurs, il peut être complexe d’intervenir, chère Delphine ;)
    Mais cela ne m’empêchera pas de te remercier de ce billet dont j’approuve jusqu’à la moindre virgule.

    Je me sens incapable d’avoir un avis sur les femmes en déni de grossesse (et d’ailleurs, comme toi, ce sont ces bouleversantes et sordides ‘affaires’ qui m’ont permis d’en savoir un petit peu sur le sujet), et comme toi, je suis effarée de toutes les certitudes qu’on peut lire sur la toile.
    Mais, à ce jour, j’ai comme une impression tenace que les légendes de la cigogne ou des choux et des roses sont bien plus l’expression d’une pensée adulte que d’une pirouette destinée aux enfants.
    Certes, tout le monde sait que les futurs bébés se développent dans le ventre d’une femme, mais, c’est un peu comme si c’était accessoire. Comme si, à la majorité de tous ces intervenants si définitifs dans leurs jugements, venait aisément à l’esprit que la nature a besoin de neuf mois pour faire un bébé, mais que l’idée de neuf mois naturellement nécessaires à une femme pour devenir une mère ne pouvait pas entrer en ligne de compte.



  15. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Comment ??? Les choux et les cigognes c'est pô vrai ?

    Mais alors... ça sert à quoi les cigognes ?



  16. -|- cilia dit :

    Les cigognes, ça sert à apporter les bébés aux humains qui sont tellement manches, que sans l’aide du surnaturel, ils ne sauraient pas se reproduire.

    Seulement, c’est fatigant. Alors, les messieurs cigognes (parce que ce sont eux qui s’en occupent ; les livraisons, c’est assez viril comme job) ont besoin d’aliments bien nourrissants pour ne pas tomber en hypoglycémie. Donc, ils mangent des feuilles de choux pour se requinquer. Puis, pour atténuer l’odeur, ils picorent quelques pétales de roses et peuvent alors, chacun, retourner vers leur famille, femelle et petits.
    Puis, ils leur racontent des histoires d’hommes, et tout le monde rigole…



  17. -|- couliine dit :

    excellent je la connaissais pas celle la!



  18. -|- Delphine Dumont dit :

    Couliine : Sur l'absence de signes, j'ai entendu un gynécologue témoigner du cas de l'une de ses patientes qui avait des règles très irrégulières. En l'examinant, il s'aperçoit qu'elle est enceinte et bien enceinte (plusieurs mois). Il est très étonné car elle a le ventre très plat et son jean taille 38 ne la serre pas. Il l'informe de son état, discute un peu avec elle et va chercher l'appareil d'échographie mobile dans une autre pièce du cabinet. Il indique au passage à sa secrétaire qu'il en aura probablement pour un peu plus longtemps que prévu et revient vers sa patiente. Le tout lui a pris royalement 3 à 4 minutes. Ce temps a suffi pour que la silhouette de sa patiente se transforme et que la grossesse soit clairement visible ! L'échographie révèlera que la jeune femme est enceinte de six mois. Le gynéco dit que s'il ne l'avait pas vu lui-même, il aurait refusé de le croire.

    Celà pour dire que si la tête "interdit" la grossesse et que les femmes ne prennent pas de ventre ou/et continuent à avoir leurs règles, il doit être encore plus facile pour elles, lorsqu'elles y réfléchissent consciemment, de ne pas y croire.

    Pour les mouvements du bébé, la fatigue ou d'autres symptomes, elles disent, c'est vrai, qu'elles perçoivent ces signes mais les attribuent à d'autres causes. Bref, le corps et le cerveau humains n'ont pas fini de m'étonner. :)

    Enfin, pour le déni au masculin, j'ai entendu parler plusieurs fois d'hommes qui niaient la maladie d'un proche (épouse, parent, enfant,...) et qui continuaient à traiter ces personnes comme si elles étaient en pleine forme. Je me demandais s'il existait des hommes qui en font autant avec une grossesse. Je suppose que c'est possible et que certains cas ont dû être attribués à de l'égoïsme. Pour moi, la fuite est plutôt une réaction de panique donc consécutive à la prise de conscience de la réalité de quelque chose. Mais je peux me tromper. =)

    Cilia : Tout d'abord, merci ! :)
    Le point commun que j'ai retrouvé dans toutes les histoires de déni de grossesse dont j'ai entendu parler, c'est un sentiment d'infinie solitude. Ainsi, Véronique Courjault avait beau avoir un mari aimant, des enfants adorables, une belle-famille charmante et une vraie vie sociale, elle n'avait personne à qui se confier. Elle n'avait d'ailleurs apparemment jamais appris à se confier. Ces histoires sont affreusement tristes et la vindicte populaire n'en est que plus déplacée et le mythe de la mère forcément heureuse, encore plus destructeur.

    Merci aussi pour tes infos sur les cigognes, c'est excellent ! :D



  19. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Bravo CILIA, comme ça c'est plus clair !



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