Sarkozy veut interdire les supermarchés !

Par Delphine Dumont, le 7 juillet 2009 | Industrie, Internet

Un rapport publié en 2008 pointe les lourds dégâts directs et indirects des supermarchés. Ils entraînent la fermeture du petit commerce, ils poussent à la sur-consommation, ils polluent, etc. La liste de leurs méfaits est longue et impitoyable.

Le gouvernement se devait de réagir, Nicolas Sarkozy a donc demandé la création d'une commission d'enquête fin décembre. Celle-ci vient de rendre ses conclusions et ses propositions. Parmi ces dernières, le Président a retenu l'obligation de faire ses courses chaque jour au marché ou dans les petits commerces. Grogne, on s'en doute, du côté des supermarchés...

Les supermarchés, une source de nuisances lourdes

En allant faire vos courses dans un supermarché, vous n'imaginez pas l'incidence de votre acte sur l'économie et l'environnement français. Vous cédez aux sirènes du marketing, vous achetez suivant les promotions sans vous soucier de la provenance des produits, de la balance commerciale de la France ou des conditions de fabrication des produits.

Sincèrement, combien de temps consacrez-vous à réfléchir à la juste rémunération des agriculteurs quand vous achetez du lait, des fruits ou des légumes ? Personnellement, je dois bien reconnaître que je ne regarde même pas toujours la provenance des légumes !

Pour lutter contre le vol, les supermarchés proposent des produits suremballés. Si on changeait nos habitudes de consommation, par exemple, en achetant les cosmétiques uniquement par correspondance, cela permettrait d'économiser 45 à 65% de plastique et environ 30 à 45% de carton1.

La mort des petits commerces et des centres-villes

Les supermarchés sont implantés en banlieue et s'entourent de boutiques, principalement de vêtements. Les librairies survivent difficilement dans cet environnement. On vient dépenser, pas se cultiver, soyons clairs.

Les petits commerçants des centres-villes ferment peu à peu et ces espaces sont transformés en bureaux. Après 17 ou 18h, le cœur de la ville cesse de battre. Chacun se presse de rentrer chez soi, quel intérêt de rester dans la rue ?, il n'y aucune vitrine à regarder ! et les rues sont désertes...

Socialement et économiquement, les supermarchés sont néfastes pour les villes. On sait combien un centre-ville désert peut finir par coûter très cher au contribuable en vandalisme, délinquance, etc.

Marché de Paris - Wikicommons

La solution de Sarkozy pour les centres-villes et les petits commerces

Un projet de loi devrait être déposé fin juillet qui imposerait à chacun de ne pas aller plus d'une fois par mois dans un supermarché et de faire ses courses tous les jours au marché ou/et dans les petits commerces de proximité. Pour vérifier que vous n'abusez pas, une carte serait délivrée à chaque foyer. Vous la présenterez à chaque passage au commerçant. Il vous sera attribué également un numéro de consommateur qui vous sera demandé dans chaque supermarché même si vous faites vos courses en ligne.

Pour les familles très nombreuses, une dérogation pourra être délivrée qui permettra deux visites au supermarché par mois. Les enseignes de grande distribution qui ne pourront pas justifier des numéros de leurs clients ou qui ne refuseraient pas un client ayant dépassé son quota, se verraient punies d'une très lourde peine, allant d'une amende à la fermeture du magasin.

Des mesures incitatives aideront les consommateurs à changer leurs habitudes de consommation. Citons parmi celles-ci, la taxation des gros réfrigérateurs, la surtaxation de tous les congélateurs et la réduction d'impôts pour l'achat d'une poussette de marché.

Enfin, les femmes seront également incitées à prendre un emploi à mi-temps afin de se dégager le temps nécessaire à la tâche quotidienne des courses de proximité. Les entreprises recevront des subventions pour aménager des zônes réfrigérées où leurs employés pourront stocker, dans de bonnes conditions, les achats effectués pendant leur pause déjeuner.

Grogne des supermarchés

On s'en doute, les groupes de la grande distribution ont peu apprécié ce projet de loi et ont déjà commandé plusieurs études sur l'inanité du projet et son inconstitutionnalité. Ils ont bon espoir de voir Nicolas Sarkozy comprendre qu'il fait fausse route et accepter de dialoguer avec eux pour trouver une solution plus positive.

Si ce projet de loi était voté, nul doute qu'il porterait un coup sévère à la grande distribution et pourrait même signifier la fin de ce mode de distribution en France. Les pertes d'emplois à la clé s'étendraient évidemment à leurs fournisseurs et à toutes les boutiques situées à proximité des supermarchés ainsi qu'à bon nombre de transporteurs.

Pourquoi un projet de loi si archaïque ?

Quand on demande à Nicolas Sarkozy, ce qui a motivé un projet de loi qui nous ramène à ce point en arrière, il répond d'un aussi laconique que lapidaire : Hadopi.

Tout est dit.

  • 1 : Données totalement inventées par moi-même et ne pouvant en aucun cas servir de référence valable (même si je pense que mon estimation ne doit pas être loin de la vérité) - remonter au texte

Photo : Wikicommons

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16 commentaires pour “Sarkozy veut interdire les supermarchés !”

  1. -|- Canardo dit :

    Drôle d'article. J'avoue que je n'ai pas très bien compris. C'est une parabole, et les supermarchés, c'est la websphère ?



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Tu vois que tu as très bien compris. ;)



  3. -|- Canardo dit :

    Je n'ai pas trop envie de constituer un super marché, question de principe. On ne pourrait pas plutôt être des robins de bois ?



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Précisément non. La demande des internautes est que leur acquisition de musique soit honnête dans son intégralité. La plupart des téléchargeurs que je connais refusent d'acheter des albums plutôt qu'un titre au détail, ils refusent de se voir imposer un prix pour un téléchargement équivalent à celui d'un titre gravé, ils refusent de se voir imposer des contraintes de type DRM et ils demandent un accès aussi large que possible à la culture.

    L'acquisition et l'écoute de la musique ont radicalement changé mais on voudrait que les consommateurs n'achètent que des albums “à l'ancienne”, à prix fort et avec un choix forcément très limité. Pourquoi s'embêter à rechercher l'album qui contient le titre qu'on recherche, payer pour 10 autres titres qu'on ne veut pas, attendre 24 à 72h la livraison de son CD et se promener avec un objet aussi fragile qu'un CD, alors qu'en quelques clics et quelques minutes, on peut avoir le titre gratuitement (mais illégalement, certes) chez soi ?

    Les vendeurs de musique ne s'opposent pas à une bande de malfaiteurs mais à des consommateurs frustrés.



  5. -|- Julien Appert dit :

    Euuuuuh, j'avoue ne pas avoir saisi la parabole. Quel est le rapport avec Hadopi ?



  6. -|- Julien Appert dit :

    Aaaaah, ok, le rapport est dans l'obligation de revenir à un système éculé.



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    La différence majeure est que le lobby des pros du net n'a pas le millième du poids du lobby de la grande distribution.



  8. -|- effigy dit :

    bien bien bien, voyons voir : pour ma part je n'achète jamais de navets, quant à la soupe je préfère celle que je fais avec ma guitare . donc la question demeure que vais-je bien pouvoir trouver à bon prix pour assouvir ma soif de culture ? Oui c'est vrai : la mediathèque !!!
    mais même dans une ville aussi bien achalandée que montpellier, le choix reste désespérément pauvre.
    ils semble que la remise en question des modes de diffusion et donc de remunération des oeuvres est aussi difficile que la mise au point d'un programme au parti socialiste.



  9. -|- effigy dit :

    ceci dit tu devrais persévèrer dans la science-fiction, ce n'est pas aussi percutant qu'Orwell, mais ça fait presque peur !



  10. -|- Delphine Dumont dit :

    Comme toi, j'ai du mal à trouver une offre légale pour la musique que j'aime. Une médiathèque à Trouperduland... c'est pas gagné ! =/

    J'ai vraiment du mal à comprendre pourquoi il faudrait consacrer une telle énergie contre des amateurs de culture et pour des parasites. Je ne revendique pas la gratuité, mais l'équité.

    Merci pour le compliment aussi ! ;)



  11. -|- van der Waals dit :

    Il y a quand même une erreur dans cette analogie (j'ai d'ailleurs du la relire 2 fois pour être sur de bien comprendre le propos) : dans votre exemple, l'interdiction des supermarché vise à mieux protéger le consommateur ("Vous cédez aux sirènes du marketing"), alors que dans l'hadopi on ne fait nulle mention du consommateur...



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    L'analogie ne peut pas être parfaite pour de nombreuses raisons (matérialité/immatérialité, par exemple). J'ai préféré m'attacher à démontrer l'anachronisme de la base du projet de loi. :)



  13. -|- Antoine dit :

    Ce qui me fâche encore plus dans la H2 est que l'on va mobiliser la justice ! Or nous avons des prisons indignes, un suivi de leurs locataires innommable.
    Alors mobiliser des troupes en guenilles...
    On ne peut pas inventer un autre modèle pour rémunérer justement les auteurs plutôt que de se se cramponner sur la répression ?



  14. -|- le bateleur dit :

    Le téléchargement dit illégal qui fait connaître et diffuse les oeuvres
    est un service gratuit fournit par celui qui télécharge au diffuseur de musique.

    Un certains nombres de cas dans l'actualité proche le prouvent
    notamment celui tout récent d'un groupe qui a multiplié par 10 ses ventes de CD après qu'un internaute ait utilisé une de ses musiques pour sonoriser une vidéo postée sur Youtube



  15. -|- Delphine Dumont dit :

    Antoine : Effectivement. S'il y a un surplus de budget (ce dont je doute), il y a indéniablement des urgences qui priment et qui devraient inciter à l'économie surtout sur un sujet aussi secondaire.

    Le bateleur : Il a été prouvé à plusieurs reprises que le téléchargement illégal a un effet positif sur la vente d'albums ou titres, il n'y a plus que le lobby du disque et le gouvernement pour le nier. Cependant, on ne peut pas promouvoir la gratuité. Créer un titre a un coût, on l'a surpayé pendant des dizaines d'années, ne tombons pas dans l'excès inverse.



  16. -|- le bateleur dit :

    Bien sur (Antoine), la question est de savoir où est le produit.
    Il me semble qu'il a trop perdu de chair ces temps-ci ce qui fait que l'acheteur n'a plus de contrepartie matérielle à son achat.

    Je pense que la musique "Dead" (par opposition à la musique "Live") n'est pas le produit, ou peu
    la musique est ce qui se produit
    la trace doit se vendre avec autrechose qui la met en valeur.

    Le vinyl proposait quelque chose que le CD a voulu économiser (la pochette et le reste)

    Il reste à recharger le produit.

    Donc pas d'excès inverse, il s'agit bien sur pour nous de rémunérer en premier lieu celui qui est "l'actif" principal
    et non pas ce que dans les entreprises on recouvre de ce terme et qui désigne précisément des trucs qui ne bougent pas (l'actif de l'entreprise ... son stock, ses machines etc... ?)



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