Le terrible exode des ouvriers d’Amora

Par Delphine Dumont, le 2 septembre 2009 | En bref

Au journal de France3 Bourgogne, ce soir, je viens d'entendre un reportage sur le terrible exode vécu par les salariés d'Amora qui quittent l'usine de Dijon pour celle de Chevigny-saint-Sauveur « à quinze kilomètres ». Concert de larmoiements et d'apitoiement.

Ce discours de victimisation m'énerve à un point indicible !

Je suis énervée parce que, si je compatis sincèrement avec les gens qui ont perdu leur emploi, pour les autres, il ne faut pas exagérer. En plus d'un discours larmoyant, on a eu droit aux inévitables témoignages de collègues.

  • « Quand on a travaillé dix ans ou quinze ans au même endroit, c'est dur... »

Ah oui, putain, c'est vraiment dur ! Au lieu de prendre un bus vers Dijon-ouest, faudra prendre un bus vers Dijon-est. L'horreur absolue. Je veux bien comprendre que ça va sûrement poser des problèmes d'organisation, surtout aux parents isolés, mais, bordel de merde, c'est ça, la vie ! Rien n'est jamais acquis !

Il y a de merveilleuses surprises dans la vie, des rencontres, des opportunités, des cadeaux inattendus... Et puis, il y a le pendant sombre, les morts subites, les agressions brutales, les pertes d'emploi, la misère...

Je suis aussi sincèrement heureuse pour les gens qui vivent un grand bonheur que profondément malheureuse pour ceux qui vivent un drame. Mais voir son emploi délocalisé à 15 km, ce n'est pas un drame, sauf peut-être dans un ou deux cas exceptionnels.

Ce n'est pas à ces salariés déplacés que j'en ai, oh que non !, c'est à ces journalistes qui tiennent ces discours stupides et victimisants. Avec leur démagogie immonde, ils laissent croire que ces gens vivent un drame et ça finit par en devenir un. Demandez à n'importe quel psy à quel point on peut démolir quelqu'un en lui répétant qu'il est une victime.

Ce qui me met en colère, ce n'est pas tant cette incompétence bobotisée, c'est l'inconscience totale avec laquelle ils sapent le moral de gens qui n'avaient pas besoin de ça.

Amora sauve des emplois en les regroupant sur Chevigny Saint Sauveur, elle en rapatrie même certains qui étaient en Europe de l'Est. Sans lui servir la soupe, il me semble qu'il est possible de faire un reportage neutre. Mais, à entendre certains journalistes, on a l'impression qu'ils s'abaisseraient à ne pas pleurnicher sur le sort des travailleurs. C'est l'Internationale de la connerie journalistique.

Ça m'énerve d'autant plus que je connais beaucoup de journalistes qui galèrent pour trouver un emploi et qui sont bien plus compétents que ces gâche-bobines.

Mais aussi...

Je suis aussi énervée car je suis encore sous le choc du reportage d'hier diffusé également sur France3, reportage qui avait pour thème la déportation des Juifs étrangers par la France. Beaucoup de Juifs venus chercher un refuge en zône libre française ont été déportés grâce à la servilité du gouvernement de Vichy.

Je ne vis pas dans la repentance, mais je n'oublie pas la Shoah (comment l'oublier ?). Alors, quand, sur la même chaîne, on essaye de me faire prendre pour un drame ce qui n'est qu'un désagrément, ça m'énerve.

À tous les salariés d'Amora recasés à Chevigny : j'espère que le charme de cette petite ville vous aidera à surmonter les inconvénients de cette ré-organisation, vous n'êtes pas des victimes, n'écoutez pas ces conneries, vous êtes forts.

À tous ceux qui ont perdu leur emploi (que ce soit à Amora ou ailleurs) : je vous souhaite de trouver très vite un travail, ayez confiance en vous, vous aussi, vous êtes plus forts que vous ne croyez.

À tous les journalistes socialo-bobos : arrêtez vos conneries ou changez de métier, vous n'êtes pas là pour réparer les pots cassés. Et achetez-vous une conscience, tant que vous y êtes.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Tweet

À lire aussi sur ce blog :

22 commentaires pour “Le terrible exode des ouvriers d’Amora”

  1. -|- [Enikao] dit :

    Alors quoi, la moutarde t'est montée au nez ?



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est le risque quand on habite près de Dijon. On s'imagine pas comme on vit dangereusement, hein ? ;)



  3. -|- Jérôme dit :

    Une Bourguignonne m'a dit qu'il n'y a jamais eu de graines de moutarde à Dijon, donc que la moutarde soit faite à Dijon ou à Chevigny Saint Sauveur, c'est kifkif bourricot

    On nous cache tout,on nous dis rien...



  4. -|- Canardo dit :

    J'ai du mal à croire que les larmoiement soient dédiés a ceux qui ont le même poste à côté. Tu oublies quand même de dire que plus de la moitié des employés de dijon sont licenciés au passage. Donc pour les larmoiement, je conçois en effet que ça puisse être un peu triste, que plus de la moitié de ses collègues depuis plus de 10 ans soient virés.
    Quant a ton allusion au documentaire sur la déportation de juifs, je ne vois vraiment pas ce qu'elle a a voir avec la choucroute. Ce n'est pas parce qu'il y a eu des choses horribles dans l'histoire que tout ce qui est moins grave perd de l'importance.



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Jérôme : Si, si, il y en a eu pendant très longtemps ! Il existe d'ailleurs encore beaucoup de petits champs qui fournissent les petits artisans. Pour Amora, pendant très longtemps, les graines venaient de Roumanie. Je ne sais pas ce qu'il en est actuellement.



  6. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Donc, on déporte les juifs en bourgogne pour faire de la moutarde roumaine avec des pastilles Vichy ???

    Holala ! Mais tu tiens un scoop !



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    Canardo : Non, non, le reportage portait bien sur les gens qui allaient travailler ailleurs ! Quand il y a eu les licenciements, le ton n'était pas plus dramatique.
    Tu crois que je m'énerve par hasard, peut-être ? ;)

    Je suis persuadée que si on n'apprend pas aux gens à surmonter les petits coups durs, ils sont totalement désarmés face aux gros coups durs. La victimisation systématique des employés est un classique de France3, c'est particulièrement indécent quand la même chaîne vient de diffuser un reportage sur une vraie tragédie.

    La Shoah et la délocalisation d'Amora n'ont certes rien à voir, mais il m'est impossible de ne pas bondir quand après avoir entendu « J'avais cinq ans, on est montés dans des camions, puis dans un wagon. Au camp, j'ai été séparé de mes parents et de mon frère et je ne les ai jamais revus. », j'entends pleurnicher sur des gens qui vont devoir changer de bus. Je connais très bien Chevigny pour y avoir habité dix ans, c'est une ville très agréable où j'aimerais d'ailleurs beaucoup retourner vivre. A moins d'un kilomètre de l'usine, il y a un immense parc aménagé où on peut faire du jogging, du vélo ou juste prendre l'air entre midi et deux. Alors, merde ! Une fois pour toutes, le sort de ces gens n'est peut-être pas agréable, mais il n'est pas dramatique !

    Et note bien que c'était bien le journaliste qui en faisait des caisses et certainement pas les employés qui, au contraire, étaient bien dans la retenue.



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko, t'es con, mais je t'aime.



  9. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Pareil !

    J'entends par là que je suis con mais que je m'aime !



  10. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Pour être complet... Comme le pain que je mérite d'aller chercher (j'en conviens!)

    Je t'aime aussi ma Delphes



  11. -|- Macsym dit :

    Point Godwin !



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    Ah tiens, un n00b. Pour ton info, il ne suffit pas de mentionner la déportation, Hitler ou les nazis pour que le point de Godwin soit atteint.

    Je m'étonnais aussi que personne n'ait encore dit une connerie, comme ça, c'est fait.



  13. -|- Bob dit :

    Vous ne vous rendez pas compte du drame humain que cette délocalisation représente ?! Tous ces rythmes brisées, ces pauvres travailleur-e-s, obligé-e-s de se lever plus tôt, de dépenser encore plus en essence, de laisser leurs enfants se débrouiller, seuls, le matin, et seuls, le soir, quand leurs parents, ces ouvrier-e-s impuissants face cette machine, subissent encore l'oppression patronale et ses horaires inhumains.
    Sans compter ceux et celles, qui, pour se rapprocher de leur travail, ont pris un emprunt pour financer leur maigre maison. Cette ignoble délocalisation va conduire à des drames familiaux, à des déchirements entres conjoint-e-s, à des enfants qui verront de moins en moins leurs parents!

    Tout ça pour quoi ? pour que les patrons s'en foutent encore plus plein les fouilles, pour réduire "les coûts de productions" comme ils le prétendent! Alors qu'ils ont encore fait des bénéfices records! Mais la vie de famille et le bien-être des travailleur-e-s, elle, elle peut toujours attendre. Déjà qu'on est payé une misère, on doit aussi se soumettre au caprice du patronat!

    Et vous êtes complice, Delphine, en soutenant ce patronat honteux et immoral, vous participez à la destruction de ces familles!



  14. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est un gag ? :)



  15. -|- Bob dit :

    Merde, il faut que j'améliore encore un peu mon style ;)



  16. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Pas besoin de le dire... Godwin est notre aimable porte parole !



  17. -|- Delphine Dumont dit :

    Bob : Il y a un risque de plagiat avec le reportage de France3, faudrait comparer les textes, mais ce n'est vraiment pas loin. Bien joué ! ;D

    Rikko : Goodwingle est notre ami, d'ailleurs. :)



  18. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Ha j'oubliais, on a oublié de donner ses pillules à BOB, il risque de dire n'importe quoi aujourd'hui !



  19. -|- Jérôme dit :

    Merci pour l'explication, Delphine :) Toujours est il que la moutarde de Dijon n'est pas une A.O.C et du coup elle peut être produite n'importe où. ;)



  20. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    Alors que la moutarde de Meaux ?



  21. -|- Jérôme dit :

    Effectivement, la moutarde de Meaux peut-être produite n'importe où pas par n'importe qui: il faut que ce soit une personne malade qui la produise. Enfin, elle reste une moutarde de mots...



  22. -|- Rikko (wot else ?) dit :

    A moi moutarde deux mots !



Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog
copyright © 2006-2011 Redacbox