Hadopi : pourquoi ils ont tout faux

Par Delphine Dumont, le 16 janvier 2010 | Industrie, Internet, Politique-tac

L'HADOPI, ce n'est pas une loi, ce n'est pas une institution, ce n'est pas un concept, ce n'est qu'une erreur de bout en bout. L'idée de départ était fausse, les concepteurs et les producteurs étaient incompétents, ce qui devait arriver est arrivé : une succession d'erreurs, de boulettes et de rejets.

Culture ? Avec un C comme dans commerce ?

La première et principale erreur, c'est d'avoir cru ou voulu faire croire qu'il était question de culture. La bonne blague, tout ceci n'a rien à voir avec la culture, ce n'est rien d'autre que la défense d'intérêts privés ! Les intérêts des vilains producteurs et artistes richissimes, c'est l'image qu'on en a.

Ce n'est qu'une image. Derrière chaque titre dans le commerce, il y a un artiste, un auteur, un compositeur et un producteur, c'est entendu. Il y a aussi les obscurs, les sans-grades : tous les ouvriers du son et les musiciens qui accompagnent l'artiste principal. Eux restent dans l'ombre et ne gagnent pas des millions. Ils travaillent dur, même s'ils accompagnent les tournées, ils ne toucheront qu'une misère de la vente des places. Il faut payer pour la musique, ne serait-ce que pour ces obscurs.

Traquer les voleurs ? Voleurs de quoi ?

Pour nous faire pleurer, l'industrie de la musique emploie des termes extrêmes pour désigner les internautes qui s'échangent des titres de musique via, par exemple, le P2P. Ces « pirates » qui « assassinent » les artistes, il faut les pendre haut et court ! Ou, au moins, leur fermer leur accès Internet !

Quel crime ont-ils donc commis pour être ainsi coupés du monde ? Ont-ils vraiment tué ? Non, bien sûr ! Ils avaient juste soif de musique. Mince ! C'est ignoble !

Récapitulons : nous avions d'un côté, des outils qui permettaient de dématérialiser et transmettre rapidement n'importe quel titre de musique ou presque, ainsi que des amateurs de musique, assoiffés de découvertes et de l'autre... rien !

Le peer-to-peer grand public va fêter ses dix ans et il n'y a toujours qu'une seule plate-forme de vente de musique en ligne : iTunes. Ses prix sont largement excessifs et, en cas de problème sur le support, il faut racheter tout ce qu'on a déjà acheté. Depuis des années, l'industrie musicale ignore superbement ses clients et refuse obstinément de leur donner accès à leurs catalogues numérisés.

Les internautes ont pris les choses en main : ils ont numérisé et mis à disposition eux-mêmes ces catalogues. Et maintenant, l'industrie du disque vient demander leurs têtes ?! Rien n'a été volé puisque rien n'était proposé !

Si les maisons de production n'ont rien touché sur ces échanges, c'est leur faute et uniquement leur faute. Si elles avaient mis en place des plates-formes attractives, le téléchargement illégal n'aurait jamais connu cet essor. Elles ont préféré dormir sur leurs acquis et maintenant, elles viennent pleurer misère auprès du gouvernement ?

C'est un accord commercial qu'il faut !

Si la naissance de l'Hadopi est aussi catastrophique, c'est qu'il ne s'agit à aucun moment de culture mais de commerce. C'est le Ministère du Commerce qui aurait dû intervenir. Il aurait vite compris qu'il ne sert à rien de faire porter tous les efforts sur la répression, qu'il faut créer au plus vite une offre légale attractive. En échange de catalogues numérisés soigneusement et proposés à des tarifs corrects, un grand nombre de « pirates » abandonneraient rapidement le P2P pour la légalité.

J'insiste sur le prix car, actuellement, un album téléchargé revient presque aussi cher qu'un album acheté dans le commerce alors qu'il n'y a aucun support matériel, ni de pochette, ni rien. Les coûts de production et de distribution sont minimes, comparés aux supports matériels, rien ne justifie les tarifs pratiqués actuellement.

Tôt ou tard, les associations de consommateur, voire Bruxelles, se saisiront de ce dossier et sanctionneront ces prix scandaleux. En attendant, si rien d'autre n'est proposé, les échanges continueront, ils seront seulement mieux cachés. Ce que les amateurs de musique créeront pour continuer à consommer à leur soif, d'autres l'utiliseront à des fins moins innocentes : pédopornographes, terroristes, mafieux, etc.

Oui ! Ce sont précisément ceux dont le gouvernement prétend nous protéger avec sa propre loi. Tant qu'à déconner, autant y aller à fond, non ?

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9 commentaires pour “Hadopi : pourquoi ils ont tout faux”

  1. -|- Balise dit :

    Ya aussi Amazon MP3 et 7digital, comme plateformes de vente de musique en ligne. En catalogues MP3 sans DRM s'il vous plaît. Je consomme pas mal chez le deuxième (Amazon MP3 est pas dispo en Suisse, scrogneugneu).

    La vidéo, par contre, c'est clairement un autre problème.

    Et la gestion des droits internationaux fait partie de mes râlantes favorites (ça et l'absence de sous-titre VO sur les DVD).



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Oui, tu as raison, il y a quelques autres plates-formes mais entre les DRM, la pauvreté relative des catalogues et les frontières commerciales, elles n'atteignent pas le niveau d'iTunes. Le P2P ne connait ni les frontières, ni les DRM. Meilleur service, prix plus bas*, catalogues entiers, bonus rares, le téléchargement illégal ne connait aucun concurrent qui le menace. Idem en ce qui concerne les films et les séries, tant qu'il n'y a pas d'offre, les internautes continuent à se débrouiller tous seuls.

    * : plus bas que gratuit, ça va être dur, certes.



  3. -|- Chocaccro dit :

    Je suis d'accord avec toi sauf sur un point. En effet, je ne suis pas certaine que le Ministère du Commerce aurait fait mieux... désillusionnée ? oui !



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    En tous cas, ils ne pouvaient pas faire pire. ;D
    Au moins, ça annonçait la couleur et on partait sur des bases saines.



  5. -|- wklinger dit :

    Merci Delphine pour cette synthèse: elle résume également assez bien ce que je pense et n'ai jamais pris le temps d'écrire (faute de tribune, également).

    Il y a deux choses qui me contrarient dans le dossier Hadopi:
    1. Le gaspillage: gaspillage d'énergie (combien de jours de débats parlementaires, de commissions,...) et gaspillage d'argent (communication, outils, bureaux HADOPI...). Autant de ressources qui auraient pu servir tant de causes, à commencer par la Culture.

    2. Les effets réels de cette loi, qui vient compléter admirablement la LCEN, DAVDSI, etc. pour au final, restreindre les libertés individuelle et promouvoir le crime organisé en servant aux plus nombreux sur un plateau d'argent les moyens d'échapper à la surveillance.

    Promouvoir les réseaux pédophiles, le crime organisé aux frais des contribuables, bilan bien paradoxal pour cette loi Hadopi!



  6. -|- Jacques Bodin-Hullin dit :

    En ce qui concerne les outils pour écouter de la musique, on retrouve Deezer qui permet d'avoir une grosse bibliothèque, et sans pub si on paie. Ça n'est certes pas comparable au P2P mais ça offre déjà quelque chose de plus honnête à nos artistes. On retrouve également Spotify, qui à présent, permet d'avoir la musique hors ligne sur son ordinateur, téléphone (iPhone, Android).

    En ce qui concerne l'idée d'HADOPI, qui est de stopper ce téléchargement illégal en fait, elle n'est pas si mal. Le gros problème c'est sa mise en place, et les idées techniques et légales pour arriver à une entente entre tout ce beau monde, les producteurs, les artistes et les amoureux de la musique.



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    wklinger : Oui, tout à fait d'accord. Il y a eu un gaspillage énorme et scandaleux de ressources humaines et financières pour une loi qui est inapplicable et même nuisible.

    Jacques Bodin-Hullin : L'écoute en ligne, comme son nom l'indique, ne permet pas d'emporter sa musique. J'aime pouvoir commencer à écouter un album sur mon PC et pouvoir continuer quand je vais me balader. J'aime pouvoir me faire une playlist spéciale pour prendre la route. Entre les auto-radios à port USB et les lecteurs MP3 minuscules, la musique est véritablement nomade. Le streaming ne répond pas à cette habitude déjà ancrée dans la plupart des pays occidentaux. L'offre Spotify est bien trop faible pour fournir une alternative sérieuse (pour l'instant ?).

    Oui, il faut apporter une réponse au téléchargement illégal mais la forme choisie est absurde (inefficace, coûteuse, hasardeuse, etc.). Quand il y aura une offre légale conséquente, on pourra commencer à discuter sérieusement. Pour l'instant, c'est juste une réussite d'un lobbying puissant sur un gouvernement totalement incompétent sur la question.



  8. -|- Ping dit :

    Et n'oublions pas un autre des nombreux petits soldats qui se battent avec abnégation contre le grand méchant Big brother qui nous guettent au coin du bois virtuel de la jungle de l'internet libre :D
    C'est pas là: http://www.laquadrature.net/Soutien2010

    Et bananier à tous ;)

    PS: et halte au mp3 ! L'ogg n'est pas fait pour les chiens ;p



  9. -|- Cyrille mani dit :

    Merci pour cette synthèse.



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