Le débat sur les régionales

Par Delphine Dumont, le 3 mars 2010 | Politique-tac

Lundi, j'ai commencé ma deuxième partie de soirée devant la série de TF1 "Esprits criminels". J'ai beaucoup ri puis j'ai zappé, il faut savoir consommer avec modération.

Sur la 2, le débat de Calvi était bien entamé, il réunissait Hamon, Wauquiez, Sarnez, Duflot, Buffet et Le Pen. Une brochette moins hétéroclite qu'il ne pouvait y sembler.

Débat décaféiné

Sur Twitter, Monsieur Kaplan remarque que Wauquiez est en campagne. C'est vrai mais ça l'est aussi pour tous les invités. Ça n'a rien de surprenant mais ça fait ressembler ce débat à un spectacle de fin d'année plutôt qu'à un vrai échange d'idées.

En tant que citoyenne qui subit la crise de plein fouet, j'ai d'abord été très déçue d'entendre des discours aussi semblables à ceux prononcés il y a deux ans, cinq ans, voire dix ans.

La seule différence notable que j'ai relevée est la baisse de l'anti-sarkozisme primaire qui ne semble plus faire recette. Les attaques portent maintenant contre "le gouvernement" et non plus contre le seul chef de l'État.

L'extrême-gauche (Buffet/Duflot) et l'extrême-droite (Le Pen) étaient dans leurs rôles, pourfendeurs de l'État ultra-capitaliste ou de l'UMPS, sans nouveauté, aussi originaux qu'un almanach Vermot.

Benoit Hamon m'a paru curieusement absent et éteint. J'avais même l'impression que Calvi ramait pour le faire réagir. Fatigue de fin de campagne ou démotivation devant le manque de challenge ?

Laurent Wauquiez était plus combattif même si je l'ai connu plus vaillant, lui aussi. Il s'est laissé démonter plusieurs fois par Cécile Duflot sans réagir. Cela avait l'avantage d'éviter le combat de roquets mais l'inconvénient de donner le beau rôle à Duflot et de la laisser énoncer des contre-vérités.

Les régions française - Wikicommons

Chacun pour soi et les votes pour tous

Si les indécis comptaient sur ce débat pour se faire une idée, je doute que cela ait porté ses fruits.

Personne n'a parlé ni de programme, ni de bilan. On était entre soi, on n'allait pas de fâcher en abordant des sujets désagréables. C'était vraiment une représentation bien huilée, chacun connaissant son texte sur le bout des doigts. Si, en temps ordinaire, cela aurait pu m'amuser, lundi, cela m'a vite agacée et même inquiétée.

Cette absence de passion et d'ambition témoignait probablement du manque d'intérêt général pour les enjeux, mais elle trahissait aussi, à mon sens, une certaine impuissance. Impuissance à trouver les bonnes réponses aux divers problèmes rencontrés, impuissance à construire des structures efficaces, impuissance à travailler seuls1, on n'a que l'embarras du choix.

L'opposition avait une idée bien précise de ce qu'elle ferait si « elle revenait aux affaires ». Ça me donnait envie de leur rappeler qu'elle est déjà aux affaires dans une très large majorité des régions et dans les plus grandes villes de France !

Tromperie sur la marchandise

Sur la fin, Laurent Wauquiez a marqué un point en soulignant à quel point les alliances du second tour trahiraient les électeurs. Comment Buffet pouvait-elle affirmer soutenir un programme communiste alors que l'union de la gauche irait des extrêmes (NPA/PC/écologie) au centre (Modem) ?

Qu'on ne me dise pas qu'en face, c'est pareil d'ailleurs ! L'alliance Nouveau-Centre/UMP est connue dès aujourd'hui et l'extrême-droite en est exclue. Au point même que le FN pourra faire perdre la droite dans plusieurs régions.

Laurent Wauquiez a aussi rappelé que les socialistes se gardaient bien de présenter le moindre bilan. C'est un argument fort mais, comme le précédent, je doute fort qu'il soit entendu.

Ce qui m'a marquée

À part la mollesse générale du début et la somnolence de Benoit Hamon, quelques images m'ont quand même marquée. Voici mon tweet-live de l'émission :

  • « Houuu ! Le big #fail d'Hamon qui se plante sur la journée de la femme ! » #
  • « Hamon en remet une couche sur la police de proximité qui n'a jamais fonctionné que dans les chiffres du PS. » #
  • « J'avais raison, aucun de sincère, tous en campagne, pipeau et flutieau sont dans un bateau et nous coulons. » #
  • « Woaw ! Cécile Duflot est experte en médecine, en éducation, en sécurité, en sociologie et en écologie ? » #
  • « Houla ! Elle est profondément désespérée, M de Sarnez ! » #
  • « Rhou pinaise ! Wauquiez, il va démonter Calvi ! #marave » #
  • « À ma grande surprise, je suis d'accord avec MG Buffet : il faut une gauche qui change de discours. » #
  • « M. de Sarnez veut être une blonde d'Aquitaine. Drôle de vocation. » #
  • « Calvi n'arrête pas de réveiller Hamon, dur... » #
  • « Le jour où elle n'aura plus le charme de la nouveauté, C. Duflot va manger chaud. =/ » #

Toujours sur Twitter, on apprend grâce à Laurent Wauquiez2 que l'union de la gauche, c'est surtout une façade :

  • « à en croire l'échange tendu entre C. Duflot et @benoithamon avant le plateau, c'est pas gagné l'alliance au 2nd tour ds certaines régions » #

Comme on le voit, il y avait peu de fond dans tout cela. Je ferai quand même une exception pour un passage qui n'a semblé choquer personne d'autre que moi mais m'a laissée très mal à l'aise.

Quand Le Pen s'est lancé dans sa diatribe raciste habituelle, Marie-Georges Buffet est devenue hystérique et hurlait « Taisez-vous, c'est insupportable, je vous interdis, etc. ». Un peu plus tard, Cécile Duflot est revenue sur cette diatribe en reprenant les mêmes termes que son adversaire communiste.

Ces deux femmes me font froid dans le dos. Leur façon d'interdire l'expression d'idées aussi stupides que haineuses montrait bien avec quelle rapidité, une censure serait instaurée si on les laissait accéder à la tête de l'État. Ça n'avait rien d'une gauche bienveillante, mais tout du totalitarisme qui fait le bonheur des Chinois et des Cubains. Le vernis lasuré n'aura pas tenu toute la soirée.

Ce qui a permis à Le Pen de tenir un autre de ses discours habituels sur la pensée unique. Il a insisté en particulier sur le mot "dérapage" qui, selon lui, semblait indiquer qu'il y avait une ligne à suivre. Bien malgré moi, je ne peux pas lui donner tout à fait tort.

Benoit Hamon, Marielle de Sarnez et Laurent Wauquiez ont apporté, par leur mépris silencieux, une bien meilleure réponse aux divagations haineuses du chef du FN.

J'ai apprécié aussi que tous les trois se laissent parler sans s'interrompre. Ça m'a donné envie d'un débat hors-campagne sur des thèmes précis.

Finalement, ce débat se passait entre deux clans : les extrêmes, d'une part, avec des discours aussi irréalistes que sectaires, et les modérés d'autre part, qui avaient bien du mal à vendre leurs idées.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

  • 1 : Aucune région ne peut travailler seule. Elle fait partie d'ensembles où l'on retrouve aussi un ou plusieurs de ces intervenants : l'Union Européenne, le département, une communauté de communes, l'Etat, divers intérêts privés, etc. - remonter au texte
  • 2 : Laurent Wauquiez qui tweete enfin spontanément. Moi qui l'avais défollowé, lassée par la seule publication de son agenda et de sa com', je le refollowe. Twitter, quelle aventure ! - remonter au texte

Illustration : les régions françaises - Wikicommons

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6 commentaires pour “Le débat sur les régionales”

  1. -|- Jean Meyran dit :

    Quelques remarques ? :
    "Si les indécis comptaient sur ce débat pour se faire une idée, je doute que cela ait porté ses fruits."
    Le dernier vrai débat d'idées à la télé remonte à quelle année ? et animé par Calvi ? Vous rêvez, Delphine !

    Un débat sur les Régionales avec des personnalités nationales ? Erreur de casting...

    "Leur façon d'interdire l'expression d'idées aussi stupides que haineuses montrait bien avec quelle rapidité, une censure serait instaurée si on les laissait accéder à la tête de l'État" : Joli procès d'intention (qui ne mange pas de pain du reste vues les chances des donzelles de détenir un jour le pouvoir ;-)De plus si la loi Gayssot vous dérange, vous n'avez qu'à l'abroger (et assumer les conséquences)

    Pour finir l'anti-sarkozysme ne peut se concevoir que comme l'anti-communisme : primaire. Comment pourrait-on être anti-sarkozyste secondaire ?
    Déjà que je ne vois pas comment on peut être sarkozyste ;-)

    Bonjour chez vous
    @Jmeyran



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est rigolo que tu me vouvoies ici ! ;)

    Pour le débat, c'est ce que j'ai vu qui s'en rapprochait le plus dans cette campagne des régionales.
    Pour Buffet et Duflot, ça n'a rien d'un procès d'intention. On connait le respect très limité de l'extrême-gauche pour la liberté d'expression et ces deux femmes politiques ont su se montrer dignes de leurs prédécesseurs sur ce point. En 2010, ça fait froid dans le dos. D'autant plus que la bienveillance dont font preuve les médias à leurs égards est loin d'éclairer le public sur la sévérité de leur idéologie.

    Les communistes ont plus de sang sur les mains que les nazis mais ils ont toujours droit aux honneurs de la presse et à garder ce nom qui évoque tant de massacres. Ne t'en déplaise, je ne suis pas anti-communiste, ou alors il faut préciser que je le suis de la même façon que je suis anti-nazie : de façon éclairée et lucide.

    Enfin, il faudra demander comment on peut être sarkoziste à quelqu'un qui l'est, ce qui n'est pas mon cas. J'apprécie cet homme, j'ai voté pour lui mais je n'ai aucune idole.



  3. -|- Jean Meyran dit :

    Quelques réflexions sur les réflexions de mes commentaires de ton billet ; Arf

    1) je vouvoie quand je débarque dans un salon dont j'ignore la fréquentation (mais puisque tu y tiens, OK, ma poule, on y va)

    Le débat d'idées télévisé (avec des politiques dedans) est mort avec le Seguin vs Mitterrand de 92. Ça tombe bien, et malheureusement pour Seguin, on en a reparlé il y a peu...
    Le temps d'exprimer des idées, le respect de la parole de l'autre, pas de petites phrases...
    Aujourd'hui, le media training aidant et les audiences en berne, l'objectif du politicien (Droite, Gauche Est Ouest) consiste à être repris le lendemain par les journaux (télé/papier) et au Zapping. Imaginer du fond dans un débat télévisé relève donc du fantasme d'un sciences-po au mieux raëlien ;-)

    Finalement meilleures sont les émissions passe-plat du we (Grand Jury, DSP, et cie) : au moins la démarche des invités a l'air moins faux cul. Ils viennent avec 3 bricoles à diffuser, et ils les balancent.

    Bon, concernant la température de ton dos concernant des gens (Buffet, Duflot) qui n'ont jamais eu le pouvoir et qui ne l'auront jamais (autrement que très minoritaire), tu restes (malgré tes protestations) dans le procès d'intention. La parole médiatique donnée à des saltimbanques susceptibles d'amener de l'audience peut glacer le sang (voir Le Pen 2002) sur le fond mais relève de plus de Guignol que d'un débat constructif.

    Chapitre communiste aque le couteau entre les dents :
    1 argument strictement numéraire : si les nazis avaient sévis autant que les cocos, faudrait revoir le bilan (on peut imaginer des indicateurs : nb exécutions par année de pouvoir, nb exécution au km2 de territoire, j'en ai de plus sordides en magasin ;-)

    2 l'aspect "politico/humaniste" (et là, normalement, ta mauvaise foi légendaire va encore frapper)

    L'objectif du Reich ? Suprématie des blancs et extermination des juifs et des autres (rroms, pd...). On laisse juste vivre les serfs.

    L'objectif des cocos : la pouvoir de l'ouvrier (Dictature du Prolétariat, si tu préfères). Dans la théorie, pas de racisme, pas de volonté d'éliminer physiquement quiconque, mais de mater les possédants

    En nombre de cadavres par année de pouvoir on peut discuter, en terme de PROJET de SOCIETE (ouais, bordel, tu m'as déjà dis que j'étais naïf) ya pas photo

    Après ces quelques (longues phrases) vais pas développer sur le sarkozysme (y me faisait honte, maintenant y me fait peine ; il aura réussi en 3 ans à rejoindre (en terme de déphasage le 2ème septennat de Mitterrand ;-) C'était pas gagné)

    Bonne lecture, ma douce, et au plaisir de te lire



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Justement, le débat de lundi dernier était apaisé et ce calme a permis à chacun de s'exprimer. Il y a eu peu de petites phrases et les idées ont pu être exposées tranquillement. Cela a visiblement déstabilisé plusieurs participants qui s'embrouillaient avant de finir, tant ils s'attendaient à être interrompus, ce qui n'a pas été le cas.

    Visiblement, tu ignores aussi la thèse parue récemment sur l'hypothèse d'un nazisme qui aurait survécu à la seconde guerre mondiale. Petit à petit, il serait devenu moins raciste, moins extrêmiste et plus acceptable, à l'image du communisme dans nos pays occidentaux. Heureusement que c'est moi que tu accuses de procès d'intention, là, tu bâtis des théories sur des cauchemars.

    Le communisme existe toujours et fait toujours des ravages, je ne fais pas de procès d'intention, juste un triste constat. Je suis excédée par l'indulgence dont bénéficie cette doctrine alors qu'elle continue de tuer. Si Marie-Georges Buffet avait le moindre soupçon d'humanité, elle changerait le nom du PC pour qu'il n'ait plus rien à voir avec ces horreurs. Sa complaisance est un aveu bien clair.

    Enfin, si tu crois que l'objectifs des cocos, comme tu les appelles tendrement, c'est vrai qu'ils sont si sympatiques !, était seulement de donner le pouvoir au peuple, c'est que tu ignores leur antisémitisme et leurs politiques d'épuration (demande aux Hmongs, par exemple, ils pourraient te dire 2 ou 3 choses). Tu préfères t'aveugler, c'est ton choix, je le respecte mais ne viens pas me reprocher de faire des procès d'intention.

    Pour Sarkozy, tu ne caches ni la haine, ni le mépris qu'il t'inspire, tes critiques n'ont donc que peu de valeur pour moi, tu t'en douteras. ;)



  5. -|- Jérôme dit :

    Hello,

    Bon j'avoue que pour le débat Nazisme vs Communisme, j'ai pas d'opinion tranchée, faudrait demander aux Polonais ils ont connu les 2... Ce que j'en sais, c'est que Staline a combattu les nazis en Europe de l'Est et ça c'est pas rien. Bon par contre,niveau liberté c'était pas ça... Sur le papier, le communisme est bien plus séduisant, enfin l'idée, que le nazisme: égalité,partage,etc. Bon reste l'idée de la dictature du prolétariat et de la violence qui n'est pas top... Bref suis pas Marxiste mais faire le procès du Communisme, c'est comme dire la religion (Christianisme,etc) c'est mal car y'a des guerres,des massacres,etc . Tu me dira que ce n'est pas le message de la religion qui est en cause,mais son interprétation des Hommes qui est perverti. Enfin bref, si je n'adhère pas au Marxisme, je trouve le Communisme est une utopie plus ou moins respectable en tant que théorie.

    Maintenant, si t'as un lien vers la thèse d'un nazisme moderne, ça m'intéresserai et je t'en serai reconnaissant.Merci ;-)

    PS: Non,je n'irai pas en Chine,ni à Cuba ou en Corée du Nord pour voir combien le Communisme est kawaii... :-))



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Si Staline a combattu les Nazis, ce n'est pas par idéologie, il les laissait jouer tranquillement jusqu'à ce qu'Hitler rompe le Pacte germano-soviétique. Donc, sa lutte contre les Nazis n'est pas significative qualitativement.

    Ensuite, le communisme est une horreur, à mon sens, dans son idée que tous les hommes sont égaux. Tu es bien placé pour savoir que, si tu cours moins vite que ton voisin, tu es meilleur pour la veille. Nous ne sommes pas égaux, on ne peut pas nous placer sur des grilles comme des pions. Il est indispensable de tenir compte des faiblesses de chacun pour que personne ne reste au bord de la route.

    Enfin, je vais essayer de retrouver ce fameux article mais je n'ai aucune autre piste que l'idée de fond et, pour l'instant, je n'arrive à rien. Si seulement je pouvais retrouver qui m'en a parlé ou qui l'a écrit, ce serait un bon début, mais ce n'est pas le cas. =/



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