France : les ménages dépriment

Par Delphine Dumont, le 29 avril 2010 | Politique-tac, Tous concernés

Pour le troisième mois consécutif et tel que calculé par l'INSEE, le moral des Français a baissé. On a le porte-monnaie prostré, le chéquier sous anxiolytiques et la carte bleue en larmes. On aurait peur d'une augmentation du chômage et du coût de la vie. Les deux ensemble, c'est dur, c'est sûr.

Cette analyse me semble bien trop comptable pour être exacte. Prenons donc un énorme divan et écoutons les ménages français nous confier leurs craintes et leurs tourments…

Des sous et du travail !

C'est ce que réclament un grand nombre de mécontents du gouvernement. Il est vrai que lorsqu'on a connu l'État-providence du début des années 80, on peut être tenté de croire qu'il suffirait à Nicolas Sarkozy de claquer des doigts pour exaucer les vœux. Malheureusement, il en faut plus que ça et la frustration demeure.

L'époque où on passait toute sa vie dans une entreprise est passée, il faut aujourd'hui être mobile. Pour beaucoup, être mobile ne prend qu'un sens géographique. Il n'en est rien, il faut surtout être prêt dans sa tête, c'est à dire être resté à jour dans ses connaissances et ne pas jouer les moules accrochées à leur rocher.

Au Québec, quand on perd son travail, on ne le vit pas forcément comme un drame mais aussi comme une opportunité de commencer une nouvelle aventure. La tragédification du licenciement par les médias et l'intelligentsia française contribue pour beaucoup à l'angoisse actuelle des ménages. Il faut aider les chômeurs par des allocations et un accompagnement dans la recherche d'un emploi mais il faut aussi arrêter immédiatement de leur démolir le moral !

Sadness par LIN CHIA HUI (Flickr)

Un monde de plus en plus vulnérable

Ce n'est pas forcément une réalité, je ne suis pas absolument sûre que la fragilisation de notre société s'accélère, ni sûre du contraire d'ailleurs. Cependant, les crises majeures récentes et le bombardement d'infos anxiogènes peut donner cette impression.

Catastrophes naturelles : Eyjafjöll, Haïti…

Un volcan se réveille en Islande, un pays qu'on avait pris soin d'ignorer jusqu'ici, et le monde entier reste figé ou du moins, c'est l'impression qu'on en a depuis la France.

À Haïti, la terre a tremblé, achevant de ruiner le pays le plus pauvre du monde. La détresse et la misère règnent désormais sans partage, faisant des Haïtiens des proies idéales pour les profiteurs de tout poil.

En France métropolitaine, on a eu Xynthia, une garce de tempête qui a ravagé la côte ouest.

Crises politiques et financières : Belgique, Grèce, Royaume-Uni…

La Grèce est ruinée, elle a besoin d'une aide financière d'urgence et d'un plan de redressement drastique. Le Portugal n'est pas trop en forme non plus. Et si c'était nous ?

La Belgique se déchire, aucun gouvernement n'arrive à trouver de la crédibilité ou de la stabilité. Et si c'était nous ?

Au Royaume-Uni, pour la première fois, un parlement sans majorité pourrait être élu. Et si c'était nous ?

En fait, c'est nous ! On nous a promis que l'Europe nous offrirait des lendemains qui chantent et elle vacille de tous côtés.

Violences partout, toujours !

Ce n'est pas un mot d'ordre mais c'est ce qu'on pourrait croire à écouter les médias. On nous parle de cet élève qui a poignardé son professeur en Moselle, mais pas de Fatima au comportement exemplaire qui va terminer l'année avec 18,3 de moyenne générale.

On nous parle de cet homme poussé sous le métro par un schizophrène mais pas de Matthieu qui a porté la valise d'une vieille dame et l'a aidée à monter les escaliers de la station.

On nous parle de ces employés qui séquestrent leur direction et menacent de faire sauter l'usine mais pas de ceux qui ont réussi à négocier dans le calme.

Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, c'est bien connu. Pour se vendre, les médias sont donc contraints de parler des drames et faits divers tragiques qui surviennent ici ou là. Sont-ils significatifs ? Quelle est l'évolution depuis 10 ans ? 20 ans ? 50 ans ? On n'en sait rien, aucun repère n'est disponible. L'info se livre brute aujourd'hui.

À elle seule, cette mosaïque médiatique ne suffirait pas à déprimer les Français, mais en s'ajoutant aux crises financières et politiques, aux catastrophes naturelles et aux prédictions alarmistes (du type du film « 2012 »), elle achève de dessiner un avenir angoissant à mi-chemin de « Mad Max » et du « Jour d'après » (celui de Nicholas Meyer [The Day After]).

Les politiques ont leur responsabilité

On a beaucoup parlé de la façon dont Sarkozy jouait avec la peur de la violence pour gagner des voix. On parle moins, curieusement, de la façon dont la gauche joue avec la peur de la pauvreté et du chômage pour gagner des voix. Leurs discours anxiogènes et obscènes ne sont plus admissibles.

La droite comme la gauche doivent montrer leur maturité en changeant de discours et de méthode. Les récentes régionales ont montré le rejet massif de leur façon de faire de la politique. À force de répéter que ce n'est pas leur faute, que c'est le camp d'en face (ou la Cour Constitutionnelle, ou l'Europe, ou la région, ou, ou, ou…) qui fait rien qu'à nous faire du tort et à bloquer les bons projets, on a tous bien compris maintenant qu'ils étaient incapables ou impuissants. Ou les deux. À eux de nous prouver qu'on se trompe !

Promis, quand on aura retrouvé la confiance, on aura la carte bleue frénétique et un porte-monnaie sans oursins !

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Illustration : LIN CHIA HUI

À lire aussi sur ce blog :

8 commentaires pour “France : les ménages dépriment”

  1. -|- Sébastien dit :

    Bonsoir,
    Oui pour les infos toujours alarmistes et anxiogènes. Cependant je pense qu'il est un peu réducteur (voire triste) de mesurer le moral des ménages en fonction de leur dépense.
    Merci pour cet article et la possibilité d'y répondre.



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Bonjour,

    Le fait de dépenser ou d'économiser en dit long sur la confiance en l'avenir des ménages. Attention ! On parle bien ici de ménages et non d'individus. Cela n'aurait guère de signification pour les individus, certains trouvent dans un shopping frénétique, un exutoire à leur dépression, par exemple.

    Par contre, pour un ménage, le fait de refaire sa cuisine ou de changer de voiture montre qu'il ne craint pas de bouleversement de son budget à moyen terme.

    Merci d'être venu lire et commenter, merci aussi pour le gentil mail. :)



  3. -|- Jean Meyran dit :

    Bonsoir douce Delphine
    J'ai pris un peu de temps pour aligner quelques commentaires, mais, ne souhaitant point altérer ta pensée, j'ai repris ton billet en y insérant quelques bémols en allant à la ligne et entre parenthèses. Je n'ai pas trouvé mieux, désolé...

    Prenons donc un énorme divan et écoutons les ménages français nous confier leurs craintes et leurs tourments…
    (Madame est trop bonne d'être à l'écoute des gueux)
    Des sous
    (j'en veux)
    et du travail
    (OK, OK, pour l'instant, j'en ai)!
    C'est ce que réclament un grand nombre de mécontents du gouvernement
    (raccourci audacieux, il existe un paquet de gens qui ont un travail et qui sont mécontents de nos gouvernants).
    Il est vrai que lorsqu'on a connu l'État-providence du début des années 80
    (t'avais quel âge, pour parler d'état providence ?),
    on peut être tenté de croire qu'il suffirait à Nicolas Sarkozy de claquer des doigts pour exaucer les vœux
    (il s'est vendu auprès du bon peuple comme étant l'ambassadeur du pouvoir d'achat).
    Malheureusement, il en faut plus que ça et la frustration demeure
    (vu l'efficacité de son action, va savoir pourquoi ;-).
    L'époque où on passait toute sa vie dans une entreprise est passée, il faut aujourd'hui être mobile
    (c'est toi qui décide ?) .
    Pour beaucoup, être mobile ne prend qu'un sens géographique
    (va savoir pourquoi) .
    Il n'en est rien, il faut surtout être prêt dans sa tête, c'est à dire être resté à jour dans ses connaissances
    (ça tient bien la route pour ceux qui ont fait des études supérieures, bien sûr)
    et ne pas jouer les moules accrochées à leur rocher
    (Villepin a fait un gros succès avec cette injure).
    Au Québec, quand on perd son travail, on ne le vit pas forcément comme un drame, mais aussi comme une opportunité de commencer une nouvelle aventure
    (youcaïdi, youcaïda).
    La tragédification
    (joli néologisme)
    du licenciement par les médias et l'intelligentsia française contribue pour beaucoup à l'angoisse actuelle des ménages. Il faut aider les chômeurs par des allocations et un accompagnement dans la recherche d'un emploi
    (Madame est trop bonne),
    mais il faut aussi arrêter immédiatement de leur démolir le moral !
    (c'est tellement simple quand on a fabriqué des pneus ou de machines à coudre toute sa vie, de retrouver un job dans sa région
    (puisque tu zappes la géographie) pour développer du site 2.0 ou du repassage à domicile)

    Un monde de plus en plus vulnérable

    Ce n'est pas forcément une réalité, je ne suis pas absolument sûre que la fragilisation de notre société s'accélère, ni sûre du contraire d'ailleurs
    (ça, au moins çà mange pas de pain).
    Cependant, les crises majeures récentes et le bombardement d'infos anxiogènes peut donner cette impression.

    Catastrophes naturelles : Eyjafjöll, Haïti…
    Un volcan se réveille en Islande, un pays qu'on avait pris soin d'ignorer jusqu'ici
    (sauf ceux qui s'intéressent à leur situation financière),
    et le monde entier reste figé ou du moins, c'est l'impression qu'on en a depuis la France
    (tout au moins, ceux qui ont des proches retenus au loin dans des conditions pas faciles, parce que les autres Français…).
    À Haïti, la terre a tremblé, achevant de ruiner le pays le plus pauvre du monde. La détresse et la misère règnent désormais sans partage, faisant des Haïtiens des proies idéales pour les profiteurs de tout poil.
    (j'aimerais penser que le moral de mes compatriotes soit influencé par la détresse haïtienne, mais je suis probablement trop cynique pour l'envisager et pis t'as oublié le tsunami, aussi)
    En France métropolitaine, on a eu Xynthia, une garce de tempête qui a ravagé la côte ouest.

    Crises politiques et financières : Belgique, Grèce, Royaume-Uni…
    La Grèce est ruinée, elle a besoin d'une aide financière d'urgence et d'un plan de redressement drastique. Le Portugal n'est pas trop en forme non plus. Et si c'était nous ?
    (c'est nous, demain)

    La Belgique se déchire, aucun gouvernement n'arrive à trouver de la crédibilité ou de la stabilité. Et si c'était nous ?
    (à part la Corse et encore, je plaisante, je vois pas)

    Au Royaume-Uni, pour la première fois, un parlement sans majorité pourrait être élu. Et si c'était nous ?
    (le principe d'alliance est consubstantiel de nos scrutins locaux)

    En fait, c'est nous ! On nous a promis que l'Europe nous offrirait des lendemains qui chantent et elle vacille de tous côtés.
    (Ah, bon, tu l'avais crû ?)

    Violences partout, toujours !
    (pas faux, mais too much au niveau slogan, on dirait Marine ;-)

    Ce n'est pas un mot d'ordre, mais c'est ce qu'on pourrait croire à écouter les médias. On nous parle de cet élève qui a poignardé son professeur en Moselle, mais pas de Fatima au comportement exemplaire qui va terminer l'année avec 18,3 de moyenne générale.
    On nous parle de cet homme poussé sous le métro par un schizophrène, mais pas de Matthieu qui a porté la valise d'une vieille dame et l'a aidée à monter les escaliers de la station.
    On nous parle de ces employés qui séquestrent leur direction et menacent de faire sauter l'usine, mais pas de ceux qui ont réussi à négocier dans le calme.
    (On nous parle des avions qui tombent et pas de ceux qui atterrissent… )

    Les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, c'est bien connu. Pour se vendre, les médias sont donc contraints de parler des drames et faits divers tragiques qui surviennent ici ou là.
    (Que veux-tu qu'ils fassent d'autre ? au niveau du flux de l'info, hein, pas au niveau de la réflexion)
    Sont-ils significatifs ? Quelle est l'évolution depuis 10 ans ? 20 ans ? 50 ans ? On n'en sait rien, aucun repère n'est disponible. L'info se livre brute aujourd'hui.
    (ça c'est une bonne question. Sérieux. Pourrais pas parler d'il y a 50 ans, mais me souviens d'une couv' du Nouvel Obs fin des années 70 : les "bandes : jusqu'où iront-elles ?" c'est juste un exemple)

    À elle seule, cette mosaïque médiatique ne suffirait pas à déprimer les Français, mais en s'ajoutant aux crises financières et politiques, aux catastrophes naturelles et aux prédictions alarmistes (du type du film « 2012 »), elle achève de dessiner un avenir angoissant à mi-chemin de « Mad Max » et du « Jour d'après » (celui de Nicholas Meyer [The Day After]).
    (là, c'est du délire, je te renvoie à l'imagerie filmique des années "guerre froide"… pour parler franchement, il se vendait en Europe des abris anti-nucléaires au milieu des 70s', alors bonjour l'angoisse)

    Les politiques ont leur responsabilité
    On a beaucoup parlé de la façon dont Sarkozy jouait avec la peur de la violence pour gagner des voix
    (pour se faire élire, nuance).
    On parle moins, curieusement, de la façon dont la gauche joue avec la peur de la pauvreté et du chômage pour gagner des voix. Leurs discours anxiogènes et obscènes ne sont plus admissibles.
    (devant ta bonne foi légendaire, je pouffe. Comme si le citoyen de base a "besoin" du discours de la gauche pour craindre de perdre son job. Tu t'es relue ?)

    La droite comme la gauche doivent montrer leur maturité en changeant de discours et de méthode
    (pourquoi pas ?).
    Les récentes régionales ont montré le rejet massif de leur façon de faire de la politique
    (Elles ont surtout montré un désintérêt de la chose publique et un rejet de la clique au pouvoir, fut-elle régulièrement élue).
    À force de répéter que ce n'est pas leur faute, que c'est le camp d'en face (ou la Cour Constitutionnelle, ou l'Europe, ou la région, ou, ou, ou…) qui fait rien qu'à nous faire du tort et à bloquer les bons projets, on a tous bien compris maintenant qu'ils étaient incapables ou impuissants. Ou les deux. À eux de nous prouver qu'on se trompe !
    Promis, quand on aura retrouvé la confiance, on aura la carte bleue frénétique et un porte-monnaie sans oursins !
    (mon bonheur et bien-être ne relève pas de ma propension à exploser ma cette bleue, quoique ;-)

    Pas sûr que ce soit bien lisible, mais chose promise...

    Bonsoir, ma douce



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    J'espère que tu aimes manger chaud, très cher, parce que tu vas te régaler. Je n'aurais pas le temps de te répondre avant demain midi, mais le menu sera copieux, garde une place. :)



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Parmi tous ces excellents arguments, j'ai eu du mal à choisir le meilleur mais je crois qu'il s'agit de « youcaïdi, youcaïda ».

    Je passe sur les remarques disant que je m'intéresse peu aux gueux, je sais que je n'ai plus à faire la preuve de mon intérêt pour mes contemporains. Tu ne me connais que depuis peu, c'est pourquoi tu me prêtes de si vilaines habitudes de snobinarde égoïste. Ton sectarisme n'y est probablement pas étranger non plus, en tant qu'électrice de droite, je suis forcément bornée et égocentrique. ;)

    Je crois que tu n'as pas compris mon billet. Je ne dis pas que les Français dépriment par empathie avec Haïti, par exemple, mais que la vulnérabilité d'Haïti les renvoient à leur propre vulnérabilité et que ce sentiment est renforcé par les nombreuses autres catastrophes naturelles, économiques ou sociales que nous connaissons actuellement. Comment avoir envie d'acheter une maison quand on a à l'esprit que celle-ci peut être détruite par une tempête ou saisie par la banque ?

    Quant à tes réflexions sur l'évolution du monde du travail, je ne décide de rien (et c'est bien regrettable) mais j'ai les yeux ouverts. Je ne peux que t'encourager à ouvrir également les tiens et à cesser de prêter aux gens des intentions qu'ils n'ont pas. :)



  6. -|- Rikko dit :

    P'tain... cé la guerre !



  7. -|- Delphine Dumont dit :

    Oui, on se bat à coups de chamallows. Il y aura peut-être un blessé un jour. Enfin, c'est pas trop sûr, quand même.



  8. -|- Rikko dit :

    J'appelle les chamallows pompiers...

    On est jamais trop prudent !

    [Rappel : les Chamallows ne sont pas des projectiles anodins, ne pas viser les yeux, ne pas laisser à porter des pazenfants...]



Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog
copyright © 2006-2010 Redacbox