Trop de vols ? Eyjafjöll !

Par Delphine Dumont, le 19 avril 2010 | Politique-tac, Tous concernés

En Islande, le volcan Eyjafjöll s'est réveillé et il n'est pas content. Le voilà qui crache fumées et vapeurs ! C'est en Islande, ça ne devrait pas nous concerner et pourtant, le monde s'est arrêté. Le vieux monde, je veux dire, pas le monde qui avance. ;)

Ce qui m'inquiète, c'est que j'ai l'impression que nos grands penseurs (politiques, journalistes, intellos divers ou d'été) considèrent qu'il s'agit d'une crise ponctuelle. Comme pour beaucoup d'autres choses…

La crise ? C'est fini !

En 2008, il y a eu une crise immédiatement rebaptisée « crise des subprimes ». Par ce joli nom, on a voulu nous faire croire que tout ce qui a suivi était la conséquence de la fausse-bonne idée de Clinton (faciliter l'accession à la propriété) et de quelques banquiers véreux.

On a pourtant bien vu que c'était avant tout dû à l'absence de contrôle des énormes pouvoirs financiers issus de l'hyper-concentration des banques. Quelques humains peuvent faire exploser l'économie mondiale. Humains, c'est-à-dire faillibles. Nous avons créé un monstre et nous en avons perdu le contrôle.

Aujourd'hui, on essaye de nous faire croire qu'il reste des dégâts à réparer mais que le monstre est maintenant sous contrôle. Avis aux naïfs qui passent dans le coin, il y a un gros bobard à avaler, si ça les tente…

Vole ! Quand ?

Aujourd'hui, le discours général est du type « Il y a une éruption qui embête les gentils voyageurs mais dès que ce sera fini, tout ira bien. ». Dès que ce sera fini ? Quand ? Vous pouvez lire dans l'avenir ? Certains volcanologues pensent que ça pourrait durer des mois !

En réalité, cette éruption est une chance inespérée, il faut savoir la saisir ! On a tellement pris l'habitude de faire parcourir des kilomètres aux gens et aux objets que plus personne ne se pose la question du bien-fondé de ces déplacements. Profitons du Nuage pour y réfléchir.

Cimetière d'avions (désert du Mojave) - Photo : Davemeistermoab (Wikicommons)

Sérieusement, ce nuage de cendres qui clouent les avions au sol, c'est une véritable chance ! Avons-nous besoin de fraises en hiver ? Avons-nous besoin de pécher des poissons en Afrique, de les expédier en Asie pour les traiter avant de les vendre en Europe ? Avons-nous besoin de parcourir des milliers de kilomètres pour discuter politique ou affaires ?

Je ne vais pas verser dans l'écologie rigide. On peut parfois répondre « oui, il est nécessaire de faire voyager telles personnes et telles marchandises ». Quand des équipes de sauveteurs et de soignants traversent l'Atlantique pour venir au secours d'Haïti, c'est évidemment bien.

Quand un sommet comme celui de Copenhague réunit des dizaines de chefs d'État, c'est plutôt bien aussi. On sait bien que, dans ce type de sommets, ce sont les apartés, les travaux des équipes en dehors des rencontres officielles et les imprévus provoqués par ces rencontres qui forment l'essentiel de l'intérêt de ces congrès. Pour une conférence utile, combien pourraient être avantageusement remplacées par des visio-conférences ?

Des bananes à quel coût ?

Moins d'avions, ce serait aussi moins d'exportations pour certains pays, peut-on objecter. À voir comment sont exploités les petits producteurs, je me demande à quel point ce serait négatif pour eux de réduire leurs exportations. Encore une fois, je ne dis pas qu'il faut cesser instantanément toutes les exportations aériennes, ce serait excessif donc absurde.

Simplement, nous pouvons le constater chaque jour, nous avons bâti un système qui marche souvent sur la tête et qui est extrêmement fragile. La crise de 2008 était un premier coup de semonce, ce nuage en est un second, faudrait-il vraiment qu'il dure des mois pour que nous réfléchissions à un autre modèle de mondialisation ?

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Lectures complémentaires :

  • Un volcanologue n'exclut pas une prolongation, voire une agravation de l'éruption d'Eyjafjöll
  • Un monde sans avions (en) par Alain de Botton
  • Le Parti Pirate sait déjà compenser les annulations de vol
  • [Edit] Le nuage de cendres vu d'internet ou comment on s'organise déjà sur le Net (merci à @colegramist pour le lien !)

Photo : Davemeistermoab (Wikicommons)

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5 commentaires pour “Trop de vols ? Eyjafjöll !”

  1. -|- Colegram dit :

    Effectivement, ça rejoins bien ma réflexion du jour : Pas d'avion, pas de bananes.
    Joli tour d'horizon. Le débat est lancé, mais je ne suis pas certain que nos politiques aient envi de le voir sous cet angle...

    Ceci dit, si le Katla qui est à côté pète... il va bien falloir commencer à se poser les vrais questions. :-)

    Stéphane aka @colegramist



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Tu as raison, je crois que les politiques contournent soigneusement le sujet. Même Martine Aubry, pourtant longuement coincée en Inde, n'aura à son retour que les retraites à la bouche et 2012 dans la tête. ;)



  3. -|- Jean Meyran dit :

    Toi qui te vantais, hier soir sur Twitter, d'avoir des commentaires plus intelligents sur ton blog que la moyenne des autres blogs, voili ma contribution (je me mets une pression, là...).
    Quelques mots sur les débuts de la fameuse crise sur laquelle, je tiens (si, si) à apporter mon point de vue (ô combien passionnant, merci Delphine)

    Contrairement à tes hypothèses, le système bancaire américain est largement moins concentré que notre doux système français (y compris, bien sûr, rapporté à la taille des deux contrées).

    Le problème vient pourtant (ton intuition toute féminine) de la concentration, mais des agences de notations. Ces p... d'agences (Moody's, Standard and Poors et la franchouillarde Fitch) tiennent, pour des raisons historiques qu'il faudrait creuser, la quasi exclusivité de toute les évaluations relatives au secteur bancaire (Entreprises, Risque pays, Placement divers).

    Ces sal... d'agences de m... sont rétribuées par les organismes qu'elle vont noter. Un gage d'honnêteté, assez facile à évaluer, on en conviendra.

    A l'arrivée et par exemple, les produits "subprime" de GoldmanSachs (par exemple) sont côtés AAA (le top) grâce à un chèque signé Golden...

    Les mêmes bourrins (et surtout Fitch, c'est dire leur sens du devoir) sont en train de dégrader la dette grecque pour les besoins de leur propre spéculation.

    J'espère avoir été clair (et relativement bref, car il y aurait quelques pages à écrire)

    Mes hommages ensoleillés
    @jmeyran



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    La concentration n'est pas forcément basée sur des fusions/acquisitions, le système de dominos mis en place est aussi une forme de concentration. Oui, les agences de notation font partie des premiers coupables, probablement des pires aussi, mais le fait d'avoir laissé l'économie mondiale être ainsi fragilisée n'est pas leur faute, elles n'ont fait que profiter des failles d'un système. Faire le ménage parmi elles, oui, oui et oui, penser que ça suffira, par contre, c'est un doux rêve.
    Et bonjour très cher. :)



  5. -|- Rikko dit :

    Commentaires intelligents ????

    O_

    Donc les miens ne sont pas comptabilisés alors !

    Moi je trouve que le volcan mérite nos remerciements pour avoir limité la pollution atmosphérique !

    Ô combien de Boeing bourré de Kerozène* ?
    Ne sont donc pas partis pour des courses lointaines ?

    Un petit mot à propos des cotations mises en lumière par Jean Meyran (chanteur engagé) : plutôt que le AAA, préférons investir nos doublons dans l'andouillette, dont la cotation (à la valeur éthique pour le coup indiscutable)va jusqu'à AAAAA... !

    (*Je met une majuscule à Kerosène parce que ça sonne breton...)



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