Johnny n’est pas Sarkozy

Par Delphine Dumont, le 27 mai 2010 | En bref

Ce matin, Guy Birenbaum a publié un article(1) en réaction à l'édito vidéo de Christophe Barbier(2) à propos de la publication du dossier médical de Johnny Halliday dans L'Express.fr(3). L'article est intéressant mais je ne suis pas d'accord avec sa conclusion.

Pour mieux vous expliquer mon désaccord, je vais commencer par ma critique de la vidéo en question.

Fallait pas, discute pas

Christophe Barbier ouvre son édito par la question « Fallait-il publier ? » et, sans vous laisser le temps d'y réfléchir, il s'empresse d'y répondre « Oui, bien sûr ! ». 100% des journalistes de L'Express.fr dont le nom est Christophe Barbier et qui portent une écharpe rouge sont d'ailleurs d'accord avec lui(4).

Sans honte apparente, il enchaîne sur l'argument que le secret médical appartient aux médecins. J'en déduis donc que s'il prend l'envie à un journaliste de cambrioler les archives d'un hôpital, il a parfaitement le droit de publier ses trouvailles ? Y a-t-il un avocat dans la salle pour confirmer qu'il y a bien atteinte à la vie privée ?

Quand bien même ce serait parfaitement légal, il y a au minimum une atteinte à la dignité des lecteurs. Décider de publier ce type d'article, c'est soit répondre à une commande, soit se faire plaisir, soit prendre ses lecteurs pour des voyeurs. En aucune façon, ce n'est ce que j'appelle du Journalisme avec un grand J.

Le devoir du journaliste ?!

C'est ainsi que Barbier justifie la publication du document dès lors que le journaliste en est entré en possession et a vérifié ses informations. J'en déduis que L'Express.fr devrait publier tout ce qui est vérifiable. Je tiens donc à sa disposition les annuaires de la Côte d'Or les plus récents, le contenu en a été vérifié.

Et là, c'est le drame !…

Après avoir insisté sur la vérification du document et sans reprendre son souffle, Christophe Barbier enchaîne sur l'omerta médiatique autour du cancer de François Mitterrand. Je vous épargne les propos grandiloquents sur la Presse qui sauve le peuple, c'est juste de la déco.

Aucun mot sur le recul et la réflexion nécessaires avant de publier ce type d'objet, non, Barbier préfère s'attarder sur les intérêts en cause, point important, certes, mais pas primordial. Pourtant, lorsqu'il parle de « porter au public » (et non de « publier », nuance de taille), il évoque une notion de service rendu et non de choix éditorial.

La commande de Monsieur Birenbaum

Comme j'ai fait savoir sur Twitter que je n'étais pas d'accord avec sa conclusion, Guy Birenbaum a souhaité que je lui explique mon désaccord. Je le fais avec plaisir.

Je suis donc d'accord avec l'article jusqu'au passage qui commence par « Du coup, comme cette comparaison est baroque ». Cette conclusion est ce que j'appellerais une nouvelle théorie du complot. Puisque Barbier a dit ci, c'est qu'il voulait faire entendre ça qu'il n'a bien sûr pas le droit de dire, mais vous et nous, hein !, on sait bien ce qu'il en est, hein ? [placez ici un clin d'œil complice]

S'en suit un syllogisme qui se conclut par Johnny = Sarkozy. Cette déduction me fait penser à un nanar américain. J'aime donner des références culturelles classieuses.

En clair et si j'ai bien compris, Guy Birenbaum pense que Christophe Barbier cherche à légitimer la mutation de L'Express.fr qui tendrait à devenir un mix people/politique où la politique deviendrait people.

Mon désaccord

À aucun moment, Christophe Barbier ne dit que les politiques sont des people et qu'ils devraient donc être traités en tant que tels. Le journaliste ne fait rien d'autre qu'une maladroite tentative de justification des récents écarts de L'Express.fr (la lettre de Zahia et le dossier médical de Johnny Halliday).

Le nom de Mitterrand n'est qu'un écran de fumée visant à redonner de la noblesse à ce qui n'est que du journalisme trash. L'emploi de l'expression « porter au public » est d'ailleurs significative de la volonté d'endosser l'armure du Chevalier Blanc qui dévoile au bon peuple tout ce qu'on veut lui cacher.

Prétendre excuser une faute par la réparation d'une autre faute, en termes techniques, ça s'appelle du foutage de gueule.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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12 commentaires pour “Johnny n’est pas Sarkozy”

  1. -|- Dugomo dit :

    Bien dit !
    A propos de Mitterrand : http://jedisdubien.com/2010/05/francois-mitterrand/



  2. -|- Jean Meyran dit :

    Deux, trois bricoles, comme d'hab :

    Fallait pas, discute pas

    Personne n'est obligé de se fader les éditos vidéos du bon Barbier... Il a vu que sur Twitter l'Express commençait à se prendre un tir de barrage, il tente de défendre sa rédaction...
    Pour la légalité de la chose, on laissera aux compétents la chose.
    L'atteinte à la dignité des lecteurs, on en reparlera quand (si?) on aura les ventes. Le journalisme avec un grand J, c'est un point de vue de lecteur (la preuve, Mougeotte continue à écrire, et il y a un public pour lire)

    Le devoir du journaliste ?!
    Les journaux doivent publier ce qui est vérifiable ET digne (selon la politique éditoriale et/ou le rédac' chef) d'un quelconque intérêt. Pour reprendre ton exemple, à part deux vignerons et ton numéro perso, je ne vois pas en quoi, l'annuaire du 21 donne envie ;-) ;-)

    La commande de Monsieur Birenbaum
    J'avais vu ça comme un souhait, mais j'imagine que c'est ton humour...

    Je ne suis pas l'avocat de Guy B. mais j'ai compris son discours de la sorte : Le déballage, c'est plus facile quand c'est Zahïa ou Johnny, que les affaires immobilières de Sarko ;-)

    Pour le reste, comme d'hab, plutôt d'accord (et Dieu sait qu'il m'en coûte) avec toi ;-)

    Bonjour chez toi



  3. -|- Delphine Dumont dit :

    Dugomo : merci ! ;)

    Jean Meyran : OMG ! Les allusions perfides, l'air de rien ! ;)



  4. -|- POIZI33 dit :

    bonjour delphine
    on demandera a christophe barbier quand il aura une bonne maladie d etre journaliste comme il le dit , on verra si sa vie personnel a un cote interessant .
    voia voila



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est vrai, ça pourrait être intéressant comme question. ;)



  6. -|- Jean Meyran dit :

    @madouce @POIZI33
    Si vous pensez que des révélations sur la santé (que je souhaite excellente au demeurant) de C. Barbier pourraient faire vendre du papier...

    Donc, sa santé n'est pas intéressante au sens journalistique du terme à l'instar de la mienne (mais ça va mieux, merci).

    Pour info, chuis abonné de longue date à l'Express, captivant, non ? (histoire de dire que j'aime bien le journal, mais qu'il m'arrive d'en zapper certaines rubriques)

    Bonne soirée
    @jmeyran



  7. -|- Rikko dit :

    Patron un express !



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Jean Meyran : Ne fais pas l'âne sinon on va te trouver du son, tu vois très bien l'idée. ;)

    Rikko : Un Banco aussi, comme d'habitude ?



  9. -|- Rikko dit :

    Ok.... Y reste du pain ?



  10. -|- Antoine dit :

    Je ne sais pas s’il y a un avocat dans la salle mais à défaut, il y a un médecin (rare ces derniers temps, je sais)
    Le secret médical n’appartient pas du tout qu’aux médecins mais à tous ceux qui interviennent près d’un patient : la femme de ménage, le gars du Relais H qui installe une télé dans une chambre n’ont pas le droit de dire que Mme ou M. X est hospitalisé et encore moins de révéler sa pathologie.
    Et s’il venait à l’idée de quiconque de cambrioler un dossier par ici, il ferait l'objet de poursuites judiciaires.
    Ce prétendu droit à l’information me choque : en quoi l’état de santé de M. SMET menace-t-elle la vie du monde ?
    On nous ressort l’histoire de Mitterrand : il a menti aux français et son médecin s’est fait payer pour valider ce mensonge. Ethiquement, c’est inacceptable. Mais notre république n’a pas l’air si mal construite que l’état de la France en fut menacé.
    En remontant un peu le fil du temps, Pompidou a eu une bien mauvaise grippe, qui a duré bien longtemps et bien mal soigné bien qu’ayant un fils médecin. Pour cacher sa maladie de Kahler, on a tenté d’installer plus ou moins mal que bien un petit matériel de radiothérapie à l’Elysée pour calmer ses souffrances au lieu de faire ce traitement palliatif en centre spécialisé. Mais la continuité du pouvoir politique a été assurée.
    Et quand en France, lors de l’expertise contradictoire entre l’avocat de M. SMET et celui du Dr Delajoux, on laisse filer des éléments de santé, on sort de l’éthique. Et c’est la justice qui tranchera après les expertises contradictoires.
    Je suis d'accord avec toi Delphine, il ne fallait sortir cette information et même si les 'people' jouent avec les médias, c'est vrai, que les journalistes respectent la vie privée des gens ! Quand en plus une affaire judiciaire est en cours cela me paraît le minimum professionnel.



  11. -|- effigy dit :

    barbier il est constament malade, chronique meme, pour preuve ce foulard qu'il porte par tout les temps y compris en ces temps de quasi-canicule ! mais nous lui souhaitons un prompt rétablissement bien sur :)



  12. -|- Delphine Dumont dit :

    Antoine : Merci pour ce long commentaire. Il est bon de rappeler les limites et de souligner que L'Express les a allègrement franchies. :)

    Effigy : Bon sang mais c'est bien sûr ! Ça éclaire tout d'un nouveau jour !



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