La presse papier pas papier

Par Delphine Dumont, le 21 mai 2010 | Industrie

La presse papier pas papier n'est pas seulement un tautogramme, c'est aussi, comme les Papous papas à poux pas papas de Franquin, un concept. Dans mon billet précédent, L’avenir de la presse, je développais ma vision de l'avenir numérique de la presse.

Quelque part, dans l'ombre, se tapissait un fourbe avec des arguments contre cette brillante vision… C'est la guerre ! Ma réponse sera terrible !

Ce fourbe s'appelle Pwyll et je vous invite à lire son billet intéressant et argumenté avant que nous allions plus loin : "Réponse à l’article « La liseuse numérique est-elle l’avenir de la presse ? »". Mais vous revenez tout de suite après, hein !

Passons sur la basse flatterie du début du billet, j'y suis totalement insensible terriblement sensible et intéressons-nous au fond. Je prends donc ma trousse à outils et je démonte soigneusement ses objections.

L’espace n’y est pas forcément moins cher

Rajouter 10 lignes à un article web peut tout changer à sa compréhension alors qu'en terme de bande passante, de charge serveur, etc., l'incidence est tellement faible qu'on peut la considérer comme nulle. En revanche, rajouter 10 lignes à un article papier compromet la mise en page et se fait toujours au sacrifice d'un autre article à moins d'ajouter une page au magazine, ce qui est extrêmement coûteux.

Le coût des infrastructures, du matériel et de son entretien et de la formation

Qu'on publie en ligne ou sur papier, il faut des infrastructures, du matériel, de la maintenance et de la formation. Cependant, rien que le prix du papier et son augmentation récente et brutale représente une charge majeure. La force de cette augmentation sur une matière première aussi indispensable fait peser une lourde menace sur l'industrie de la presse, combien de coups comparables pourra-t-elle supporter ?

Non, le coût de publication n'est pas "moindre", il est infiniment plus bas et plus stable.

Les tags et leur utilité

Comme Pwyll, je doute de l'efficacité du nuage de tags. Que ça fasse quelques pages vues de plus par-ci, par-là, peut-être, que ça change tout à la navigation, non.

Par contre, en utilisant bien les tags, on peut créer des liens entre les billets dont le thème est proche. Cela permet de relever l'évolution éventuelle d'une opinion, d'un mouvement, etc. Sur un grand média, c'est aussi une bonne façon de confronter des points de vue ou de compléter ses informations.

Enfin, ils ont une importance aussi en terme de confort. Avant de lire un article particulièrement long, des tags bien choisis permettent de savoir si le contenu correspond bien à ce qu'on cherche et de s'éviter des lectures inutiles. Quand on fait de la veille ou de la recherche documentaire, c'est très précieux !

Vieille presse d'imprimerie - Wikicommons

Les commentaires

Pwyll est d'accord avec moi sur leur intérêt mais à la condition que l'auteur ou le site joue honnêtement. C'est à dire que les critiques ne soient pas effacées au profit des seuls commentaires élogieux. J'y ajouterais que, idéalement, l'auteur doit répondre, au moins aux remarques les plus pertinentes.

Quand l'auteur est absent des commentaires, ça peut tourner au grand n'importe quoi comme sur le blog d'Aphatie.

Le zéro papier

Je ne prône pas du tout l'abandon du papier. J'aime cette matière et ses infinies déclinaisons. J'aime écrire au stylo-plume sur un papier bien lisse. J'aime le bruit des pages qu'on tourne. J'aime avoir mes livres dans ma bibliothèque comme autant d'amis que je peux retrouver à loisir.

En plus, je ne peux pas me passer de mes blocs-notes, je l'ai même écrit sur ce blog : "Jamais sans mes blocs-notes !" ! Depuis ce billet, je vis une grande histoire d'amour avec ma Bloxnote. En réunion de travail, cela permet de partager facilement les prises de notes avant de se séparer.

Bref, le zéro-papier, pour moi, c'est non, non, non et non ! Sauf pour tout ce qui est éphémère comme les journaux ou les prospectus. Combien de kilos en jette-t-on à la déchetterie chaque mois ? Dans le coût de revient du papier, il ne faut donc pas oublier celui de son transport vers son lieu de recyclage, puis son recyclage. Appuyez sur une touche pour mettre un document à la corbeille consomme principalement votre énergie.

Conclusion

Je persiste à penser que nous aurons tout à gagner d'un passage de la presse au numérique. Les coûts de fabrication baisseront fortement et pourront inciter soit à une amélioration du contenu, soit à une baisse considérable de l'abonnement, soit aux deux.

Dans la presse quotidienne régionale, j'aime beaucoup lire les petites infos locales, regarder les photos de mauvaise qualité des mariages de la semaine et leur côté amusant et attendrissant à la fois, découvrir le portrait de la star du Beaunois ou du Douaisis… C'est mon côté Jean-Pierre Pernaud. J'espère retrouver ce plaisir dans la version numérique de la PQR.

Les liseuses doivent encore évoluer, leur confort d'utilisation n'est pas encore excellent même s'il est bien meilleur déjà, la navigation et le support de la veille doivent être perfectionnés, mais je pense sincèrement qu'ils sont l'avenir de la parution éphémère. Pour les livres, on l'a vu, je suis nettement plus réservée.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Illustration : Wikicommons

À lire sur le sujet du coût de fabrication d'un journal :

  • L'oligarchie sape l'économie du journal le Monde
  • Le Monde Interactif stable entre 2008 et 2009

Je tiens à remercier chaleureusement Samuel Laurent, journaliste au Monde.fr, pour ces liens précieux.

Récapitulatif de ce duel de billets

  1. Mort du papier
  2. L’avenir de la presse
  3. Réponse à l’article « La liseuse numérique est-elle l’avenir de la presse ? »

Encore merci à Pwyll de m'avoir proposé cet exercice, c'est très amusant ! :)

[Edit du 28/05/10] À lire : « L'iPad ne sauvera pas la presse écrite » (interview de Michael Ringier, président du groupe suisse de médias Ringier)

À lire aussi sur ce blog :

2 commentaires pour “La presse papier pas papier”

  1. -|- Rikko dit :

    QUAND LE PAPIER à PAS PIED, YA COULAGE !



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko : Depuis quand on crie, ici ?



Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog
copyright © 2006-2010 Redacbox