La vie de funambule

Par Delphine Dumont, le 31 mars 2011 | Famille

Je sais que vous êtes nombreux à attendre de mes nouvelles alors en voici. Je voudrais en profiter pour vous faire comprendre pourquoi je suis silencieuse et pourquoi je peux, peut-être, sembler ingrate pour certains. Pardon à eux si c'est le cas.

Concrètement, rien n'a changé. Je me bats pour cela, il y a eu des améliorations mais le principal n'a pas changé. Alors je vis en funambule.

J'essaye de garder mon équilibre sur ce fil tendu entre entre deux week-ends. Pour me tenir, j'ai droit à deux conversations téléphoniques par semaine. Avant, c'était quatre mais c'était trop, parait-il, je dois me montrer raisonnable, ce sera deux désormais. Et surtout, je ne dois ni avoir l'air triste, ni fâchée de ce changement. Cela serait retenu contre moi. Je dois tout accepter en faisant bonne mine.

C'est comme un jeu cruel. J'ai réussi l'épreuve ? Alors, je dois la recommencer avec un handicap supplémentaire ! Et il ne faut pas faillir, jamais !

J'ai trouvé l'astuce pour vaincre les difficultés, je fais semblant de rien. En apparence, ça marche bien. En vérité...

En vérité, c'est l'horreur. Moi qui dormais dès la tête posée sur l'oreiller, je découvre l'ignoble insomnie. La nuit, je suis seule face à mes angoisses et je n'ai plus la force de les maintenir à distance. Elles m'envahissent, puis cèdent la place à la colère. Colère contre ces gens qui nous font tant de mal, contre ce système absurde, contre moi qui n'ai rien vu venir. Et puis, c'est la peur à nouveau. Et la douleur aussi. Mon corps me dit, à force de crampes, de nausées, de palpitations ou de migraines, tout ce que je ressens et que j'essaye d'ignorer la journée.

Je n'ose pas pleurer. Je ne veux pas risquer de réveiller mon fils dans la chambre voisine, il est déjà assez inquiet comme ça. Je sais que laisser les larmes couler me ferait sans doute du bien, mais je sais aussi que ce sera un flot qui durera, un flot rageur qui me secouera jusqu'à l'épuisement total. Chaque fois que j'ai craqué, il en a été ainsi. Avec ces murs en papier, mon fils l'entendra forcément et il restera dans le noir à chercher comment me soulager, il est ainsi. Alors, je me retiens et je cherche le sommeil qui finit toujours par venir m'offrir un répit.

Parfois, Morphée a pitié de moi et me berce de longues heures. Parfois, il est occupé ailleurs et je ne dors que quatre ou cinq heures, en plusieurs fois.

Tout n'est pas noir, cependant. Je vous ai et c'est énorme, bien plus que vous ne pouvez l'imaginer. Vous êtes mon horizon, grâce à vous, rester en équilibre est bien plus facile. Sans vous, sans mes amis et ma famille, j'aurais certainement chuté depuis longtemps. Je ne cesse de répéter à mon fils que je ne sais pas comment font les gens qui n'ont pas la même chance que moi.

Vous vous en doutez, vivre ainsi est épuisant. C'est pour ça que je ne réponds pas toujours aux mails, que je donne si peu de mes nouvelles, etc. L'envie de vous écrire ne m'a pas quittée, j'ai toujours envie de partager avec vous mes passions, mes découvertes et mes combats, mais la force me manque. Et le courage aussi, pour être honnête. J'ai peur de ne pouvoir retenir mes larmes, peur de vous inquiéter, peur aussi que « l'ennemi » ne me lise et que cela se retourne contre moi. Alors, pardon pour mon silence, pardon pour ma faiblesse.

Pour ne pas vous quitter sur une note trop négative, je tiens à vous dire que, concrètement, matériellement, les choses s'arrangent. C'est lent car je n'ai ni la disponibilité, ni la force de faire les choses comme il le faudrait, mais ça s'arrange. Ce mieux, je vous le dois totalement alors merci, mille fois merci !

Un nouveau round aura lieu très bientôt. Priez pour nous si vous êtes croyant, croisez les doigts sinon.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Photo : Abraham Pisarek - Wikimedia Commons

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12 commentaires pour “La vie de funambule”

  1. -|- couliine dit :

    plein de bises a toi et aux tiens
    pense d'abord à toi et ta famille..le reste viendra plus tard
    et si on peu faire quelque chose , si tu as besoin...n'hésite.
    nous t'envoyons plein d'ondes +++
    c'est si peu..nous voudrions faire plus
    bisous de consolation



  2. -|- Rikko dit :

    Poreil !

    Pour les ondes aussi



  3. -|- Adrienne dit :

    Courage !

    Je crois qu'on est nombreux à te soutenir même si on se sent un peu impuissants de ne le faire qu'à distance et sans beaucoup de concret.

    Ne lâche pas !
    Ou plutôt, lâche toi avec des gens "de l'extérieur" pour pouvoir tenir avec les tiens :-)

    Bises



  4. -|- Rikko dit :

    Très bonne idée ça !
    Allez ! Laches toi ! Arraches mes vêtements et fait de moi ton esclave! ...
    ...
    J'déconne, arrêtes de rêver !



  5. -|- wassy dit :

    Bonjour à tous,

    Merci DD de nous donner de tes nouvelles même si, apparemment, elles ne sont pas très bonnes. J'espère que tu trouveras l'énergie indispensable pour continuer à te battre. Que notre énergie te porte et te renforce.

    Biz'

    BB.



  6. -|- Mère Teresa dit :

    Allez bisoux virtuels, je continue à te lire et à apprécier tes écrits. Ne lâche pas l'affaire, et ne prends pas trop de médicaments pour dormir (mais la tisane de tilleul, ça peut aider).



  7. -|- couliine dit :

    allez un lot de bises en passant parce que ça fait jamais de mal;)



  8. -|- Rikko dit :

    Et un autre sac de bises pour faire bonne mesure



  9. -|- couliine dit :

    des 33 tonnes de bises:))



  10. -|- Rikko dit :

    ... avec remorques de bises...



  11. -|- couliine dit :

    et plein de bonnes ondes+++++++++++++++++++++++ et de bises



  12. -|- Rikko dit :

    ouais poreil, avec des vrais bouts de gentillesse dedans



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