Incivique ta mère !

Par Delphine Dumont, le 15 juillet 2011 | Tous concernés

L'incivilité est devenue un sujet en or pour les dîners en ville et les reportages racoleurs. C'est à celui qui se lamentera le mieux sur l'agressivité des autres et les multiples atteintes à notre bien-être qui en découlent.

Mouais... Mes fesses, c'est pas de la volaille, hein !...

Sartre nous a expliqué que l'enfer, c'est les autres. Il aurait dû ajouter que nous savons très bien nous tirer des balles dans le pied.

En mai, une mère de famille a passé 24 heures aux urgences alors qu'elle souffrait d'une infection pulmonaire majeure. Que le service ait été débordé, je veux bien le croire. Que l'on oublie une malade, là, par contre, je suis moins d'accord.

J'imagine bien que ce n'était pas la première fois que ce genre d'oubli se produisait, ni la dernière malheureusement. Pourtant, visiblement, aucune solution n'est trouvée. Comme le remarquait le mari de cette jeune femme :

« Certes quand tu es blanc, gentil et un peu éduqué, bah, gueuler tu sais pas faire. Alors, aux #urgences on t'oublie un peu plus facilement. »

Personne tirant la langue - Ruthiebabe sur Stock Xchange

J'ai souvent ressenti cette impression que ma politesse me coûtait cher. Les râleurs passent devant moi, certains de mes interlocuteurs ne me cachent pas leur mépris, etc. Comme par hasard, si je hausse le ton et que j'emploie un vocabulaire moins châtié, je suis écoutée et servie. C'est particulièrement sensible dans les locaux des diverses administrations.

Ce n'est pas ma nature, je suis très souriante et j'ai été élevée chez les sœurs. J'ai souvent du mal à réclamer, il m'arrive même de m'excuser quand on me bouscule et j'ai horreur de compliquer la vie des autres. Cette heureuse nature me permet d'avoir beaucoup d'amis et de me lier facilement, mais ça me fait aussi souvent me sentir comme une extra-terrestre.

Quand je lis les récits de professeurs à propos de leurs élèves qui rivalisent d'impolitesse et d'indiscipline, j'hallucine un peu. Quand je vois les modèles mis en avant par la télé-réalité, je reste éberluée.

Ce n'est bien sûr pas la télé-réalité qui a créé cette époque incivique, mais croit-on vraiment que c'est ainsi qu'on va revenir à une ère apaisée ? Je ne demande aucune censure officielle, j'apprécierais seulement que les mêmes qui se désolent du mauvais comportement de leurs élèves ou des parents de ceux-ci, des patients ou de leurs visiteurs, des administrés ou tout autre public auquel ils sont confrontés, que ces mêmes-là boycottent cette promotion de la grossièreté.

Dans mon délire, j'apprécierais aussi que les enseignants soient eux-mêmes irréprochables1, que la fonction publique veille au civisme de ses employés, que chacun fasse l'effort de dire bonjour, merci et au revoir à la caissière du supermarché en la regardant et en lui souriant si possible...

Tout n'est pas noir. J'ai eu la joie de recevoir divers bonus parce que je suis aimable, parce que c'est agréable de me voir, parce que je souris, etc. Cependant, c'est de plus en plus rare, malheureusement.

Je veux bien que l'époque soit difficile, que ceci, que cela, etc., OK ! Mais qui peut croire que c'est en s'aboyant tous les uns sur les autres qu'on va vivre mieux ?

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Photo : ruthiebabe sur Stock Xchng

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6 commentaires pour “Incivique ta mère !”

  1. -|- Martin dit :

    Oui, les râleurs sont servis en premier. Mais sont-ils pour autant bien servis ?

    Personnellement, lorsque je me trouve face à un râleur, et ça arrive heureusement assez rarement, j'essaye de me remettre en question pour comprendre le dysfonctionnement ayant causé son mécontentement. Après tout, le râleur met en évidence un problème et il convient d'y trouver et d'y appliquer une solution.

    Mais s'agit-il effectivement d'un problème avéré ? Eh bien, cela dépend. J'entends par là que certains râleurs râlent pour le plaisir de râler (j'avoue en faire régulièrement partie), sans qu'un problème en particulier n'existe à la base. En conséquence, les servir en priorité devient contreproductif. Les fois suivantes, le râleur est donc ignoré, ou du moins satisfait en surface, puis abandonné sur le fond. En profitent les interlocuteurs qui ne râlent pas sur le moyen et le long terme, ceux que l'on finit rapidement par mettre en priorité, et si les délais sont parfois remis en question par l'urgence de celui qui râle, la qualité, du moins peut-on l'espérer, est en leur faveur.

    C'est du moins ce dont j'essaye de me convaincre...

    (Sinon, sa femme va bien, finalement ?)



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est vrai, la gestion du râleur est complexe, mais c'est un bon réflexe de chercher d'abord s'il y a un problème. À long terme, c'est vrai aussi, la politesse est nettement plus payante, mais au quotidien, ça crée une ambiance qui pèse sur tous, même sur les râleurs ! :)

    Et oui, merci de sa part, elle est tout à fait remise grâce à un traitement antibiotique de choc, mais son hospitalisation a aussi été une aventure au pays des râleurs. :)



  3. -|- do dit :

    c'est pas complètement vrai.
    servir le râleur pour s'en débarrasser est le plus courant.
    on ne réfléchit pas toujours comme il faut.
    et puis il existe une vraie peur des problèmes, des supérieurs, etc... sur laquelle les râleurs appuient leur stratégie inconsciente. et c'est toujours efficace. on fait toujours plus pour celui dont on a peur que pour celui qu'on peut ignorer sans danger. je travaille dans une école primaire, et je me bats contre ça tous les jours, intérieurement comme extérieurement, et c'est vraiment pas gagné!



  4. -|- Martin dit :

    Difficile de faire des statistiques sur les cas concrets. Pour autant, je m'insurge contre la déclaration que les « râleurs appuient leur stratégie [qui s'avère] toujours efficace » dénoncée par do dans un commentaire précédent. En matière de statistiques, on pourrait en revanche en faire sur la fiction, notamment en étudiant les cas exprimés dans les livres, pièces, films. Dans le domaine médical, cela me fait penser à l'épisode du Dr House où, pour satisfaire — avec toute sa mauvaise foi — un râleur, ce cher Gregory s'est mis à dos tout le système policier et judiciaire. Pas sûr qu'il y ait eu un gagnant de quel que côté que ce soit...



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Do : Oui, le râleur joue sur la peur du scandale. Certaines enseignes et certaines personnes ne supportent pas en effet qu'on hausse le ton. C'est vrai aussi, on a peur de ce que le râleur peut faire (casser quelque chose, se mettre en danger, menacer quelqu'un d'autre, etc.). Le risque est faible mais réel, on ne peut pas l'ignorer. C'est pour cela que je pense qu'il faut vraiment qu'on prenne conscience de l'exemple qu'on donne aux enfants et de la pénibilité de notre attitude pour les autres.

    Martin : Tous les râleurs ne sortent pas gagnants, c'est vrai et c'est heureux ! Cependant, la grossièreté est un poids pour tous comme l'illustre ce billet qu'on m'a indiqué : Quel Spectacle!. Billet qui m'a laissée totalement atterrée...



  6. -|- Rikko dit :

    Soit, mais c'est tellement bon de râler !

    Par ailleurs, l'indigence des rapports des administrations avec les administrés étant la source du problème, râler n'est il pas finalement un acte civique ?

    Ne nous devons pas à nous même et à nos concitoyen de rappeler leur incompétence, leur impolitesse, leur stupidité et leur médiocrité à ceux qui, supposés à notre service n'arrive même plus à être au leur en faisant montre d'un total irrespect de la chose publique dont ils sont les volontaires représentants?

    Le respect est chose rare, je propose qu'il soit préservé pour ceux qui le méritent, ce qui exclu forcément les bureaux de poste, les commissariats de police et France Telecom... Na ! Et les coiffeurs... yen a marre d'être tondus... Non mais !



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