Bouton me file des boutons

Par Delphine Dumont, le 3 septembre 2011 | En bref

Parmi les morts qui parlent dans le livre « Sarko m'a tuer », on trouve Daniel Bouton, l'ex-PDG de la Société Générale. J'adresse bien sûr mes condoléances les plus sincères à sa famille. D'autant que ça ne doit pas être simple de vivre avec un zombie...

Nous avons donc là un spectre qui se lamente à longueur de page de la méchanceté de Nicolas Sarkozy. Méchanceté mortelle, notez.

Écoutons ses lamentations :

« Selon lui, il [Bouton, NDLR] ne prévient pas Bercy pour deux raisons : "la première, qui va énerver Sarkozy, c'est que la capacité d'un cabinet ministériel à tenir confidentielle une information est très limitée, dans tous les cas de courte durée. C'est structurel" »

« Seconde raison: si je préviens le ministère, je vais devoir gérer la ministre (Christine Lagarde) alors que j'ai autre chose à faire. »

Et, comme le ridicule ne tue pas, il s'enveloppe dans la cape du martyr : « En fait, j'ai offert au gouvernement français la possibilité de ne pas être mouillé dans ce qui aurait pu être une catastrophe »

Cerise sur le pudding à l'arsenic

« Le 28 janvier, le président de la République estime que l'affaire "ne peut rester sans conséquence s'agissant des responsabilités, y compris au plus haut niveau". "J'étais complètement sidéré. (...) Quand on m'apprend la teneur des propos, je ne suis pas très surpris, s'agissant de Sarkozy. (...) Il ne peut pas s'en empêcher, il a besoin de trouver un coupable; tout événement désagréable provient de l'erreur de quelqu'un" »

Source : Daniel Bouton règle ses comptes avec Sarkozy (L'Expansion.com)

Résumons si vous le voulez bien. Daniel Bouton préside une énorme banque. Au sein de cet établissement, un employé accumule des positions au point de mettre la Société Générale en danger, mais aussi tout un système économique. La menace est impossible à préciser tant, par un jeu de dominos, la catastrophe aurait pu être gigantesque.

L'employé aurait agi tout seul mais pas pour s'enrichir, juste pour mieux faire son travail, apporter des résultats encore plus impressionnants à ses chefs. Il y a, au minimum, un défaut de surveillance et un manque de garde-fous ; au maximum, un partage de responsabilité qui remonte très haut.

Qu'on le prenne dans un sens ou dans l'autre, il y a faute.

Rappelons aussi que Kerviel n'a rien perdu, c'est la liquidation précipitée des positions qui a provoqué les pertes de la banque. Seconde faute.

N'importe quel dirigeant japonais se serait fait seppuku pour moins que ça. Pas Daniel Bouton. Non, Daniel Bouton, lui, nie toute responsabilité avant de finir par partir en pleurnichant avec une misérable retraite d'un million d'euros par an. Son bilan n'avait pourtant rien de brillant...

Qu'après tout cela, il vienne encore se poser en victime dans un livre, ça me lève le cœur.

À moins que ce ne soit que le signe que les auteurs du livre aient été obligé de mettre du tout et du n'importe quoi pour mettre du contenu derrière le super titre qu'ils avaient trouvé, c'est possible aussi...

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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3 commentaires pour “Bouton me file des boutons”

  1. -|- Julien Appert dit :

    Ce n'est probablement pas le meilleur exemple de "meurtre" sarkozien, mais il y en a qui valent le coup. Je pense notamment à Dominique Rossi, le préfet corse qui a sauté à cause de l'invasion de la pelouse de Clavier. Si ce n'est pas un geste abusif je ne sais pas ce que c'est.



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Je n'approuve pas ce renvoi mais je ne le trouve pas totalement injustifié. L'amitié de Sarkozy et Clavier était notoirement connue, le patron des services de sécurité intérieure de la Corse aurait dû s'attendre à ce que l'acteur soit visé. Il semble d'ailleurs qu'il ait été informé et qu'il n'ait rien fait. Ce qu'il a d'ailleurs reconnu par la suite. Et, comme souvent en Corse, les choses ne sont pas aussi simples qu'on le présente. Apparemment, Rossi avait de... euh... bons amis comme le député Camille de Rocca Serra qui ont joué un rôle dans cette affaire.
    Ce bouquin est une enquête à charge basée sur des témoignages, ne l'oublie pas. ;)



  3. -|- Rikko dit :

    Panier de crabes ?

    Mayonnaise ?



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