Qui peut encore bien manger ?

Par Delphine Dumont, le 16 octobre 2011 | Tous concernés

[Disclaimer] Billet écrit à l'occasion du Blog Action Day mais que j'avais en tête depuis un moment. [Fin du disclaimer]

On a tous en tête ces images épouvantables des victimes de famine, leurs corps littéralement décharnés, les yeux immenses des enfants, leurs ventres gonflés, leurs regards éteints où subsiste le désespoir absolu. Ils n'attendent plus que la mort et, malheureusement, ils ont souvent raison.

Et pourtant, malgré cette vision omniprésente, la malnutrition ne concerne pas qu'eux, mais quasiment chacun d'entre nous.

« D'ici quelques années, on aura bouffé la feuille
Et tes petits enfants, ils n'auront plus qu'un œil
En plein milieu du front. Ils te demanderont
Pourquoi toi t'en as deux et tu passeras pour un con.
Ils te diront comment t'as pu laisser faire ça
T'auras beau te defendre, leur expliquer tout bas
C'est pas ma faute à moi, c'est la faute aux anciens,
Mais y'aura plus personne pour te laver les mains.
Tu leur raconteras l'époque où tu pouvais
Manger des fruits dans l'herbe, allongé dans les prés »
[Respire - Mickey 3D]

Combien d'enfants français de moins de dix ans aujourd'hui ont mangé des fruits allongés dans un pré ? Combien connaissent le goût du fruit qu'on a laissé mûrir à point et dont les saveurs ravissent le palais ? Combien savent qu'on pouvait autrefois garder des pommes de terre plus de dix mois sans qu'elles moisissent ?

Enfant qui mange une pêche - Photo de Bruce Tuten sur Flickr

Notre société de dingues a réussi l'exploit de créer une malnutrition chez les enfants des pays riches, c'est impressionnant ! Et ça ne concerne pas que les enfants pauvres, non, les riches mangent très mal aussi !

Les cantines scolaires se sont mises au bio sur ordre du gouvernement, c'est ce qu'on appelle du green washing, pas de la diététique. On a réduit le nombre d'aliments frits parce que, tout soudain, on a découvert que ce n'était peut-être pas très bon pour la santé.

Chaque année, la Semaine du Goût fait croire aux enfants et à leurs parents qu'ils ont le choix de bien manger. Les émissions télé sur le thème de la cuisine se multiplient au même rythme que les nouveaux fromages en tube, les desserts en fruits allégés en sucre et les plats à réchauffer aux arômes de saveur de quelque chose.

On n'a sans doute jamais autant parler de nourriture alors que sa qualité ne s'est jamais autant dégradée. Faire les courses demande soit de la résignation, soit un courage infaillible et une solide formation.

Je repense à la cuisine de ma grand-mère, aux produits de la ferme qu'elle allait chercher directement chez les producteurs, aux pêches et aux abricots que j'ai savourés, enfant, dans la Drôme et en Ardèche où je passais mes vacances et... soyons clairs, j'aurais beau me defendre, vous expliquer tout bas que c'est pas ma faute à moi, c'est la faute aux anciens...

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Photo : Bruce Titen - Flickr

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7 commentaires pour “Qui peut encore bien manger ?”

  1. -|- Rikko dit :

    Attafion attafion !

    C'est et c'est seumlementune question de volonté et d'organisation...

    Le coca qui fabrique des obèses et les plats tout préparés c'est la fracilité et cest des POISONS !!!

    Manger bien ne coute pas plus cher, il suffit de faire attention et de préférer les fruits et légumes de saison.

    En ce moment, c'est poires, pommes, choux, navets, carottes. Pas fraises et tomates !

    Faites un pot au feu (c'est vraiment très très simple à réussir) vous aurez des légumes, du bouillon (profitez en pour faire un cours d'orthographe à vos mômes en ajoutant des pâtes alphabet), de la viande de boeuf savoureuse et moins chère au kilo que les steacks faciles à cuire ! Il vous en retse ? Faites une purée et un hachis parmentier, vous trouverez sur internet bien plus de recettes qu'il ne vous en faut !

    La bouffe c'était pas mieux avant, c'est vous qui êtes devenu féneants! Quand je vois des gens acheter des carottes rapées à 7 euros le kilo je me dis que je vie dans un monde flemasses !

    BOUGEZ VOUS LE CUL !



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Pas d'accord du tout, mon beau pirate. Cet été, je n'ai trouvé que des tomates minables avec peu de gout et à prix d'or. Les autres fruits de l'été n'étaient pas mieux. Tu vas me dire que c'était dû au mauvais temps, tout ça, tout ça. Oui, mais non, l'été d'avant, ce n'était pas mieux, et celui d'avant, pas mieux non plus, etc.

    Cuisiner avec les fruits et les légumes de saison, c'est bien, tu as raison, mais quand ceux-ci n'ont aucun goût et une valeur nutritive purement théorique, ça ne fait pas avancer le schmilblick.



  3. -|- Rikko dit :

    Le conseil à Rikko : changes de fournisseur.

    Tu as raison, en plus des solicitations nombreuses et financièrement très armées des "fabriquants de bouffe dégeulasse mais prête en 2mn au micro ondes", il ya ce qu'il faut bien appeler la dégénérescence du goût des produits naturels (encore que naturel... cela devient discutable...).

    Je dirais donc que le principe de "produits de saison" doit être tempéré par "l'oportunisme de la ménagère"*. Faire les courses deviens uncalvaire, c'est aussi parce que nous prenons de mauvaises habitudes.

    La grande distribution nous laisse à penser qu'un caddie plein est un incontournable sociétal... c'est faux. Il vaut mieux arrêter son men quotidien en fonction de ce que la providence met sur votre chemin (c'est assez inspiré de l'oportinisme pirate... c'est vrai).

    Cette façon d'acheter en une seule fois est un frein puissant à l'oportunisme. Qu'elle me jette la pierre celle qui n'a jamais pensé : "tiens elles ont l'air bien ces courgettes... dommage j'ai déjà prévu ça pour ce soir... et ça pour demain et ça ... jusqu'à la St Glinglin..."

    Qui a dit que ce n'étais pas un effort de bien manger ?

    Si tu receherches des produits naturels savoureux, il vaut mieux aller au marché que chez Carrouf'....

    * Ne voyez rien de sexiste dans ce propos, c'est juste que si je dis "l'oportunisme du ménager" on va moins comprendre !



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    J'étais tellement absorbée à recopier l'annuaire que j'ai oublié de répondre à ce commentaire.
    Changer de fournisseur, je veux bien, mais encore faut-il avoir le choix. Quand on habite un petit village, qu'il n'y a qu'une supérette sur place et un supermarché à 6km, on fait comment ? Eh oui, on a beau habiter en pleine campagne dans un village, il peut n'y avoir ni fruits, ni légumes frais. Il n'y a pas de marché, il faut aller en ville pour ça (plus de 20km). Pour la viande, c'est pareil, elle vient parfois d'Irlande même si j'habite en Bourgogne, un comble, non ?



  5. -|- Rikko dit :

    Ma pôv Delphes !

    Je propose une organisation citoyenne à proposer à la mairie de ton bourg :

    Que les agriculteurs qui produisent des produits frais lèvent le doigt ! La Mairie met à disposition un véhicule qui fait la tournée d'y-ceux les producteurs et vends les dits produits sur la place du village. Cela généère de l'emploi, un peu de business pour les producteurs locaux et démarre une activité de vente de détail qui fera peut être des émules !

    J'dis ça... j'dis rien... mais ça peut marcher un marché !



  6. -|- Rikko dit :

    Et on ne dit pô de mal des [Rikko Quote un peu]viandes irlandaises,[Rikko a fini Quoter un peu] j'ai une tendresse particulière pour les celtes rouquines aux fragrances de sous bois... ouais ok... J'ai aussi une certaine tendresse pour la batave qui sent la mimolette et la suédoise qui embaume le saumon fumé, mais c'est pô le sujet....

    Par égard pour y-celle notre hôtesse, je passerais sous silence la belle bourguignonne bien qu'elle soit parfois fondue !



  7. -|- Patrizia dit :

    Moi, j'ai trouvé dans mon coin de Suisse à moi un panier bio livré chaque semaine à deux pas de chez moi dans mon bled où il n'y a qu'un supermarché qui ne connaît pas le bio. Dès lors, je n'achète pratiquement plus rien de la semaine et nous mangeons des légumes, des légumes, des légumes et... des fruits. Gouteux, mûrs et tout.
    Ce panier bio est né de la volonté de quelques âmes lasses de manger de la m... et des efforts de chacun des destinataires à payer un poil plus cher, mais pour des produits qui valent les deniers que tu verses. Le bio N'EST PAS TROP CHER. Ce sont les produits industriels qui le sont par rapport à leur médiocre qualité nutritive (sans parler de gustative). J'en parle ici si ça intéresse quelqu'un: http://essaipat.wordpress.com/2011/10/24/le-bon-marche-est-toujours-trop-cher-ou-son-prix-paye-par-quelquun-dautre/
    Indignez-vous! Bougez-vous le cul! Et faites la nique aux industriels! On bouffera tous mieux ;)



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