De la marche blanche et de son (in)utilité

Par Delphine Dumont, le 20 novembre 2011 | Tous concernés

Ce matin, au Chambon-sur-Lignon, des milliers de personnes défilaient en hommage à Agnès Marin, violée et assassinée par l'un de ses camarades d'école. Cette nouvelle marche blanche me laisse plus que perplexe.

La première marche blanche a eu lieu en Belgique en 1996. Les participants voulaient manifester leur émotion face à la mort atroce de Julie et Mélissa, mais aussi s'indigner face à la légèreté avec laquelle les disparitions d'enfant étaient traitées.

La forme de la marche blanche avait été choisie pour montrer son indépendance en ne reprenant ni les couleurs, ni les slogans de quelque association que ce soit. C'était une manifestation purement citoyenne à but revendicatif.

Enterrement d'un enfant - Albert Anker (Wikimedia)

Les dernières marches blanches que nous avons eues en France n'étaient que l'expression d'une émotion. Elles en perdaient à la fois leur force et leur utilité. Sans revendication, elles créent une communauté de sentiments éphémère mais ne débouchent sur rien, ni pour la société, ni pour les participants ou les spectateurs.

Les cérémonies d'enterrements religieuses ou civiles participent au travail de deuil et d'expression de la douleur. Elles sont indispensables pour intégrer la disparition de l'être cher et exprimer aux proches le partage de l'émotion.

Dans mon village paumé, l'an dernier, nous avons perdu notre maire qui n'était pas particulièrement aimé ou détesté. Son enterrement a été tellement suivi que la vie locale s'est interrompue toute une matinée et la rue de l'église a été totalement embouteillée, ce que je n'aurais jamais cru voir un jour. À plusieurs kilomètres à la ronde, tout un chacun s'est fait un devoir de participer à cette cérémonie. C'est la seule fois où j'ai vu ce village uni et c'était très émouvant.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, notre société a cru bon de rejeter ses codes et se trouve bien désemparée aujourd'hui. Je regrette l'époque où les mariages et les enterrements étaient prétextes à des défilés à travers les rues. On félicitait les novis et on souriait à la vue de leur bonheur dans le premier cas, les hommes otaient leur chapeau et chacun inclinait la tête dans le second. Aujourd'hui, il ne reste que des files de voitures klaxonnant à tout-va et d'autres bien silencieuses, mais nous sommes autant indifférents aux unes qu'aux autres.

L'émotion intense ressentie à la mort d'Agnès devait trouver à s'exprimer, je le comprends parfaitement. Malheureusement, aucune marche blanche ne pourra soulager ceux que cette mort révolte, pas plus qu'elle n'a pu aider ceux qui ont participé à la marche blanche après la mort de la fillette percutée par une camionnette de gendarmerie ou toute autre marche blanche récente.

On pourrait croire que ces marches blanches sont mieux que rien pour les populations touchées et c'est peut-être vrai. Pour certains, cette instant de communion sera suffisant et ils pourront continuer comme avant ou presque. Pour d'autres, cependant, on ignore quelles conséquences auront ces expressions incomplètes, imparfaites. Il ne faut pas que la frustration qui en découle inévitablement se cristallise en sentiments haineux et en volonté vengeresse.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Illustration : Kinderbegräbnis par Albert Anker - Wikimedia

Tweet

À lire aussi sur ce blog :

2 commentaires pour “De la marche blanche et de son (in)utilité”

  1. -|- effigy1 dit :

    tu sembles oublier bien vite toutes ces innombrables marches blanches qui n'avaient, elles que pour but d'essayer d'appaiser des communautés et SURTOUT d'éviter une escalade de manifestations de haine et de violence, chaque fois qu'une communauté était pointée du doigt, où une institution.
    mais sinon tu as raison :-)



  2. -|- Rikko dit :

    Mon médecin me prescrit de la marche tous les jours afin de ne pas me sédentariser plus que nécessaire et ne pas risquer la surcharge pondérale.... Mais pour la couleur... il a pô dit !



Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog
copyright © 2006-2012 Redacbox