Harcèlement de rue, rien à voir avec la drague

Par Delphine Dumont, le 1 août 2012 | Tous concernés

Le travail de la réalisatrice Sophie Peeters sur le harcèlement de rue provoque de nombreux débats sur le Net. Ce qu'expriment les victimes et l'incompréhension, voire le déni de certains montrent toute l'étendue du tabou.

Si vous ne l'avez pas encore vue, regardez d'abord l'extrait du documentaire réalisé par Sophie Peeters :

Sur Twitter, le hashtag #harcelementderue a été lancé afin de montrer l'ampleur du problème. De très nombreuses femmes témoignent soit en racontant leurs mauvaises expériences, soit en confirmant qu'elles connaissent trop bien le phénomène. Je vous invite fortement à aller lire les tweets avec ce hashtag, c'est très instructif à tout point de vue.

Parallèlement, il y a les inévitables abrutis qui nient la réalité ou qui invoquent la responsabilité de la victime (coiffure, vêtements, maquillage, quartier,...) et aussi ceux dont on ne sait pas trop s'ils ont un humour lourdingue ou une capacité de compréhension limitée. Exemple :

Tweet demandant la différence entre harcèlement et drague

J'en connais un qui va être content d'être mis comme ça en vedette...

Il y a aussi ceux qui ne sont ni abrutis, ni lourdingues, juste inconscients de la réalité qui les entoure. Mathieu Géniole en est un parfait exemple. Après avoir vu le film de Sophie Peeters, il a eu un tweet malheureux où il dit qu'il n'a jamais « vu aucune fille se plaindre d'avoir eu à subir le même traitement en France ». C'est d'ailleurs ce tweet qui a incité CrêpeGeorgette à inviter les femmes à témoigner de leur expérience du harcèlement.

Je me demande quand même comment Mathieu Géniole a pu ne rien voir. Il suffit de s'installer à une terrasse de café pour voir comment se comportent les hommes, surtout en groupe, la discrétion n'est pas leur fort.

Compliment ou harcèlement ?

Aux hommes qui se plaignent d'un soi-disant retour au puritanisme qui interdirait la drague, je voudrais juste rappeler quelques vérités.

Ce que montre Sophie Peeters n'est pas de la drague, même lourde. Les propositions scabreuses ne sont pas des tentatives de séduction mais une forme d'agression où le harceleur impose son désir sans le moindre respect pour la jeune femme.

Dire à une femme qu'elle a une jolie robe, une jolie coiffure ou une jolie démarche, c'est de la drague. Énoncer les actes sexuels qu'on a envie de pratiquer sur elle, c'est du harcèlement. Je pense qu'il ne faut pas une intelligence exceptionnelle pour comprendre la différence.

Culture du respect de la femme

Enfin, je vais prendre le risque de passer pour raciste (il est plus facile d'insulter que de réfléchir).

Dans les cultures méditerranéennes (au nord ou au sud de la mer), souvent on considère qu'une femme "bien" reste chez elle ou ne sort qu'accompagnée. Une femme seule est une femme de peu de vertu, il n'y aurait alors rien de mal à la harceler.

Cela ne fait pas de ces cultures, des cultures inférieures ou je ne sais quoi d'autre. C'est un aspect peu glorieux comme il y en a dans toutes les cultures. Il faut l'admettre pour pouvoir y remédier.

Cela étant dit, le harcèlement de rue comme le harcèlement sexuel sur les lieux de travail ou la violence conjugale concerne toutes les cultures et tous les milieux. Il est essentiel que les parents éduquent leurs enfants dans le respect de l'autre, quel qu'il soit, que les femmes brisent le tabou et témoignent de ce qu'elles vivent, que les petites filles soient élevées dans l'idée qu'elles ont le droit au respect, le droit de dire non et qu'elles sont les égales des garçons.

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8 commentaires pour “Harcèlement de rue, rien à voir avec la drague”

  1. -|- regardnaif dit :

    Je vous remercie d'avoir choisi ce tweet plutôt qu'un des suivants plutôt scabreux.

    J'avoue ne pas être contre une bonne éducation, même si elle ne peut prévenir la mésaventre survenue à Patton: casser la gueule d'un mari qui emportait sa femme souffrante dans une voiture pour la simple raison qu'il (Patton) croyait à un enlèvement.



  2. -|- Rikko dit :

    C'est très compliqué comme problématique car on confronte un problème de sensibilités de deux personnes qui ne se connaissent pas et ne savent donc pas ce qui est choquant ou pas pour l'autre (problème curseur), avec une amplitude impressionnante depuis : "excusez moi mademoiselle, je suis perdu pourriez vous m'aider?" à "Tu baises ?".

    De fait, pour entamer la conversation, il vaut sûrement mieux proposer une approche galante (ou sournoise) plutôt que trop directe.

    Il est quand même important de voir que dans un monde ou il y a trop de femmes qui cherchent l'âme soeur, on en vient à interdire pour cause de harcèlement les approches les plus simples... Je pense que ces messieurs gagneraient à être moins cons et que ces dames gagneraient à être de même (parfois seulement car c'est bien connu, les femmes sont plus maligne).

    Alors je dis attention, à force de restreindre les possibles rencontres, parce que du coup on aseptise et on interdit au nom de la liberté (légitime) de la femme, on pends le risque de faire le jeu des marchands de rencontres....

    Donc, si je suis d'accord sur la lourdeur des uns, je mets les autres en garde.... Un garçon qui vous dis bonjour avec un grand sourire n'est pas toujours un pervers collectionneur de petite culottes(à par moi bien sûr, mais moi avec mon bandeau sur l'oeil et mon crochet, c'est plus compliqué !).



  3. -|- Rikko dit :

    Et par ailleurs je suis sûr qu'à force de ne pas parler néerlandais, on perd beaucoup du sens du doc !



  4. -|- Dimitri dit :

    Cher Rikko.
    Les femmes qui marchent dans la rue ne sont pas toutes à la recherche de l'âme soeur. Parfois, elles sortent acheter du pain, vont simplement marcher, ou rejoignent une destination. Il existe un certain nombre de contexte adaptés à la séduction. La rue, c'est assez inapproprié, souvent.
    La liberté fondamentale que tu prétends défendre, c'est selon moi, plutôt, la liberté de circuler en paix, et d'être d'abord considéré comme un individu égal à un autre plutôt que d'être perçue d'emblée comme une proie ou une paire de fesse. Si tu pouvais juste faire preuve d'empathie, et vivre une fois ce genre de situation à la place d'une femme, je pense que tu changerais radicalement d'avis. Je suis un homme, marié, père de deux filles, et pour séduire ma femme, je ne me souviens pas l'avoir ni insultée, ni agressée, ni poursuivie sur un trottoir. Je t'assure qu'on peut avoir une sexualité épanouie sans avoir recours à la force brute, à la drague maladroite ou aux vannes de merde. Si tu veux être aimé, soit aimable. Si tu veux exprimer rapidement tes pulsions, fait du sport ou va aux putes qui sont, elles, de vraies femmes malignes. Tente le coup.
    Sinon, être galant et sournois, ce n'est vraiment pas la même chose : c'est même l'inverse.



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Rikko : Tu recommences à minimiser la réalité, comme sous mon billet sur la première fois où on m'a mis la main aux fesses. Il n'y a rien de drôle là-dedans, c'est vraiment lourd à vivre. Je sais que tu n'es pas un imbécile et que tu as surtout voulu faire de l'humour mais, là, ça ne me fait pas rire.

    Dimitri : Merci pour ton commentaire. Rikko est un pirate pas toujours très fin mais pas un abruti, je suis sûre qu'il recevra ton message 5/5. :)



  6. -|- couliine dit :

    j'appppppprouve ce billet...il y a des endroits quand je marche je prend mes yeux de tueuses parce que je sais ce qui m'attend Chatelet est réputé pour ça entre autre...pffffffffff



  7. -|- Rikko dit :

    Message reçu ... Et pan sur mon bec...

    Soyons donc plus clair : "la rue est inapproprié aux rencontres", je ne suis pas d'accord, on peu rencontrer quelqu'un n'importe où, mais rencontrer ne veut pas dire attaquer, harceler, violer. Je ne cherche pas à contester l'égalité homme femme, je ne justifie pas les incivilités dont sont victimes les femmes, je ne considère pas la rue comme un "terrain de chasse". Ce que je dis, c'est qu'à force de vouloir trouver des solutions auprès des pouvoirs publiques, on fabrique des états totalitaires. La responsabilité de chacun ne se d&délègue pas aux politiques et aux médias.

    Comme notre chère Delphes le résume bien (elle me connais bien cette bougresse) j'ai trop légèrement laissé trainer quelques profanation de vocabulaire (galanterie/sournoiserie, femme/maligne)à seule titre de provocation... je vois que ça marche bien merci...

    Je vois aussi chère Delphes que tu n'aimes pô quand je traite des faits de société avec légèreté et que tu n"as pas digéré "la main aux fesses". Ya pô de prescription en matière de légèreté ?

    Le fait que j'ai du mal à garder mon sérieux devant les pires tracasseries de la société ne fait pô de moi un monstre urbain... Si ?

    Je me méfie toujours et systématiquement de ceux qui veulent interdire. Et cela quand bien même je me l'interdit moi même. Si j'ai d'aventure mis la main aux fesses d'un nana dans la rue, ben c'étais ma femme, et si j'ai sifflée une femelle dans la rue, c'étais la chienne de ma mère...

    Quand à l'empathie, vaste sujet... J'ai de l'empathie pour les jeunes filles qui me dévorent des yeux parce que je suis irrésistible... On va dire que c'est ma faute ça aussi ?



  8. -|- couliine dit :

    wahou delphine tu as réveillé le pirate qui sommeille!!!!



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