L’euthanasie pour les enfants

Par Delphine Dumont, le 7 février 2013 | Tous concernés

Je viens de lire cette dépêche sur l'euthanasie où j'apprends qu'il est question, en Belgique, d'ouvrir l'euthanasie aux adolescents de 15 ans. Il serait dommage de s'arrêter en si bon chemin, cela pourrait même aller jusqu'à tout mineur « réputé capable de juger raisonnablement ».

J'en ai déjà parlé, j'ai vécu avec mon fils, un très long parcours pour le sortir de ses murs. Cela m'a amenée à fréquenter des dizaines de fois des services de pédiatrie divers et variés. Nous nous sommes ainsi plusieurs fois retrouvés dans des services où les parents d'enfants cancéreux venaient avec leurs petits malades pour recevoir un soutien psychologique officiel.

Combien d'adorables petites têtes chauves ai-je vues ? Je ne saurais les compter. Et, pour chacune d'elle, un ou deux parents perdus et inquiets. Leurs enfants recevaient cette souffrance de plein fouet et cela ne faisait que s'ajouter à leurs propres interrogations.

Je me souviens de cette mère avec qui j'avais sympathisé. J'avais eu honte de lui dire que mon fils à moi n'était pas en danger de mort immédiat, que le problème était autre. Je voyais son regard sur son petit, cherchant en elle le pouvoir de lui rendre la santé. Si elle avait pu se trancher les veines pour que son sang, en se répandant, sauve son enfant, je sais qu'elle l'aurait fait, là, tout de suite.

Le petit garçon courait dans la grande salle d'attente, passant d'un jouet à l'autre avec des cris joyeux. Comme n'importe quel autre enfant. Je n'avais pas pu m'empêcher de sourire en le voyant. Sa mère avait alors lâché dans un murmure : « Il est en rémission, mais... » et elle me regardait, espérant de moi un miracle, une parole qui la sauve, je ne sais pas. Je lui ai pris la main et je n'ai su que dire « Les enfants sont plus forts qu'on ne croit. ». Je le pensais, bien sûr, mais je sentais aussi à quel point c'était insuffisant. Cela lui a quand même fait du bien et elle m'a serré la main très fort avec un vrai beau sourire.

Je ne les ai plus jamais revus, je ne sais pas si ce petit garçon a guéri, mais je pense très souvent à eux.

Aujourd'hui, lire qu'on envisage l'euthanasie pour les enfants me rappelle ce moment. J'ai senti toute la fragilité de cette mère, à quel point elle était influençable, perdue dans sa douleur.

Je sais qu'il existe des cas dramatiques où la guérison est totalement improbable, où la douleur est trop intense pour être calmée. J'ai pu voir des parents perdus, comment peut-on imaginer qu'un enfant terriblement malade, qui perçoit en plus le désespoir de ses parents, soit « capable de juger raisonnablement » ?

J'ai pour principe de me battre sans jamais lâcher, même si la cause semble perdue, et je m'en suis toujours bien trouvée. Je suis horrifiée par ce projet de modification de loi sur l'euthanasie et terrifiée aussi à l'idée qu'on l'importe en France. Quel sera le prochain cran ensuite ?

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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