L’histoire de mon chevalier (2)

Par Delphine Dumont, le 24 janvier 2014 | Famille |

[Disclaimer] Si vous avez manqué le début, lisez d'abord L'histoire de mon chevalier (1), sinon vous n'allez rien comprendre.

Nous en étions au moment où je m'étais résolue à choisir l'instruction à domicile, faute de solution pour mon fils. Je tiens à souligner que, si j'ai beaucoup de reproches à faire à l'Éducation nationale, je ne rejette en aucune façon l'école en tant qu'institution. Je me réjouis que, dans notre pays, chaque enfant puisse avoir accès à l'enseignement. C'est d'ailleurs parce que je considère que l'école est une chance énorme pour un enfant que j'en attends tant et que je suis si en colère contre ceux qui la massacrent.

Assez digressé, revenons-en à l'histoire de mon chevalier de fils. Il a donc 7 ans et quelques mois quand nous débutons. Je ne sais plus comment, j'ai eu l'adresse d'une association qui aide les parents qui veulent instruire leurs enfants à domicile. Je les appelle et je tombe sur un hippie très rigolo et très sympathique. Nous discutons longuement, à plusieurs reprises, il m'envoie d'énormes paquets de documents. Dedans, il y a des adresses, des conseils pédagogiques, une liste incroyable de livres qui pourraient m'aider, etc. Je regrette d'avoir perdu tout cela dans un incendie, ça m'a vraiment été très précieux !

Des débuts hésitants mais prometteurs

Comment enseigner à un enfant qui n'écrit pas, parle peu (pendant les cours) et ne dessine pas. On ne sait pas ce qu'il retient. J'ai donc essayé plusieurs méthodes, certaines que j'ai trouvées dans des livres ou les docs du hippie (pardon à lui, j'ai oublié son nom), beaucoup que j'ai inventées.

J'ai ainsi écrit des petites leçons que nous chantions en nous promenant. Celle qu'il a le mieux retenue, c'est celle-ci :

« Compléments circonstanciels :
Où, pourquoi, comment et quand.
Ils peuvent être déplacés
Ou bien même supprimés. » (sur l'air d'une marche militaire)

Pour l'amener à dessiner, j'avais inventé une bataille de traits. Il devait tracer une ligne, ce qui ne l'effrayait pas, et j'ajoutais brusquement en riant un grand trait en travers. Il se prenait au jeu et tentait de repousser mon crayon avec le sien et nous aboutissions à un gribouillis multicolore dans de grands éclats de rire. Peu à peu, il a compris qu'il pouvait tracer autre chose que des lignes sans que le ciel lui tombe sur la tête.

Il s'est mis à dessiner des véhicules et des paysages, mais les personnages et les animaux ne sont venus que beaucoup plus tard. Cela lui a aussi ouvert la voie de l'écriture. C'était compliqué mais, enfin !, il écrivait !

Parallèlement, sa passion pour la construction et la mécanique s'est aussi traduite par une fascination pour les chantiers et en particulier, les engins de chantier. Je lui achetais donc BTP Mag et, plus tard, Forum Chantiers. Bien sûr, je les lisais afin qu'on puisse en discuter et, surtout, qu'il ne soit pas isolé dans son univers. J'ai appris beaucoup de choses sur les enrobés, les pelles mécaniques et les techniques de soubassement, entre autres 

Cette passion a été une grande chance pour mon fils car elle l'a incité à aller vers les autres. Il a posé des questions à des chefs de chantier et des vendeurs en modélisme. Tous ont bien sûr été sidérés par l'ampleur de ses connaissances et la plupart ont pris le temps de lui répondre avec respect.

Je l'emmenais aussi chez les revendeurs ou loueurs d'engins de chantier pour avoir des plaquettes publicitaires et, là aussi, il pouvait parler des qualités de tel engin comparées à celles de tel autre.

Quand il faisait beau, je l'emmenais chaque soir au parc afin qu'il retrouve des enfants de son âge. Il créait des chantiers avec du sable et des gravillons, les autres enfants venaient se joindre à son jeu et, tant qu'ils respectaient les consignes, ils étaient les bienvenus. Si cela n'allait pas, il se levait et allait débuter un autre chantier plus loin.

Chaque mercredi et durant toutes les vacances scolaires, il allait au centre de loisirs. Cela me permettait de mesurer ses progrès. Chacun d'entre eux était une énorme victoire et me confirmait que j'allais dans la bonne direction.

Sa sœur est née alors qu'il venait d'avoir douze ans. Ça a été une énorme joie pour lui, il a immédiatement adoré cette jolie rouquine qui le faisait parfois tourner en bourrique. Ça a aussi été un formidable booster et il a fait d'énormes progrès très rapidement. Il s'est ouvert au monde d'une façon stupéfiante, même s'il fuyait encore le regard des autres, a affronté un grand nombre de ses peurs, etc.

Pour ma part, je sentais que j'arrivais au bout de mes compétences, qu'il était temps de trouver une solution pour le rescolariser. Nous sommes repartis pour des consultations de spécialistes en tout genre. Ces épisodes auraient pu être drôles s'ils avaient été moins violents.

On me recommandait toutes sortes de solutions absurdes dont plusieurs types d'enfermement physique ou chimique. Je les ai bien sûr repoussées avec horreur. Nous étions baladés entre les pédo-psys qui affirmaient que mon fils était autiste et les spécialistes de l'autisme qui m'envoyaient sur les roses avec de charmants « Vous me faites perdre mon temps, votre fils n'est pas autiste ! ». Connards. Enfoirés de merdes de connards.

Une fois où je refusais ces solutions, un médecin m'a lancé : « Je ne comprends pas, vous seriez pourtant débarrassée !… ». Connard. Enfoiré de merde de connard.

Une autre de ces charmants spécialistes m'a balancé un « Et bien, démerdez-vous ! ». Je lui ai répondu calmement « Comme d'habitude… ». Ça ne lui a pas plu et elle m'a presque jetée hors de son bureau. Connasse. Enfoirée de merde de connasse.

Ces réponses sont inacceptables. Beaucoup d'autres parents que j'ai croisés dans ces services ou au dehors m'ont confirmée que j'étais loin d'être la seule à subir les humeurs de ces abrutis. C'est scandaleux, c'est un coup de plus dans le parcours d'un parent qui se bat pour un gamin et on s'en passerait aisément, mais le cuir s'endurcit et ça passe. Connards quand même.

Bien sûr, il y a eu aussi des praticiens dignes et respectueux qui ont su avouer leur impuissance et me soutenir dans mes démarches. Ceux-là, je les remercie profondément, je regrette d'avoir oublié leurs noms, j'aurais aimé pouvoir les citer.

Après une tentative catastrophique de rescolarisation, tout un processus s'est mis en route et cela a conduit à une excellente solution.

Les autres épisodes de cette histoire :

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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