L’histoire de mon chevalier (3)

Par Delphine Dumont, le 24 janvier 2014 | Famille |

[Disclaimer]Ce billet est le troisième épisode de la saga de mon chevalier. Elle débute avec L'histoire de mon chevalier (1) et se poursuit avec L'histoire de mon chevalier (2).

Une rescolarisation réussie

Après avoir passé des tests, mon fils avait été jugé apte à entrer dans un lycée professionnel pour y passer un bac pro en je-ne-sais-plus-quoi-en-rapport-avec-les-chantiers. Cela s'est très, très mal passé. Les petits durs qui y régnaient n'ont fait qu'une bouchée de lui. On a donc tenté de l'inscrire dans une 3e classique en collège mais l'équipe pédagogique était totalement nulle (doux euphémisme, hélas !). Heureusement, ça n'a été qu'un mal pour un bien. Ce désastre a enclenché une nouvelle procédure qui a abouti à une excellente solution (je sais, je l'ai déjà dit dans le billet précédent, c'est pour voir si vous suiviez).

Tout d'abord, une psychologue lui a fait passer une batterie de tests psychomoteurs qui ont révélé son très haut QI. Depuis des années que je demandais qu'il passe ces tests et que je clamais à tout vent qu'il était précoce, j'ai été aussi surprise que si on m'avait dit que l'eau mouillait. Il faut vous dire qu'il y avait eu de très, très, très, très nombreux signes. Par exemple, à l'âge de cinq ans, mon fils m'a demandé la différence entre la pesanteur et la gravité. Une interrogation classique à cet âge.

Les brillants spécialistes n'avaient jamais voulu entendre l'hypothèse de la précocité et me répondaient comme si j'étais une pauvre femme qui cherchait à exister à travers son fils. Je remettrais bien une bordée d'injures mais je crois que vous avez perçu le concept.

Le diagnostic posé, on pouvait enfin avancer. Mon fils a donc été scolarisé dans une 3e UPI qui venait de se créer. Elle était consacrée aux enfants qui avaient eu un parcours scolaire atypique (déménagements fréquents, par exemple) mais aux aptitudes normales. Mon fils a bénéficié d'une auxiliaire de vie scolaire car il souffrait toujours beaucoup de sa dysgraphie.

Petit aparté : la dysgraphie est relativement fréquente chez les garçons précoces, le cerveau va plus vite que la main et ça fout la zone. Si la précocité avait été diagnostiquée plus tôt, on aurait pu agir avec moins d'efforts. Fin de l'aparté.

Parallèlement, je suis entrée en contact avec une association de parents d'enfants précoces. J'ai eu une jeune femme charmante au téléphone (oui, j'ai aussi oublié son nom) qui m'a donné les coordonnées d'une thérapeute spécialisée dans l'aide aux enfants précoces.

Lors de la première séance (très longue, plus d'une heure et demie), la thérapeute a amené mon fils à s'ouvrir vraiment au monde. Il a accepté de rencontrer son regard, puis celui des autres. En une seule séance, elle a réalisé un travail fantastique. J'ai vu le miracle s'accomplir sous mes yeux. Je ne peux pas y repenser sans en frémir de bonheur.

Entre l'UPI et la thérapie, mon fils a retrouvé le chemin de l'école. Il a pu intégrer un lycée et passer son bac avec succès. Malgré mes suppliques, il a refusé de faire des études sauf certains cursus qui n'étaient pas accessibles à proximité. S'il conçoit aisément de vivre seul (et y aspire), il ne veut pas vivre loin de sa sœur et de moi.

Entre temps, il s'est pris de passion pour l'informatique, Linux en particulier. Il a rejoint plusieurs associations et se forme tout en aidant d'autres personnes. Il bosse aussi de temps en temps en intérim selon les opportunités. Il a entamé une formation Afpa mais, faute de formateur compétent, a abandonné au bout de quelques mois. Là où d'autres auraient profité d'être au chaud et payés, lui a claqué la porte, ne supportant pas qu'on lui fasse perdre son temps. C'est un épisode qu'il a d'ailleurs très mal vécu.

En conclusion, ça reste compliqué pour lui. Ses extraordinaires capacités sont un don qu'il doit comprendre. Cela lui permet d'apprendre beaucoup de choses sans effort, mais ça ne le dispense pas d'efforts sur d'autres points. Ainsi, il lui arrive souvent de trop se fier à son incroyable mémoire et d'oublier des choses. Il a du mal aussi à respecter une consigne s'il n'en voit pas l'intérêt. Ces points s'améliorent mais un employeur ou un formateur doit les comprendre pour travailler avec lui.

Globablement, il va très bien. C'est un passionné, il lui arrive d'avoir de gros coups de déprime ou de colère. C'est rare et ça passe aussi vite que ça lui vient, mais ça reste impressionnant. Ses relations avec les autres sont parfois un peu compliquées car il ne comprend pas toujours ce que les gens attendent de lui, mais, généralement, il sympathise facilement. Beaucoup de gens sont séduits par sa personnalité et son envie de communiquer ses passions. Il peut saouler son interlocuteur plus sûrement qu'une bouteille de vodka, mais on ne m'a pas rapporté le moindre cas de gueule de bois.

Dans le billet suivant, je lui laisse la plume le clavier pour qu'il vous raconte son point de vue. Attention, second degré en approche !

Tous les épisodes de cette histoire :

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

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