Le cimetière, ce désert

Par Delphine Dumont, le 18 février 2015 | Tous concernés |

Il semble que la profanation de cimetière soit devenue le nouveau sport à la mode. Il y a plusieurs versions : gratuite, religieuse (avec une prime à l'antisémitisme), sataniste, alcoolisée, etc. Il y a aussi la variante de l'atteinte au monument aux morts qui est souvent placé près du centre-ville, c'est commode. Particulièrement lâches, ces délits en disent long sur notre société.

Lors d'un reportage sur la profanation du cimetière catholique de Tracy-sur-Mer, une dame déclarait qu'on ignorait la date des faits, le cimetière étant rarement visité. Les Français abandonnent leurs morts, de gré ou de force. Parfois, c'est un déménagement qui éloigne des tombes de nos chers disparus, je suis moi-même à 500 km de la tombe de mes parents. Parfois, c'est la simple paresse, on n'y va plus que pour les enterrements, voire pour la Toussaint.

Ma grand-tante a longtemps fait partie de ces bénévoles qui venaient plusieurs fois par semaine entretenir les tombes et préserver la netteté du cimetière. Je l'ai accompagnée à plusieurs reprises lorsque je passais des vacances chez elle. Mieux que n'importe quel cours d'instruction citoyenne, ma grand-tante m'inculquait le respect des morts, de leurs sépultures et la nécessité de ne pas attendre que tout vienne des autres.

Cimetière de Rully (Oise) - Photo : Pierre Poschadel

Petit à petit, nous avons perdu cette implication personnelle ou plutôt l'indifférence de quelques uns est devenue générale. Pompiers, facteurs et autres représentants de l'État sont attaqués, et pas seulement dans les pires cités, mais nous laissons faire. Les poubelles des villes sont pleines ? Bah, on jette au sol ! Mamie a du mal à porter son cabas à provisions ? Dommage, Mamie !

Même dans un petit village, je peux en témoigner, nous vivons les uns à côté des autres mais sûrement pas ensemble. Bien sûr, certains sont bien pires que d'autres, bien sûr, tous les enfants n'insultent pas leur instituteur, bien sûr, bien sûr…

Cependant, si, au lieu de compter les délits et incivilités dont nous ne sommes pas coupables, nous comptions les actes civiques que nous accomplissons souvent, nos actes de solidarité (pas une cotisation à SOSRacisme, ça ne compte pas), le nombre de fois où nous avons tendu la main, quel est notre score ?

L'abandon des cimetières n'est que l'une des facettes de notre indifférence sociale. Le lieu perd son caractère sacré et devient un terrain de jeux pour les imbéciles.

D'autres facteurs entrent bien sûr en compte dans le phénomène comme, par exemple, le laïcisme agressif qui amène certains à désacraliser les symboles religieux ou à ridiculiser la parole des pasteurs.

Tout cela n'exonère en rien les coupables de leur responsabilité, cela ne constitue pas le début d'une ombre de circonstances atténuantes, mais cela doit nous amener à réfléchir sur ce qui, pour nous, est sacré, ce que nous voulons préserver, la société que nous voulons transmettre à nos enfants.

Cessons de déplorer, agissons ! Levons-nous pour laisser la place dans le bus à ceux qui en ont besoin, grondons les enfants qui escaladent le monument aux morts, redressons les pots de fleurs des tombes d'inconnus… Bref, semons une meilleure société !

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]
Photo : Pierre Poschadel - Wikimedia.

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