Avant que vous m'incendiiez2, je m'explique. D'un coté, on a un gouvernement qui voit une opposition à un projet déjà voté et qui est donc, d'une part, pris au dépourvu3, d'autre part, peu décidé à revenir sur un projet complexe, difficile, voire impossible à modifier. Impossible parce que la moindre modification entraînerait un nouveau vote donc un report de l'application et il faut que l'application intervienne au plus vite sinon, politiquement, elle devient totalement inutile.

De l'autre coté, on a des partis d'opposition qui... euh... qui s'opposent. Ils ne proposent rien, n'ont pas trouvé de solution ni quand ils étaient au pouvoir, ni aujourd'hui, qui ont conduit partiellement à la situation actuelle4. Ils bougent leurs pions, concentrés essentiellement dans le monde de l'éducation (profs, lycéens, étudiants), font des grandes déclarations dans les médias, mais tout cela reste terriblement superficiel. Les socialistes ne sont pas stupides, ils savent très bien qu'il n'existe pas de vraie solution magique et qu'il n'y a pas de vrai argument qui tienne la route face au CPE. Non pas que ce texte soit parfait5, mais ça vaut le coup de tenter l'expérience. Cependant, constatant avec une surprise ravie que le mouvement lycéen/étudiant prend bien, la gauche nous fait le coup de l'opposition indignée, c'est toujours bon à prendre... :')

Je ne m'étendrais pas sur le mouvement lycéen/étudiant. J'ai écouté et lu beaucoup d'entre eux. Parfois, ils énoncent des contre-vérités (forcément, on ne peut pas n'avoir jamais travaillé _et_ connaître le monde de l'entreprise), parfois, ils expriment des choses graves, réelles et sérieuses mais qui n'ont qu'un rapport lointain avec le CPE. Bref, parce que je les respecte et que je les trouve plutôt mignons quand ils jouent les révolutionnaires6, je ne dirais rien sur eux. Je ne dirais pas non plus qu'ils sont manipulés, bien que je pense qu'ils ne bénéficient pas d'une information impartiale et exacte.

Je veux juste dans ce billet, énoncer quelques réflexions personnelles, c'est un peu le but du blog, non ? ;)

Il n'y a pas d'opposition au CPE

Waouw ! J'en vois qui bondissent ! Quelle forme ! :D
Je m'explique. Ce qu'on entend lorsqu'on écoute les opposants, ce n'est pas le refus de ce contrat, mais la crainte du chômage. Qui se soucierait de pouvoir être licencié à tout moment s'il savait pouvoir être réembauché dans la semaine, voire le jour même ? En Grande-Bretagne et au Québec, c'est courant et personne ne peut brandir sérieusement le spectre du chômage, ça ferait rire même les plus peureux.

Que l'on craigne le chômage qui est aujourd'hui, en France, synonyme de misère, de désespoir, de sacrifices multiples (logement, voiture, vacances,...), quoi de plus normal ?! Et si on prenait conscience qu'il n'existe plus ces "emplois à vie" qu'ont connu nos parents ou/et grands-parents et qu'il est inévitable que l'on traverse une ou plusieurs périodes de chômage ? Si ces périodes étaient l'occasion de souffler entre 2 postes, donc d'enrichir sa formation, de réfléchir sur son plan de carrière, etc... Le chômage serait une chance et non plus une malédiction. Mais je ne dis pas qu'il faut redorer le chômage, lisez-moi jusqu'au bout, merci7, je dis qu'il faut revoir notre conception de la vie professionnelle et, avant tout, redonner une individualité aux gens.

Redonner une individualité aux gens ?

Il faut arrêter de mettre les gens dans des cases et ce, dès l'école. Les enfants doivent être acceptés comme autant de personnalités différentes, chacun avec ses difficultés et ses atouts. J'ai deux enfants un peu hors normes, comme leur mère... :). Pour chacun d'eux, il s'est trouvé une ou plusieurs personnes pour dire ce qu'on avait déjà dit à ma propre mère : "Ïls ont beaucoup d'atouts, ils sont intelligents, vifs et créatifs, ils aiment apprendre, mais il faut qu'ils changent, ils ne rentrent pas dans le moule et plus ils vont grandir, plus ça va coincer...". Que répondre ? Il faut abrutir les enfants pour qu'ils rentrent dans le moule ???

Si on étudie les civilisations tribales, on voit très vite que la répartition des tâches se fait en fonction des aptitudes de chacun : les plus vifs seront chasseurs, les plus cérébraux, sages ou guérisseurs, etc... Pouvons-nous prétendre avoir progressé si nous nous réduisons à une civilisation de robots sans âme ? Bien sûr que non ! Il faut donc repérer les atouts et les faiblesses de chaque enfant afin de lui offrir un parcours scolaire optimal, puis une orientation adéquate. Par exemple, pourquoi met-on les mauvais élèves en section bâtiment ? D'une part, le monde regorge de cancres géniaux non repérés par leurs professeurs, d'autre part, comment se plaindre de la mauvaise qualité des constructions si on n'envoie en formation que des jeunes en échec et qui n'ont pas choisi cette filière ? Comment espérer que ces jeunes s'accrochent, travaillent et s'en sortent dans des conditions pareilles ???

Pour ceux qui suivent leur scolarité sans difficultés particulières, l'accès aux longues études s'ouvre. Malheureusement, les diplômes ne sont plus synonymes ni de bon emploi, ni même d'emploi tout court ! En partie, parce que certains font des études sans motivation, juste parce qu'il le faut, sans savoir précisément quel secteur professionnel les attire, etc... Vous pouvez vous amuser à demander autour de vous si la formation d'origine correspond avec le métier actuel. Je le fais souvent et je constate que c'est le cas parfois, exceptionnellement, mais plus souvent, les gens bifurquent brutalement au cours de leurs études, juste après ou au cours de leur carrière. C'est courant, ce n'est pas une exception française. Ce qui est différent en France, c'est que les étudiants croient sincèrement travailler dans le domaine qu'ils ont choisi d'étudier et du coup, se ferment totalement au reste du monde professionnel. Or, c'est la curiosité, l'ouverture d'esprit et les rencontres qui font réellement les carrières.

A l'ANPE, on continue sur le même mauvais chemin. Allez vous inscrire comme manutentionnaire8, même si vous n'avez aucune des qualités qui feront de vous un bon manutentionnaire, l'ANPE s'acharnera à vous chercher ce type d'emplois. Quand y aura-t-il étude de la personnalité, recherche des lacunes et des dons ? Je sais, c'est régulièrement annoncé. Dans les faits, il n'en est rien. Pourtant, les boîtes d'intérim le font, elles... Et elles forment également, elles... Sans doute parce que ça répond à une nécessité... Non ? :)

L'inspecteur mène l'enquête

Je ne prétends pas que le taux de chômage actuel provient uniquement de cette inadéquation entre les formations et les offres, ou de cette gestion globale des êtres. Ce ne sont que des facteurs aggravants.

D'ailleurs, la recherche du coupable du chômage fait partie des choses qui m'énervent le plus. La gauche dit "c'est la droite", la droite dit : "c'est la gauche", le patronat accuse les syndicats qui leur retournent le compliment, les alter-mondialistes pointent les délocalisations et les fonds de pension, etc... Attendez... On est dans un épisode de Derrick à chercher LE coupable, là ? Et si... Mince ! et s'il y avait plusieurs causes ???? Aaaarggghhh !! Non, pas ça ! Ca nous obligerait à arrêter de cracher sur les uns ou les autres et donc à rechercher vraiment des réponses !... :o)

En résumé

En résumé, je dirais que les limites d'un système absurde sont atteintes. Un camp préfère bloquer toutes les initiatives de l'autre camp, plutôt que de réfléchir aux opportunités qui pourraient être créées par ces initiatives. Cette façon d'agir me fait penser à celle d'un juge d'instruction récemment mis en vedette. Le camp adverse (alias le mis en examen) a forcément tort, n'est pas digne de confiance et n'est capable que du pire... Quand sortirons-nous du manichéisme et ferons-nous l'effort d'écouter tous les arguments, vraiment tous ? En attendant que les politiques aient fini leurs pitreries, il y a des gens dans la merde (tout autre mot serait un euphémisme) et il serait bon qu'on essaye vite quelque chose !

Merci à ceux qui m'auront lue jusqu'au bout. :)

Delphine Dumont
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