C'est tout d'abord un excellent billet de Koz qui m'a fait réagir. Intitulé "Interdit sur une poule, permis sur une vache", ce billet parle de pornographie et, entre autres, de zoophilie. Le titre explique les limites autorisées pour les relations sexuelles homme/animal. On comprend à quel point, le législateur a voulu préserver les bêtes des conséquences désastreuses de cette pratique. C'est vrai, c'est important, je ne le nie pas. Je ne rierais pas du tout de voir un chiot ou un porcelet déchiré vif pour le plaisir d'un pervers. Je me souviens d'ailleurs n'avoir guère éprouvé de compassion pour cet homme mort d'avoir voulu être pris par un étalon.

Koz est lui-même parti de deux articles. Le premier est un article de l'Express : Nés sous le X par Jean-Sébastien Stehli. Les questions des enfants à propos du sexe sont tout bonnement terrifiantes de crudité, de déshumanisation du sexe. Ce que l'article ne dit pas, c'est la vraie attente derrière les questions. Les enfants demandent-ils qu'on leur explique le terme ou ont-ils besoin de parler de ce qu'ils ont vu ? Jamais ils n'iront dire : "J'ai vu quelque chose qui me dérange, qui me fait peur, peut-on en parler ?". Leurs interrogations doivent donc être particulièrement écoutées. Ça paraît évident mais c'est toujours bon de le rappeler.

L'autre article est paru dans Libé et racole avec un appétissant : "Visionnaire du porno, sans les yeux". Mmmmh... Du cul et du handicap, il me semble que Morandini s'est fait incendier pour moins que ça... Bref, sous la plume d'Ondine Millot, on apprend que le porno publié par Patrick Pidoux sur ses sites, suit des modes, les femmes-fontaines, le scato, la zoophilie, on ne refuse rien aux meilleurs clients. Ah si, peut-être... "la torture, les simulations de viol, et tout ce qui touche à la pédophilie, avérée ou suggérée". Stephan, son assistant chargé du visionnage des films est un jeune homme de 30 ans (recruté à grand peine, apprend-t-on), et qui nous dit que parfois "On est obligés de regarder les films et, parfois, c'est dur. J'en faisais des cauchemars. Ce qui m'a rassuré, c'est de voir que les gens qui font ça ont l'air joyeux, souriants.". Aucune distance, aucune réflexion, Libé nous assure joyeusement que le porno, c'est cool, ça insère les handicapés !

Pourtant, le porno n'est pas si cool que ça. D'abord, une chose me choque dans ce milieu. Tout comme dans la prostitution, les femmes qui y travaillent ne sont plus que des "filles", elles perdent donc leur autonomie, leur indépendance, leur statut d'adultes. Bien sûr, on voit depuis quelques années des actrices venir dans les talk-shows, elles arborent le plus souvent des tenues plus qu'affriolantes et tiennent des discours choc : "J'aime avaler" ou "J'aime lécher". Elles nous font passer l'industrie du porno pour un camp des Bronzés où tout le monde couche avec tout le monde dans la plus grande joie générale. Ah oui, c'est vrai, c'est filmé, tout le monde veut des souvenirs de vacances !... :)

Si c'était la réalité du porno, je serais ravie, mais alors vraiment ravie. Dans ce pays, si on s'oppose à l'industrie du sexe, on est forcément de la race des culs-serrés. Peut-être en suis-je, je m'en fous. Ce que je sais, c'est que je suis pour la liberté d'expression, pour la liberté de l'art, que voir un ou plusieurs sexe(s) d'homme ou de femme ne me dérangent pas. Je ne suis absolument pas contre la représentation de l'acte sexuel, ni contre les films/livres/jeux érotiques ou pornographiques du moment que tout cela se déroule entre adultes consentants, selon la formule consacrée. Consentants... Qui ira me dire que les prostituées s'éclatent sur leur trottoir à marchander leur bien le plus précieux pour le plus grand bénéfice d'un mac ? Pourtant, elles n'ont pas de pistolet sur la tempe ! Pas visiblement, du moins... Il existe de nombreuses façons de contraindre un être humain à faire ce qu'il ne voudrait pas faire s'il était réellement libre. J'affirme qu'il en est de même pour les actrices de X, peut-être pas toutes, mais pour la majorité.

J'en vois qui doutent, qui se disent que les actrices s'éclatent, ça se voit ! Et les acteurs alors ! Pfiou !! C'est excellent aussi ! Et puis d'ailleurs, c'est normal que dans un film porno, les femmes acceptent les assauts de tous types de tous les mâles qu'elles croisent. C'est si proche de la vérité. Nous sommes toutes des salopes, heureusement que le plombier/électricien/facteur/livreur de pizza arrive pour nous révéler notre vraie nature ! J'entends déjà le chœur des défenseurs du porno : "Oui, bon, on sait bien que c'est pipeau, mais c'est du fantasme ! Et les filles (sic !) s'éclatent réellement !!". Bon allez, pour les dégâts sur les enfants et les ados, je vous renvoie au dossier de Doctissimo : Ados et porno qui ne noircit pas le tableau mais constate froidement. Pour les dégâts sur les acteurs, je vous invite à lire le terrifiant article d'Isabelle Sorente : "GANG BANG - La pornographie, bagne sexuel industriel". Attention, c'est cru et dur, mais c'est nécessaire, alors lisez-le.

Pour ceux qui croiraient encore après tout ça que, oui, c'est moche, mais tout n'est pas si grave, voici de bons liens en plus :

  • Ce rapport(en) publié par les Nations Unies qui rappelle que plusieurs millions de personnes sont victimes chaque année du trafic d'êtres humains dans le but d'une exploitation sexuelle.
  • Le même rapport présenté par l'AFP en français sur Yahoo News,
  • Enfin, une info passée dans l'indifférence quasi-générale à l'exception notable de l'écœurement de Teko.

Vous ne voyez pas le rapport entre le porno et les liens ? Moi, si. Si les femmes étaient réellement respectées, quelqu'elles soient, il n'y aurait ni ces représentations dégradantes de leur sexualité, ni ces trafics, ni cette indifférence à leurs malheurs...

Delphine Dumont
RedacBox.com, mon site professionnel

Technorati Tags : porno, sexe, femmes