Voici ce qui, à mon très humble avis, était flagrant :

La surdité de la classe politique

Si les hommes et femmes politiques ne sont pas sourds, du moins semblent-ils très malentendants. Ils ne retiennent pas les phrases mais seulement quelques mots de celles-ci, évidemment, il est aisé ensuite d'en changer le sens. Ils n'entendent pas, dans les deux sens du mot (l'ouie et la compréhension) ce qui leur est dit. Lorsque leur interlocuteur est un autre homme ou femme politique, ils ne se choquent pas mutuellement, ils jouent le même jeu.

Lorsque l'interlocuteur est, selon le terme en vigueur, une personne de la société civile, c'est assez tragique. Je ne doute pas de la bonne volonté du député/ministre/maire/candidat, simplement, pris dans un flot de pensées (tenir le bon discours + le planning de la journée + les pions à avancer sur les échiquiers + + +...), il en vient à répondre de la façon apparemment adéquate mais sans avoir reçu tout le discours. Tout expert en communication ou en psychologie vous le dira, ce qui est dit est aussi important que ce qui n'est pas dit. Les regards, les phrases non finies, les gestes, les hésitations, tout ça est très parlant mais demande une disponibilité totale.

Ce n'est pas nouveau, mais ça m'a particulièrement choquée ce soir. Il y avait des responsables d'associations qui disaient (en substance) : "Nous, on sait, on est sur le terrain, on connait la réalité, les besoins, les solutions et personne ne nous écoute !" et ils s'entendaient répondre : "On est allés sur le terrain, on a vu la réalité, on a parlé avec les élus locaux, on a bien consulté avant de décider"... Je ne dis pas que les associations auraient pu forcément apprendre quelque chose de plus, mais elles doivent être entendues. Il y avait des représentants des deux bords politiques et ils avaient tous la même attitude. Ce n'était pas de la froideur ou de l'indifférence, juste un manque d'écoute et c'est particulièrement grave.

La méconnaissance de la politique

Fatalement, cette attitude crée l'illusion d'un monde politique parallèle au monde réel du citoyen lambda. On a entendu plusieurs fois l'expression : "Vous, les politiques" comme s'il s'agissait d'une autre nationalité ou d'un autre sexe. Une forme d'exclusion est née, il fallait d'ailleurs voir Montebourg et l'envoyée UMP (dont j'ai oublié le nom, oups !) se serrer frileusement l'un contre l'autre, solidaires, l'un hochait vigoureusement la tête quand l'autre rappelait qu'elle était une personne du quotidien, avec des soucis du quotidien, le travail, les enfants, la santé, les courses, etc... Victimes de la situation mais coupables de la prolonger.

À écouter les propos des citoyens1, il semble qu'ils aient deux images totalement opposées des politiques. Certains les voient soit comme des surhommes, surpuissants, les poches pleines de passe-droit et des manipulateurs habiles. D'autres, au contraire, les compare à des marionnettes soumises (choix multiple possible) à l'Union Européenne, aux USA, aux trotskistes, aux lobbies, au grand capital, aux instituts de sondage, etc... Le pire étant que ce sont les politiques eux-mêmes qui créent ces images. Lorsque les uns prétendent que rien n'a été fait par les autres parce que ceux-ci sont vendus ou se sont liés les mains, et qu'ils affirment qu'eux, oui, EUX, ils pourront enfin nous faire vivre le Grand Soir ou la Prospérité Absolue et Partagée, ils entretiennent les fantasmes, creusant leur propre tombe...

À la fin du débat, un homme s'est levé, je ne sais pas son nom non plus2 mais ce qu'il a dit m'a paru vraiment intelligent, vraiment approprié. En substance, il a appelé les citoyens à entrer en politique, à s'engager, à agir pour la société. Il a rappelé comme il était facile de moquer l'inefficacité quand soi-même on ne fait rien, on ne prend pas de risques. Il a souligné un point important, le recrutement politique est trop relationnel, pas assez spontané. Pourtant, s'il y a bien un domaine qui est réellement ouvert, c'est la politique. Les origines sociales de nos élus sont totalement hétéroclites, même s'il y a une sur-représentation d'énarques dans les gouvernements. Des gens formidables qui se bougent, qui se battent, qui luttent, j'en connais. Quand on leur parle de s'engager en politique, ils sursautent avant de répondre souvent : "Ce n'est pas pour moi". Je pense que, bien au contraire, c'est justement pour eux puisqu'ils ont déjà commencé.

Les vrais débats ne passeront pas par la télévision

Oui, j'enfonce un peu une porte ouverte, mais je suis sur mon blog alors je fais ce que je veux ! Na ! :)

Malgré le manque d'écoute dont je parlais plus haut, il y avait quand même une volonté d'échange chez ces invités, plutôt bien choisis, je dois dire. A quelques exceptions près (lorsque la propagande était trop flagrante, par exemple), quand un intervenant parlait, le silence régnait. Personne ou presque ne coupait la parole... Presque, car, à plusieurs reprises, Jean-Michel Blier, le co-présentateur de la soirée (avec Audrey Pulvar) donnait ouvertement le micro à quelqu'un d'autre sans que le premier ait eu le temps de finir.

C'est vrai que cette ambiance calme et attentive n'était pas très télégénique, les débats où les insultes volent sont bien plus spectaculaires dans le sens théâtral du terme. Pourtant, quand on s'est donné tant de mal pour organiser un bon débat, ce n'est pas pour tout gâcher par une attitude vulgaire ! Imagine-t-on une soirée du Lions ponctuée par des concours de prouts ? Il y avait une vraie ambition derrière cette émission, peut-être trop d'ambition ? Audrey Pulvar a été plus digne, mais elle m'a semblée "écrasée" par Blier, dommage...

Toutefois, ce type de rencontres montre qu'un dialogue, un échange profitable entre politiques et citoyens est non seulement possible, mais souhaité. Si les cadors des partis sont peut-être trop formatés pour pouvoir en faire partie, il faut espérer que les plus jeunes maires/députés organisent avec des confrères d'autres bords, des débats. C'est un vieux refrain, mais il reste plus que jamais d'actualité : il faut ramener la politique dans la cité et la cité dans la politique. Les rencontres peuvent être virtuelles pour commencer, je pense qu'on a aujourd'hui tous les outils pour cela. Il n'y a qu'à voir le plaisir qu'ont eu les participants au forum de Framasoft lors de la venue de Laurent Wauquiez. Pour la plupart, ils ont échangé avec respect et argumentation. La démocratie ne peut que gagner à ce type d'exercice.

Bravo et merci !

Oui, bravo pour avoir lu ce looong billet et merci de l'avoir fait. :)

Mais ce sont aussi des mots qu'on entend trop peu aujourd'hui dans les débats. Trop préoccupés à se battre pour les places dans les sondages ou les articles de journaux, beaucoup oublient de reconnaître les mérites des autres. Pourtant, la conscience que personne ne peut rien seul et que tout n'est que le résultat d'une volonté partagée, c'est le premier pas vers la compréhension du principe d'une société. Concept qui a l'air totalement oublié aujourd'hui au profit du concept du messie, héritage d'un paternalisme politique qui réduit les administrés à des enfants capricieux.

Merci encore de m'avoir lue. :)

Delphine Dumont
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Technorati Tags : politique, Montebourg, France 3

  • 1 : Pour abréger, j'oppose les "citoyens" aux "politiques", mais je ne voudrais pas qu'on croit que je nie la citoyenneté des politiques, ni le potentiel politique des citoyens. :) remonter au texte
  • 2 : J'ai manqué le début de l'émission et donc, les présentations. remonter au texte