Affiche pour le 3919, le n° d'appel unique contre les violences conjugales
Affiche pour le 3919,
le n° d'appel unique contre les violences conjugales

Cath témoigne qu'elle a connu la violence conjugale, qu'elle a failli en mourir. En la lisant, on devine à quel point ses cicatrices restent sensibles. Son billet est magnifique.

Ses mots m'incitent à faire mon coming-out. Oui, moi aussi, je suis une victime de la violence conjugale. A la différence près que mon ex utilisait une violence morale et non une violence physique. J'ai honte de l'avoir laissé me faire du mal, de l'avoir laissé faire du mal à mes enfants, honte de ne toujours pas pouvoir les protéger définitivement de lui. Je commence à peine à me reconstruire, chaque progrès me permet de mesurer la profondeur des blessures et je navigue sans cesse entre fierté de remonter la pente et honte de l'avoir laissé me faire sombrer. C'est épuisant mais constructif aussi.

J'ai rencontré mon bourreau alors que ma mère venait de découvrir son cancer. Elle et moi étions si proches que j'ai su tout de suite que c'était la forme de suicide qu'elle avait choisi, qu'elle n'y survivrait pas, qu'elle suivrait, certes, tous les traitements pour ne pas blesser ni sa propre mère, ni ma sœur, mais que ce ne serait qu'une apparence de combat. J'avais 20 ans et je n'étais pas prête à perdre ma mère, ni à lui accorder le droit de mourir.

J'étais dans un état de vulnérabilité absolue, détentrice d'un secret infiniment lourd et devant me résoudre à laisser ma mère partir. On n'est jamais armé pour survivre à ça et surtout pas à 20 ans.

Mon bourreau s'est présenté comme un sauveur, j'ai cru qu'il m'aiderait à ne pas me noyer. En fait, il a agi comme un boa constrictor, s'enroulant autour de moi et m'étouffant progressivement. Ma mère est morte au bout de 9 mois de souffrances et là, plus rien ne retenait mon bourreau. Il m'a coupée de mes amis, puis de ma famille et a entrepris un long travail de sape.

Toute notre vie de couple n'a été qu'une longue et perpétuelle dévalorisation. Il a ruiné sciemment et systématiquement tous mes efforts pour m'en sortir. Je culpabilisais, je pensais que je déprimais parce que je n'arrivais pas à faire le deuil de ma mère et que je lui pourrissais la vie. J'en suis arrivée à penser que j'étais nulle, totalement nulle, que seule sa parole avait de la valeur et je l'ai laissé faire du mal à mon fils, il disait qu'il le fallait, j'avais beau sentir que c'était faux, je n'arrivais pas à imposer ma vérité.

Un jour, j'ai eu une chance extraordinaire, un miracle fabuleux : je suis tombée dans le jardin et je me suis cassée la cheville assez salement. Il m'a fallu de longs mois de rééducation tout d'abord chez nous et mon bourreau y assistait, m'empêchant d'être seule avec le kiné. M'empêcher de nouer des liens, toujours...

Puis la rééducation a eu lieu au cabinet de kiné et là, je vivais une heure hors du temps où je respirais librement, où je me sentais légère... Je plaisantais beaucoup avec le kiné, contrairement à ce qui se passait chez moi, j'étais totalement différente. Cela est devenu tellement évident pour le kiné qu'il s'est exclamé un jour : "Mais il vous étouffe, votre mari !".

Je suis restée stupéfaite. C'était ça ! C'était exactement ça ! C'était tout simple, mais c'était un diagnostic parfait énoncé dans un moment où j'étais disponible pour l'entendre. Cela m'a fait voir ma vie sous un tout autre angle et quelques semaines plus tard, je quittais mon bourreau. Enfin !

Il y avait eu des signes évidents pourtant. Quelques jours après l'avoir rencontré, j'ai commencé à faire des cauchemars toutes les nuits. J'ai pensé que c'était l'angoisse de la mort de ma mère qui les provoquait. Durant toute ma vie de couple, à l'exception précise des périodes où j'ai été hospitalisée (naissances de mes enfants et opérations pour ma cheville), j'ai fait au moins un cauchemar chaque nuit, mais plus généralement plusieurs. Le jour même où j'ai quitté mon bourreau, j'ai cessé de faire des cauchemars. Cela fait 4 ans maintenant que je l'ai quitté, je n'ai pas refait un cauchemar depuis. Pas un !...

Pendant toutes ces années, j'ai avalé force anti-dépresseurs et anxiolytiques pour lutter contre la détresse qui m'envahissait. J'ai pris beaucoup de poids alors que je ne mangeais presque rien. J'ai déclenché une maladie auto-immune dûe au stress. Mon fils s'est réfugié dans le mutisme, il ne parlait qu'à moi et était incapable de regarder les gens dans les yeux. On m'a soutenu que c'était une forme d'autisme léger. Je regrette que nous n'ayons été soignés que pour les effets et qu'il n'y ait aucune recherche d'une cause. Mon médecin généraliste m'a confié qu'elle avait soupçonné quelque chose mais que, mon bourreau venant à toutes les visites que je lui rendais, elle ne pouvait me questionner clairement. Je ne lui reproche strictement rien, au contraire, je l'ai sentie présente et attentive, c'était déjà beaucoup.

Je ne sais pas si, s'il y avait eu un 3919, j'aurais fait la démarche d'appeler. Mais je souhaite qu'on dise et qu'on répète aux femmes qu'elles n'ont pas à subir de violences physiques et/ou morales de la part de leur conjoint. Ce n'est pas acceptable et la société doit être ferme sur la question.

Je suis très mal à l'aise de vous raconter tout ça. Mais je crois que j'ai le devoir de suivre l'exemple de Cath et de le dire afin d'avertir les femmes que nous sommes toutes vulnérables et que ça ne s'arrête pas tout seul. Jamais. Ça ne peut qu'empirer.

Delphine Dumont
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Technorati Tags : 3919, violence conjugale, harcèlement moral