Barbier commence donc en disant qu'on "nait poète" puis enchaîne en disant que si l'on "nait pédophile", alors on est exonéré de tout châtiment. Je trouve le raccourci extrêmement rapide, voire plus que stupide. Pourquoi certains auront la malchance de devenir dépendants à l'alcool, au cannabis ou au jeu dès la première fois et d'autres non ? Les études ont prouvé que nous n'étions pas égaux face à l'addiction, ni aux objets de cette addiction, il y a une prédisposition qui n'est plus niée. Pour autant, si l'on nait poète, on peut avoir des vers sublimes qui vous traversent l'esprit sans jamais en écrire le moindre mot. On peut être né alcoolique et, seul ou avec un groupe de soutien, résister à la boisson. Pourquoi la prédisposition entraînerait-elle automatiquement l'irrépressibilité et donc l'irresponsabilité ?

Mon fils est surdoué (ou précoce, utilisez le terme de votre choix), il est né ainsi, je n'ai rien fait pour cela. Trois heures après sa naissance, il était allongé sur le ventre (on les couchait ainsi à l'époque) et déjà, il était capable de relever la tête, regarder autour de lui et reposer la tête de l'autre coté. Cela supposait une tonicité et un éveil qui ont stupéfait le pédiatre qui a pratiqué sur lui de nombreux tests qu'il a conclu d'un admiratif et rêveur : "Et bien... Vous avez là un sacré petit bonhomme !...". J'aime bien quand les médecins utilisent un vocabulaire savant... :)

La précocité n'est pas qu'une question de rapidité de compréhension, ou d'excellente mémoire ou de je ne sais quoi d'autre qui pourrait faire penser que les enfants précoces sont bénis des dieux. Il y a un prix à payer et il est lourd. Tellement lourd que j'assimilerais quasiment la précocité à un handicap, dans le sens où il faut bénéficier d'une attention particulière pour vivre bien sa différence. Pour plus d'infos sur la précocité, je vous recommande le site de l'ANPEIP, association à laquelle je dois beaucoup, j'en profite pour les remercier encore.

Avec les années et des enseignements spéciaux, mon fils a appris à vivre avec sa particularité. Il a appris, douloureusement d'ailleurs, que tout le monde ne s'éclate pas autant que lui à apprendre, à découvrir, à explorer. Il sait désormais aussi que, même si le prof se trompe, on ne le lui fait pas remarquer, ou alors, à la limite, en tête à tête après le cours. Bref, il a intégré sa différence et son comportement est maintenant tout à fait agréable pour son entourage.

Dans ce qui pourrait paraître un joli conte du style "vilain petit canard", il y a la méchante sorcière. Elle a pour nom "services de l'enfance". Pendant des années, l'éducation nationale et les services sociaux ont raisonné sur le mode "s'il ne sait pas écrire, c'est qu'il est arriéré". Or, la dysgraphie dont il souffrait, est un trouble courant chez les enfants intellectuellement précoces. J'ai demandé maintes fois à ce qu'il soit pratiqué un test de QI, cela m'a toujours été refusé au prétexte que, s'il refusait d'écrire, c'était infaisable. C'était au mieux, une preuve d'ignorance, au pire, un mensonge éhonté, mais je ne l'ai appris que beaucoup plus tard, malheureusement.

Parce que, pendant des années, je n'ai cessé de lutter et parce qu'enfin, grâce à Internet, d'ailleurs, j'ai découvert l'ANPEIP qui m'a soutenue et aiguillée, mon fils a devant lui un avenir prometteur, il peut et désire faire des études ambitieuses, ce qui semblait totalement irréaliste, il y a seulement 3 ans.

Oui ? Le monsieur du fond ?... Je suis sortie du sujet ? Non, non pas du tout, je vous rassure. :)

Ce que j'ai voulu démontrer, et que j'espère avoir fait, c'est que le capital de naissance n'est pas synonyme de fatalité. C'est ce qu'on en fait, soi-même et l'entourage éducatif, qui font que ce sera un bon ou un mauvais destin.

On sait que les intellectuellement précoces non détectés et non soutenus peuvent ne connaître qu'une vie d'échecs professionnels et/ou affectifs. Je vais aller loin dans la supposition, mais ne peut-on pas imaginer qu'un pédophile est le résultat d'un terrain différent et mal cultivé ? Les experts disent que le pédophile cherche avant tout à dominer, le sexe n'étant qu'une arme, comme dans tout viol. Ce besoin de domination est généré par quelque chose, si ce quelque chose est repéré tôt et qu'on y répond par une éducation épanouissante, peut-être la pédophilie n'apparaîtra-t-elle jamais ? Le meilleur des terrains, non entretenu, non surveillé, peut devenir la pire des décharges sauvages.

Je pense que dire que l'inné a une part immense ne disculpe pas automatiquement les pédophiles. Tout comme un alcoolique peut dire non à la boisson, un pédophile peut dire non à ses pulsions. Tout comme un alcoolique peut chercher de l'aide, un pédophile devrait pouvoir se faire aider. Je dis "devrait" car je pense que le "tout-acquis" fait peser une culpabilité automatique qui interdit à celui qui se sent basculer de rechercher un soutien et une thérapie. Le "tout-acquis" dit à celui qui se sent pédophile, qu'il est le pire des salauds et qu'il a voulu ce qui lui arrive.

Admettre la part de l'inné, ce n'est pas dire que la pédophilie est une maladie et doit donc entraîner l'irresponsabilité, mais c'est admettre que la question est complexe et qu'il est possible (pas certain, possible) d'éviter de laisser sombrer celui qui y est prédisposé. Cela n'a strictement aucun rapport avec l'eugénisme.

Elève Barbier : 02/20. Je vous mets un point pour la présentation et un point parce que je vous aime bien. Pour le reste, retravaillez votre copie, vous n'avez rien compris à la question. ;)

En concluant ce billet, un doute m'étreint : l'irresponsabilité pénale ne repose-t-elle pas uniquement sur l'absence (ou l'impossibilité) de discernement ? Y a-t-il un juriste dans la salle ?

Delphine Dumont
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