Vous le savez probablement, Alain Juppé a été battu dimanche aux législatives. Il a dû démissionner en vertu du nouveau principe du gouvernement (ministre battu = ministre exclu). Je ne suis pas sûre que ce soit tellement intelligent comme principe, pas sûre du tout, du tout, en fait... Ça me rappelle désagréablement les jurys populaires de Royal.

Toujours est-il que Juppé a été battu et qu'il a démissionné. Sur son blog, il se confie. Un peu. Ce n'est toujours pas son genre de montrer qu'il n'est qu'un homme et qu'on peut le blesser. On a appelé ça de l'arrogance, c'est pour moi de la pudeur. Arrogant, il l'a été, tout lui réussissait, il était brillant et il le savait, comment ne pas choper un peu le melon ?

Aujourd'hui, il n'y a plus d'arrogance, juste de la pudeur. Il a été blessé lorsqu'il a été condamné, il a fait une retraite au Québec où il a été très apprécié (ç'a dû le changer de la France). La leçon a été sévère, impitoyable même. Croire qu'il y a été indifférent, c'est n'avoir rien compris ni à l'homme, ni à la vie.

Addition

Alain Juppé a fait des erreurs, il les a payées, il a payé pour d'autres, plus que d'autres à situation comparable, mais pas exagérément. Je ne reviens pas là-dessus.

On dirait seulement qu'après toutes ces années où tout lui réussissait, où il ne faisait que gravir, quatre à quatre, les marches du palais, où rien ne semblait pouvoir l'arrêter, le vent a tourné et il doit lutter contre pour juste ne pas s'effondrer.

Je ne suis pas catholique, je ne crois pas en la rédemption des péchés, les pélerinages à genoux, les chapelets égrénés pour demander pardon, etc... En tant que protestante, j'ai appris à vivre avec mes fautes, sans lessive pour me blanchir, sans monnaie pour me racheter. C'est dur, c'est vraiment dur. Mais je ne me plains pas, ça me donne un sentiment qui n'a pas de prix : je me sens "droite dans mes bottes".

Droit dans ses bottes, c'est aussi comme ça que je sens Alain Juppé. Blessé, oui, profondément même. Avec en plus, un gros sentiment d'injustice qu'il ressent bien mais sans pleurnicher, c'est juste un constat aigre-doux :

Tout dépendra de ma capacité à renouveler et a rassembler

Car Bordeaux a changé.

C'est un peu le paradoxe cruel de ma situation: j'ai réveillé la "belle endormie" qui ronronnait non seulement démographiquement, économiquement, urbanistiquement... mais aussi politiquement. De nouveaux Bordelais sont arrivés par milliers. Ils ont d'autres attentes.

Oui, il a donné beaucoup à Bordeaux et à la France, il a pris un peu aussi et il paye cher, très cher, le plus cher que puisse payer un homme politique, on ne lui accorde aucune reconnaissance...

Alors, bien sûr, il y a :

il y a , pour apaiser la souffrance , les milliers de messages de sympathie et de soutien arrivés sur ce blog (je ne suis parvenu à en mettre en ligne qu'une toute petite partie), au téléphone, par SMS, ou plus classiquement par la poste. Et surtout, il y a vous, mes Bordelaises et mes Bordelais, présents dans la rue hier soir, ou croisés sur les allées de Tourny et qui spontanément applaudissez à mon passage.

Ce n'est pas un texte de politicien chevronné, ce sont les mots d'un homme qui est tombé et que des mains amies relèvent. Il est surpris, ému, il n'a pas encore bien compris pourquoi, comment il est tombé, il a mal mais il découvre qu'il est moins seul, moins détesté qu'il ne l'a cru un instant. On l'aimerait donc ? Un peu au moins ?

L'incompris

Alain Juppé est très clairement l'un des hommes les plus mal compris du monde politique. Il est humain, il n'est ni tout bien, ni tout mal, il peut plaire ou déplaire. Il a surtout le tort d'être intelligent dans un pays qui n'aime pas les cerveaux, c'est sa croix.

C'était peut-être son destin, de servir sans recevoir le juste prix de ses efforts.

Delphine Dumont
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