Je vous laisse lire tout l'article si vous voulez tous les détails, c'est toujours bon à savoir.

Véhicules de pompiers dans la rue

J'ai eu affaire aux pompiers de nombreuses fois dans ma vie. Quand j'étais enfant, à Tourcoing, j'habitais dans un très beau groupe d'immeubles, dont le rez-de-chaussée était réservé aux studettes (terme politiquement correct pour "minuscule studio"). Parmi les locataires de ces studettes, il y avait deux personnages (terme politiquement correct pour "frappadingues"). D'une part, une dame tellement sale que même son bouton de sonnette collait. Son gendre qui la ravitaillait chaque dimanche ne sonnait pas, il sifflait...

Tout près de chez madame Cracra, vivait un petit dealer. Il était officiellement étudiant mais il devait recevoir ses cours par télépathie car il était chez lui toute la journée et ne sortait que le soir. Régulièrement, il avait affaire aux forces de l'ordre, sans doute pour ce manque d'assiduité aux cours. Lorsqu'il ressortait des si plaisants locaux du commissariat tourquennois, il était tellement heureux qu'il ne pouvait s'empêcher d'allumer des feux de joie dans les poubelles de la résidence. Celles-ci se situant au sous-sol, les fumées envahissaient les cages d'escalier et tout le monde devait évacuer.

C'était passionnant, idéal pour faire une étude sur les vêtements de nuit de la population des groupes d'immeubles tourquennois. Autant les premières fois, tout le monde avait peur, autant les fois suivantes, on attendait que ça se termine. Dans l'allée des garages, les véhicules rouges s'alignaient et les pompiers couraient en tous sens, à la fois précis et détendus. Certains nous reconnaissaient et nous faisaient un petit signe, certains même nous "claquaient une bise" avant de repartir.

Quand j'avais 18 ou 19 ans, un beau jour d'été où j'allais à Lille avec une amie, je me suis retrouvée au tout début d'une manif de pompiers. Le temps que le cortège démarre, nous étions bloquées au milieu d'une marée d'hommes en cuir, casque et bottes. Ça fait un peu drôle... jusqu'à ce qu'on comprenne que ces pompiers étaient des dragueurs hommes comme les autres. Comme nous nous amusions beaucoup, nous avons intégré la manif joyeusement. Tout à coup, une averse phénoménale s'est abattue et, toutes deux légèrement vêtues, nous avons été immédiatement trempées. Deux pompiers gentlemen nous ont prêté leur veste de cuir, c'était très agréable, mais la pluie nous glaçait vraiment et nous avons fini par nous réfugier dans un bistrot, renonçant à regret à la manif, aux pompiers et à leurs vestes.

En 2000, mon appartement a été dévasté par un incendie. Les pompiers ont été très efficaces, quoiqu'assez peu sympathiques. Comme je tenais plus au premier point qu'au second, je ne leur en ai pas tenu rigueur. De plus, j'ai beaucoup apprécié le travail qu'ils ont fait après avoir éteint les flammes, pour minimiser les dégâts (aspiration de l'eau, etc...).

Enfin, en 2002, j'ai tenté de faire du ski sur l'herbe dans mon jardin et je n'ai réussi qu'à m'exploser la cheville. Les pompiers sont donc venus me chercher dans leur antique ambulance. Le chef, pardon à lui, je n'ai pas retenu son grade, m'a fait la conversation durant toute la route tout en veillant à diminuer ma souffrance. Il taquinait aussi le conducteur qui était un novice. Malgré la douleur et la difficile traversée de Dijon, je suis arrivée très détendue à l'hôpital. C'était de la simple humanité mais ça n'a pas de prix.

Bref, les pompiers et moi, c'est une longue histoire (honni soit qui mal y pense) et cela vous explique aussi pourquoi je donne systématiquement lorsqu'ils viennent pour le calendrier.

Je n'ai pas les données nécessaires pour savoir si les conclusions de cette thèse sont exactes mais je n'ai aucune raison d'en doûter. Je ne sais pas non plus si les chiffres français et allemands sont exactement comparables. Certaines structures françaises n'assument-elles pas les missions qui échoient aux pompiers allemands, par exemple ? Ce que je sais, c'est qu'il y a beaucoup à faire pour aider les pompiers, des actions relativement peu coûteuses mais extrêmement rentables.

Par exemple, quand j'ai découvert les flammes sur le balcon de mon appartement (oui, le feu a pris dehors), j'aurais pu aller chercher l'extincteur dans la cage d'escalier de l'immeuble (à 5 mètres de ma porte) et peut-être éteindre le feu. Sauf que, dans la panique, j'ai oublié la présence de cet extincteur et que, m'en serais-je rappelé, j'ignorais totalement comment l'utiliser.

C'est une discussion que j'ai déjà eue plusieurs fois avec Antoine qui attache une importance certaine à la prévention. On fait des exercices d'alerte au feu à l'école et puis... plus rien ! Avez-vous déjà participé à ce type d'alertes dans un grand magasin ? Dans le métro ? En entreprise ? Non ! C'est réservé aux sites Seveso... Vous a-t-on enseigné, sans que vous en ayez expressément fait la demande, le maniement d'un extincteur ? Les gestes qui sauvent ? La simplissime manœuvre de Heimlich ?

Au-delà d'une apparemment nécessaire réorganisation des secours, il y a aussi une évidente prévention à faire à tous les niveaux. Pour ce point, comme pour beaucoup d'autres, je ne crois vraiment pas qu'il faille attendre que le gouvernement légifère et budgétise. Les clubs sportifs pourraient y consacrer un peu de temps, ceux qui en ont la possibilité pourraient suivre une formation PSC1 (Prévention et secours civiques de niveau 1), tout un chacun pourrait arrêter les comportements à risques garantis (comme allumer son barbecue avec de l'alcool à brûler, par exemple), etc...

Les pompiers sont sympas mais ce n'est pas une raison pour en abuser. ;)

Delphine Dumont
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Photo : Wikicommons

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