Je ne parlerai pas de la musique. J'aime beaucoup, Justice a encore fait très fort sur ce titre, mais je conçois parfaitement qu'on ne partage pas mes goûts et qu'on n'aime pas. Si ça vous saoule, regardez la vidéo sans le son, mais dans ce cas, pensez à le remettre à la toute fin.

Enfant soldat en Sierra Leone

Joli coup de com' ?

En ces temps où tout est com', il est difficile de savoir si la décision de refuser toute diffusion à la télé est une vraie démarche artistique ou un coup de marketing bien malin. Ce sera encore un point sur lequel je ne m'étendrai pas car ça ne m'intéresse pas.

Toujours est-il que, puisqu'il n'était pas diffusé à la télé, certains blogueurs à l'esprit limité en ont hâtivement déduit qu'il était censuré. Houla ! Le joli parfum de souffre que voila ! Il n'en fallait pas plus pour qu'ils reprennent tous ce clip sur leur blog. Ces gentils blogueurs ont ainsi assuré à ce clip une diffusion bien plus impactante que s'il avait été noyé dans une masse d'autres clips.

Stratégique ou pas, le lancement est très réussi.

Des enfants-soldats ? Ici ? Dans notre beau pays ?

Très vite, en voyant l'air martial de ces jeunes garçons, j'ai pensé aux visages des enfants-soldats de Sierra Leone. Dire que j'ai ressenti un certain malaise serait un euphémisme...

Comme pour l'arme que tient l'enfant ci-contre, il y a quelque chose de véritablement obscène dans ce qui s'exprime par une destruction systématique des biens et personnes. Je laisse les sociologues, les psychologues et les lecteurs de Télérama analyser les images, les comportements, les expressions, etc... C'est une œuvre d'art, il n'y a que les auteurs qui peuvent en révéler sa signification réelle, ce qu'ils ont voulu dire. Ils ne se sont pas expliqués en détail, un communiqué de presse signé "Gaspard & Xavier, JUSTICE" explique le refus d'une diffusion télé, mais on n'en sait guère plus.

Et au fond ?

Mais est-ce si important ? Ce qui est intéressant dans les réactions à ce clip, c'est qu'il touche un point super sensible. La "racaille", on sait bien qu'elle existe. Tout comme on sait bien qu'elle n'est constituée que d'une infime partie des habitants des cités. Mais on ne veut pas savoir que toute la cité en souffre. Du jeune demandeur d'emploi dont la seule adresse suffit pour être déclaré indésirable à l'ouvrier dont la voiture a brûlé, en passant par les jeunes filles qui n'ont pas le centième du respect qu'elles méritent, la loi imposée par les bandes est dure à vivre.

La manie de certains de ne voir dans les habitants de banlieue que des parasites ou des voleurs a provoqué l'apparition d'un groupe contraire qui n'y voit qu'angélisme et bonne volonté. Ces manichéismes font l'animation dans les soirées des beaux quartiers mais n'aident en rien les premiers concernés.

Enfant soldat au Vietnam

Je pense que la force de ce clip est de montrer que là, chez nous, à quelques kilomètres, voire quelques mètres, nous avons laissé se créer la même barbarie que nous avons tant déplorée au Sierra Leone ou au Congo, par exemple. On a tellement pris l'habitude de donner des leçons aux autres pays qu'on avait fini par oublier nos petites imperfections.

D'un coup de balai d'angélisme ou de racaillisme, on poussait tout ça sous le tapis et hop ! l'affaire était terminée. Ce clip enlève le tapis et on se prend la poussière dans la tronche. Ça pique le nez et les yeux, c'est très désagréable, mais ça devait bien arriver un jour.

Et maintenant ?

Que fait-on ? Je propose qu'on laisse les experts se disputer sur les éventuelles incitations que pourraient percevoir dans ce clip, des personnes fragiles. Qu'on dépasse le débat "racaille ou ange".

On pourrait commencer par voir la réalité aussi belle et aussi moche soit-elle. Voir les gens qui luttent tant qu'ils en ont la force comme Devine, le prof de collège ou Rachida, sa collègue (voir la fin du billet). Voir ceux qui ont réussi simplement, pas ces joueurs de foot bling-bling ou ces députés-alibis, non, des chefs de chantier, des créateurs d'entreprise, des cadres sup', des médecins, etc... Voir l'énergie qu'il leur faut ou qu'il leur a fallu pour ne pas se laisser abattre. Voir aussi ceux qui, malheureusement, ont échoué et survivent à peine ou sont déjà morts.

Orange Mécanique 2.0 ?

Dans les innombrables commentaires, la comparaison avec "Orange Mécanique" revient très souvent. Ça ne m'a pas sauté aux yeux.

En revanche, j'ai immédiatement pensé à "C'est arrivé près de chez vous". On retrouve dans ce film et dans ce clip la même utilisation du noir et blanc, l'hyper-réalisme de la mise en scène et une séquence de fin un peu pirouette.

Enfin, sur le fond même, je retrouve des similitudes. Le tueur incarné par Poelvoorde est un sociopathe comme il en existe beaucoup à Hollywood et, malheureusement, quelques uns aussi dans la société. Le gang du clip est inspiré par des gangs comme il en existe beaucoup à Hollywood et, malheureusement, quelques uns aussi dans la société.

Dans le clip et dans le film, on nous montre des individus particuliers. Qu'on en déduise qu'ils sont légion ne prouve qu'une chose : on ne sait pas de quoi on parle.

Photos : Wikimedia Commons (cliquez sur les images pour afficher leur page d'origine).

Liens en rapport :

  • Stressed out ? - une parodie de ce clip, chez JF. :)
  • Justice Stress chez Fubiz (plus de 620 commentaires !!)
  • [ajout du 6/06/08] Pourquoi le clip de Justice fait-il caqueter les poules par le toujours bien inspiré Philippe Astor

Delphine Dumont
www.RedacBox.fr, mon site professionnel

Pour commenter ce billet, merci de venir sur mon blog.
Sauf indication contraire, tous les droits sur ce contenu sont réservés.
Vous avez aimé ce billet ?
Faites-le connaître en votant pour lui sur Wikio :
Voter pour cet article sur Wikio.fr

Technorati Tags : Justice, stress, provocation