3919 - Parce que nous sommes tous vulnérables

Par Delphine Dumont, le 20 mars 2007 | Tous concernés

Cath nous le rappelle, le gouvernement a lancé un numéro d’appel unique pour lutter contre la violence conjugale. J’apprends dans Le Monde que la gestion en sera confiée à la Fédération nationale solidarité femmes qui gérait déjà un serveur d’appels anonymes basé sur un numéro à 10 chiffres. Le 3919 est plus facile à retenir et de plus, il est facturé au prix d’un appel local. Gratuit, ça aurait été encore mieux, mais bon… Ça viendra peut-être ?

Affiche pour le 3919, le n° d'appel unique contre les violences conjugales
Affiche pour le 3919,
le n° d’appel unique contre les violences conjugales

Cath témoigne qu’elle a connu la violence conjugale, qu’elle a failli en mourir. En la lisant, on devine à quel point ses cicatrices restent sensibles. Son billet est magnifique.

Ses mots m’incitent à faire mon coming-out. Oui, moi aussi, je suis une victime de la violence conjugale. A la différence près que mon ex utilisait une violence morale et non une violence physique. J’ai honte de l’avoir laissé me faire du mal, de l’avoir laissé faire du mal à mes enfants, honte de ne toujours pas pouvoir les protéger définitivement de lui. Je commence à peine à me reconstruire, chaque progrès me permet de mesurer la profondeur des blessures et je navigue sans cesse entre fierté de remonter la pente et honte de l’avoir laissé me faire sombrer. C’est épuisant mais constructif aussi.

J’ai rencontré mon bourreau alors que ma mère venait de découvrir son cancer. Elle et moi étions si proches que j’ai su tout de suite que c’était la forme de suicide qu’elle avait choisi, qu’elle n’y survivrait pas, qu’elle suivrait, certes, tous les traitements pour ne pas blesser ni sa propre mère, ni ma sœur, mais que ce ne serait qu’une apparence de combat. J’avais 20 ans et je n’étais pas prête à perdre ma mère, ni à lui accorder le droit de mourir.

J’étais dans un état de vulnérabilité absolue, détentrice d’un secret infiniment lourd et devant me résoudre à laisser ma mère partir. On n’est jamais armé pour survivre à ça et surtout pas à 20 ans.

Mon bourreau s’est présenté comme un sauveur, j’ai cru qu’il m’aiderait à ne pas me noyer. En fait, il a agi comme un boa constrictor, s’enroulant autour de moi et m’étouffant progressivement. Ma mère est morte au bout de 9 mois de souffrances et là, plus rien ne retenait mon bourreau. Il m’a coupée de mes amis, puis de ma famille et a entrepris un long travail de sape.

Toute notre vie de couple n’a été qu’une longue et perpétuelle dévalorisation. Il a ruiné sciemment et systématiquement tous mes efforts pour m’en sortir. Je culpabilisais, je pensais que je déprimais parce que je n’arrivais pas à faire le deuil de ma mère et que je lui pourrissais la vie. J’en suis arrivée à penser que j’étais nulle, totalement nulle, que seule sa parole avait de la valeur et je l’ai laissé faire du mal à mon fils, il disait qu’il le fallait, j’avais beau sentir que c’était faux, je n’arrivais pas à imposer ma vérité.

Un jour, j’ai eu une chance extraordinaire, un miracle fabuleux : je suis tombée dans le jardin et je me suis cassée la cheville assez salement. Il m’a fallu de longs mois de rééducation tout d’abord chez nous et mon bourreau y assistait, m’empêchant d’être seule avec le kiné. M’empêcher de nouer des liens, toujours…

Puis la rééducation a eu lieu au cabinet de kiné et là, je vivais une heure hors du temps où je respirais librement, où je me sentais légère… Je plaisantais beaucoup avec le kiné, contrairement à ce qui se passait chez moi, j’étais totalement différente. Cela est devenu tellement évident pour le kiné qu’il s’est exclamé un jour : “Mais il vous étouffe, votre mari !”.

Je suis restée stupéfaite. C’était ça ! C’était exactement ça ! C’était tout simple, mais c’était un diagnostic parfait énoncé dans un moment où j’étais disponible pour l’entendre. Cela m’a fait voir ma vie sous un tout autre angle et quelques semaines plus tard, je quittais mon bourreau. Enfin !

Il y avait eu des signes évidents pourtant. Quelques jours après l’avoir rencontré, j’ai commencé à faire des cauchemars toutes les nuits. J’ai pensé que c’était l’angoisse de la mort de ma mère qui les provoquait. Durant toute ma vie de couple, à l’exception précise des périodes où j’ai été hospitalisée (naissances de mes enfants et opérations pour ma cheville), j’ai fait au moins un cauchemar chaque nuit, mais plus généralement plusieurs. Le jour même où j’ai quitté mon bourreau, j’ai cessé de faire des cauchemars. Cela fait 4 ans maintenant que je l’ai quitté, je n’ai pas refait un cauchemar depuis. Pas un !…

Pendant toutes ces années, j’ai avalé force anti-dépresseurs et anxiolytiques pour lutter contre la détresse qui m’envahissait. J’ai pris beaucoup de poids alors que je ne mangeais presque rien. J’ai déclenché une maladie auto-immune dûe au stress. Mon fils s’est réfugié dans le mutisme, il ne parlait qu’à moi et était incapable de regarder les gens dans les yeux. On m’a soutenu que c’était une forme d’autisme léger. Je regrette que nous n’ayons été soignés que pour les effets et qu’il n’y ait aucune recherche d’une cause. Mon médecin généraliste m’a confié qu’elle avait soupçonné quelque chose mais que, mon bourreau venant à toutes les visites que je lui rendais, elle ne pouvait me questionner clairement. Je ne lui reproche strictement rien, au contraire, je l’ai sentie présente et attentive, c’était déjà beaucoup.

Je ne sais pas si, s’il y avait eu un 3919, j’aurais fait la démarche d’appeler. Mais je souhaite qu’on dise et qu’on répète aux femmes qu’elles n’ont pas à subir de violences physiques et/ou morales de la part de leur conjoint. Ce n’est pas acceptable et la société doit être ferme sur la question.

Je suis très mal à l’aise de vous raconter tout ça. Mais je crois que j’ai le devoir de suivre l’exemple de Cath et de le dire afin d’avertir les femmes que nous sommes toutes vulnérables et que ça ne s’arrête pas tout seul. Jamais. Ça ne peut qu’empirer.

Delphine Dumont
www.RedacBox.fr, mon site professionnel

Technorati Tags : 3919, violence conjugale, harcèlement moral

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23 commentaires pour “3919 - Parce que nous sommes tous vulnérables”

  1. -|- Rikko dit :

    Ce que tu nous racontes est très émouvant, et contrairement à mon habitude je ne sortirais pas (enfin je vais essayer) les conneries usuelle…

    Tu as bien fait, de te raconter, pour les autres mais aussi pour toi même, personnellement je trouve la violence morale plus insuportable que la violence physique, car elle nécessite une intelligence et un but.

    Or, j’estime que l’intelligence dionne des responsabilités plutôt que des droits.

    On ne peux pas en vouloir à un chien de vous mordre, pas plus qu’à un abruti de vous mettre une beigne, dans les deux cas la rééducation s’impose.

    Mais se faire plair à l’égo en abîmant quelqu’iun… c’est dégeulasse.

    Ce que tu viens de faire Delphes c’est une pépite de courage et de don de soit, c’est très beau, merci…



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci pour ton commentaire. :)
    Je ne suis pas sûre qu’il y ait plus d’intelligence dans cette forme de violence. Je reprends l’exemple du boa constrictor, il étouffe sans réfléchir. Je crois que mon ex a agi de la même façon, sans intelligence. Ce n’est d’ailleurs pas quelqu’un de réputé pour son intelligence. D’après ce qui avait été dit au Journal de la Santé, le coupable est au contraire plutôt médiocre et plus sa victime est brillante, plus il en tire de satisfactions. Il agit comme un vampire qui choisirait le meilleur sang.



  3. -|- Balise dit :

    Sais pas quoi dire. Contente que tu en sois sortie. J’espère que ton fils va mieux et que les soucis physiques ont été voir ailleurs s’ils y étaient.



  4. -|- Delphine Dumont dit :

    Mon fils va beaucoup mieux, merci. Ses troubles du comportement (mutisme + évitement du regard) m’avaient amenée à le déscolariser pendant 8 ans. Une psychothérapeuthe fantastique et une structure dynamique de l’Education nationale m’ont permis de le rescolariser avec succès. C’est maintenant un beau garçon de 18 ans qui fait ma fierté absolue.

    Ni lui, ni moi ne sommes sortis intacts de tout ça. Il nous arrive souvent, quand tout est calme et serein, de nous regarder et de nous sourire en silence, heureux de connaître la paix. C’est une sensation de survivants, c’est à la fois très doux et terriblement cruel, car ça en dit long sur ce que nous avons connu.



  5. -|- couliine dit :

    ;)
    les victimes de violences que ça soit conjugales ou d’une tout autre forme ne devraient pas se cacher…
    Delphine tu es une personne formidable et ne laisse plus jamais personne te dire le contraire;)



  6. -|- Rikko dit :

    Elles ont raisons (j’allais dire comme d’ahb… mais c’est pas si sûre)

    Donc Votez Delphes !

    Et te laisse pas marcher sur tes petits petons!



  7. -|- couliine dit :

    Rikko: pourquoi estimes tu : "la violence morale plus insuportable que la violence physique"?
    Toutes les formes de violences sont insupportables!
    La violence morale ne nécessite pas d’intélligence particulière , il s’agit juste de l’expression de la perversité d’un individu, cela tue psychologiquement une personne.
    elle est tout aussi dangereuse que la violence physique qui elle est plus visible, et tue physiquement et psychiquement
    De toutes façons les deux sont destructeurs…



  8. -|- Rikko dit :

    Je suis contre les deux, et toute autre forme de violence aussi ,je fais juste un classement, je suis plus prompt à pardonner à l’idiot et châtier le malin… c’est tout, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis !!!

    Je n’émet pas un dogme, une thèse, une pensée unique, j’exprime une position personnelle qui n’engage que moi….

    Je n’excuse ni l’un ni l’autre !!! C’est plus clair comme ça ?



  9. -|- Jimini dit :

    Bravo pour ton courage et merci d’avoir fait partager ton témoignage !



  10. -|- couliine dit :

    c’etait pas une attaque rikko…cool ;)



  11. -|- Rikko dit :

    Toujours cool…

    Non en fait en ce moment je suis un peux speedé… trop de boulot… désolé d’avoir pu paraitre aggressif, ce n’étais pas mon souhait… je présente mes humbles excuses à celles qui aurraient été choquées par mes propos.

    Bises à toutes



  12. -|- xavierP dit :

    Vraiment poignant ton témoignage,
    Bravo, félicitations pour toi de tend être sortie.



  13. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci à vous tous. :)

    Je discutais avec Cath par mail des différences entre la violence physique et morale. Finalement, il y en a très peu, le processus est très similaire, on y retrouve l’isolement, la dévalorisation, la culpabilisation de la victime, etc…

    Je lui faisais remarquer que la violence morale ne se voit pas et elle m’a répondu très justement que la violence physique non plus, qu’on ne croise jamais de femmes couvertes de bleus dans les rues. Les hommes savent où frapper pour que ça ne se voit pas.



  14. -|- Rikko dit :

    Je me permet de présciser : tous les hommes ne frappent pas leurs femmes…



  15. -|- couliine dit :

    et pour rikko;): toutes les fempmes ne subissent pas de violences conjugales, heureusement



  16. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci à vous deux de le rappeler, vous avez raison, c’est important. Et pour être exhaustifs, rappelons que des hommes aussi sont victimes de violence conjugale.



  17. -|- Rikko dit :

    Oui, j’en témoigne…

    Non j’déconne, ma femme est au petit soins avec moi, elle m’aime presque autant que moi (je veux dire persqu’autant que moi je m’aime), elle ne me frappe pas et les seules harcèlement dont je suis l’objet font référence aux pièces de monnaie que je laisse (pas exprès) dans mes poches, et aussi quand il faut vider la poubelle et que c’est mon tour (normal, c’est toujours mon tour)

    Et aussi quand je rentre bourré à 5h du mat’ en disant : tu m’as pas attendu pour dîner !!! (non j’déconne si je rentre tard je préviens… sinon elle change les serrures…)

    ooooooops
    j’allais oublier

    Votez DELPHES !!!



  18. -|- Rikko dit :

    Au fait !!! c’est le printemps !!!
    Pourquoi le graf du blog ne change pas ? c’est Manuel ?
    (c’est un peu facile d’accuser les minorités lusitanniennes)



  19. -|- Delphine Dumont dit :

    L’habillage aurait dû être changé hier, mais les 5 esclaves mauriciens de la cave se sont mis en grève, ils ont cessé de pédaler et résultat, plus de courant ! Comble de malchance, le turc qui les fouette quand ils baissent de régime, était, lui, en RTT. Résultat, pas d’électricité de 13h à 18h !

    Et après, on dira que les 35h ne sont pas nocives… Enfin, bref, on est tous sur le coup, à fond, à fond… Stay on line ! :)



  20. -|- Rikko dit :

    Me voilà rassuré… c’est erreur elecricohumaine !!!

    J’avais peur que ce soit un refroidissement génarlisé de la planète à cause d’un épaississement de la couche d’ozone…

    Donc on a encore quelques minutes pour dire bye bye aux flocons !!!

    Votez Delphes !
    (NB : 35 heures par jour, tu crois pas que tu leur en demande beaucoup à tes mauriciens ?)



  21. -|- Delphine Dumont dit :

    Houla ! Ca sent le dangereux gauchiste par ici ! Bon sinon, bien sûr, je ne leur demande pas 35h par jour ! Il n’y a que le Turc qui soit aux 35h, les Mauriciens sont esclaves, ils n’ont aucun droit, sois un peu sérieux deux minutes, tu veux ?



  22. -|- Rikko dit :

    NON



  23. -|- Rikko dit :

    J’ai failli oublié !!!!!

    On est jeudi !

    Bonne fête !
    Votez DELPHES !



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