La musique doit-elle payer ?

Par Delphine Dumont, le 9 novembre 2007 | Industrie

On savait que pour s’enrichir, il fallait renoncer au crime, il ne paie pas. Il y a le loto aussi qu’on peut oublier. Déjà, il faut jouer. Payer pour avoir une chance infime de s’enrichir, c’est un concept space auquel il faut tout le génie des pubards pour donner corps. Les sociétés pyramidales, illégales mais toujours bien vivaces, on oublie aussi. Mais alors que reste-t-il pour gagner beaucoup d’argent très vite ? Créer YouTube ou faire la Star Ac’ ?

Il semble qu’il n’y ait plus que trois voies pour gagner beaucoup d’argent très vite : le cinéma, la chanson et la création d’une start-up. Elles ont un point commun, ces voies : beaucoup les empruntent, très peu arrivent au bout. Nous partîmes 500 et par un coup du sort, je n’étais plus qu’un en arrivant au port…

Je mets de coté la création de start-up qui demande de vrais talents. Au minimum, ceux de savoir débaucher les bons créatifs. Passons sur le cinéma où d’inexpressifs acteurs (Ben Affleck, Sophie Marceau, etc…) peuvent devenir des stars surpayées et enchaînons sur la chanson.

Remarquez que je ne parle pas de musique mais de chanson. À part pour quelques soupes comme Rondo Veniziano ou André Rieu, il faut impérativement du vocal pour faire un tube. Recrutés pour leurs mensurations et non leur voix, les jeunes chanteurs se voient tous devenir Johnny Hallyday, Elvis Presley ou Madonna. Voire les trois à la fois…

Mick Jagger, la voix de la sagesse ?
Mick Jagger, la voix de la sagesse ?

Si vous ne connaissez pas encore Philippe Astor, je vous invite à lire son blog sur ZDnet, “Digital Jukebox“, c’est passionnant, bien écrit et ses réflexions sur le téléchargement illégal sont remarquables. Ses deux derniers articles sont précisément consacrés à ce thème : “Peer-to-peer : 22, v’là les flics !” et “Chronique d’une victoire amère“.

Dans ce dernier billet, il cite Mick Jagger :

« Si on regarde le siècle passé, de 1900 à 1970, les musiciens ne gagnaient pas d’argent du tout. Clairement, trente ans durant, il y a eu une embellie et certains musiciens ont décroché le gros lot. C’est peut-être fini… »

Ce discours m’a vraiment surprise et plongée dans de profondes réflexions. L’industrie du disque a tellement réussi à nous convaincre qu’il était normal qu’il y ait d’énormes vedettes qui croulent sous des montagnes d’argent que j’en avais totalement oublié que c’était un phénomène récent.

Si Mick Jagger a raison, alors cela signifie qu’on assiste à un retour à la normale après une période atypique. Je suis désolée pour les vedettes ou apprenties-vedettes qui en souffriront, mais depuis quand la musique doit-elle payer ? Un chanteur n’est pas au-dessus d’un pompier ou d’une infirmière et pourtant les salaires de ceux-ci sont bien modestes.

De nombreux groupes vivent de leur passion sans jamais figurer dans les charts. Ils font des concerts dans des petites salles, des foires, etc… S’il vous faut un exemple, je vous propose Godspeed You! Black Emperor, totalement atypiques, totalement inclassables et absolument géniaux (même s’ils sont inégalement inspirés). Ils sont hors-système et pourtant, ça marche pour eux.

Bref, il me semble urgent de pousser la réflexion plus loin que le simple “comment préserver les intérêts de l’industrie du disque”, surtout quand on voit ce que celle-ci propose : un filtre sur chaque ordinateur pour s’assurer que personne ne télécharge à votre insu…

[Photo : apostolic - Stock Xchng]

Delphine Dumont
www.RedacBox.fr, mon site professionnel

Pour commenter ce billet, merci de venir sur mon blog.
Sauf indication contraire, tous les droits sur ce contenu sont réservés.

Technorati Tags : P2P, industrie du disque, faire du fric vite

Lire aussi :

11 commentaires pour “La musique doit-elle payer ?”

  1. -|- Rikko dit :

    Moi je chante sous la douche…. ça compte ?



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    Ça dépend. Tu joues du piano en même temps ?



  3. -|- Philippe Astor dit :

    Bonjour Delphine, et merci pour ton commentaire sur mon blog. Je te retourne le compliment. Bien sûr que l’objectif n’est pas de sauver la peau des milliardaires du rock. Ils se portent d’ailleurs très bien, merci pour eux.

    Vouloir "sauver" l’industrie musicale ne veut pas nécessairement dire "préserver les intérêts de l’industrie du disque" dans mon esprit. A bien des égards, cette industrie (99 % de très petites PME) est un artisanat.

    Nombre d’entrepreneurs culturels de ma connaissance gagnent beaucoup moins d’argent que les artistes qu’ils produisent et risquent leur fonds propres à chaque signature d’un nouveau talent. Un vrai coup de poker (menteur ?) par les temps qui courent.

    C’est à eux que je pense essentiellement dans ma chronique d’une victoire amère. Les majors (et les fonds d’investissements ou actionnaires qui les possèdent) ont suffisamment d’actifs (leurs fonds de catalogue) pour durer encore longtemps. D’ailleurs, elles renouent pour certaines d’entre elles avec les bénéfices alors qu’elles réalisent un chiffre d’affaires deux fois inférieur à ce qu’il fut.

    Ce sont peut-être des dinosaures voués à disparaître, mais ce n’est pas vraiment ma préoccupation. Elles seront encore-là quand la diversité musicale ne s’exprimera plus, justement, que dans des petites salles ou sous la douche.



  4. -|- Rikko dit :

    Pas assez de place même pour un quart de queue, et par ailleurs, le bois supporte mal l’humidité…

    Et un orgue Bomtempi, c’est electrique donc dangereux (voir le syndrôme de Claude François) alors bon… temps pis…



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Bonjour Philippe
    Désolée pour ton séjour dans la trappaspam. Normalement, le confort devait y être à peu près correct, Rikko veillant à l’approvisionnement en muffins aux myrtilles et en Curly. :)

    Plus sérieusement, je suis tout à fait d’accord sur la nécessité de préserver les professionnels de la musique. Les studios, ingénieurs, petits producteurs, etc… ne vivent pas d’amour et d’eau fraiche et, sans eux, il ne nous resterait que les concerts et les enregistrements pirates pour écouter de la musique.

    La plupart des utilisateurs de P2P semblent d’accord pour payer et seule une minorité a un tempérament de sauterelles. Ce qu’il faut trouver c’est comment, combien et à qui payer. Si l’industrie du disque ou le gouvernement se consacrait à ces questions plutôt qu’à comment préserver ce qui fut, la situation serait bien moins difficile pour eux et surtout pour leurs sous-traitants. Tu m’apprends que les majors renouent avec les bénéfices, je crains que cela ne soit dû qu’à des produits du type sonneries, c’est bien fragile… Si cela s’effrite à nouveau, ils vont redevenir plus hargneux que jamais. :(



  6. -|- Canardo dit :

    Un article intelligent (ça veux pas dire que les précédent étaient bêtes, hein !). J’aime bien ta façon de t’emparer d’un sujet, quand tu t’y mets. Enfin, ça dépend du sujet, mais là, j’attends impatiemment tes prochaines réflexions sur le sujet que, j’en suis sur, tu vas investir à fond ;-)



  7. -|- Personne :D dit :

    Alors là, pas d’accord… J’aime bien Sophie Marceau, elle a fait fantasmer toute une génération de boutonneux dans la Boum qui à même permis a Richard Sanderson de se remplir un poil les poches avec sa soupe illustre !
    Sinon, pour élargir le débat, on peut aussi se poser des questions quant au retour des taxes "photocopillage" vers les auteurs. Qui peut aujourd’hui désigner l’un des heureux bénéficiaires d’un retour de cette taxe au créateur ?
    Il ne s’agit encore une fois que d’engraisser le mammouth industriel et lui donner plus de moyens pour noyauter l’anti-démocratie qu’est la commission européenne !
    Grrr, la semaine commence à peine et je suis déjà énnervé avant les grèves tiens :/



  8. -|- Delphine Dumont dit :

    Canardo > ;)
    Personne > C’est vrai que j’avais été passionnée autant qu’écœurée de découvrir le système de répartition de la Sacem (tout sauf juste et protecteur des petits) et que ça m’intéresserait beaucoup de savoir ce que deviennent les taxes sur les supports. Je les vois aussi bien reversées que les recettes de la vignette auto l’ont été aux retraites…



  9. -|- Rikko dit :

    Hola hola hola…..
    Qu’entends-je……
    Fantasmer sur Sophie Marceau…. Ya prescription… on préfera la belle Monica Belluci et c’est comme ça et pas autrement !

    Et puis dire que la commission des communautés européenne est antidémocratique quand on vis dans un pays qui a voté non à la constitution européenne, c’est un petit peu se foutre de la gueule du monde…

    Cher personne (Monsieur Ulysse I presume !!!) la démocratie il faut l’assumer, c’est à dire se ranger dans l’opposition tout en se conformant à la décision du nombre… merci !

    Petit rappel : la grève est un droit, ce n’est pas parce que ta lâcheté te pousse à ne pas l’utiliser que tu dois en priver ceux qui l’utilisent…
    Et non, je ne suis pas fonctionnaire, donc cela n’explique rien !



  10. -|- Personne :D dit :

    Rikko,

    Le pseudo, c’est entre moi et quelqun qui se connait sur ce site, donc sur ce point, Môssieur le donneur de leçon, occupes-toi donc de ce qui te regard, oh très public Rikko Rikko, rue Rikko à Rikkoville !

    Ensuite, je me permets de te rappeller que la liberté de circulation, comme la grève ou la connerie atavique est un droit dans ce pays, et la liberté d’opinion aussi !
    Qu’une bande d’ânes pénalisent la majorité pour conserver aux dépends de ladite majorité quelques privilèges d’un autre âge, aggravant par là même la crise d’un régime général par ailleurs condamné (et là ce n’est pas une opinion, mais un constat basé sur le fait que nous vivons dans un monde où les mathématiques euclidiennes ont une certaine validité).
    Quant à ce qui est de fantasmer sur Monica Bellucci, pas de problème si tu préfères les femmes plus mûres (Paix à l’âme de Jeanne Calmant) ;p



  11. -|- Delphine Dumont dit :

    Ça va finir en duel au sabre, ça… :z



Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog