Le bruit et le fuhrer

Par Delphine Dumont, le 26 février 2008 | Politique-tac |

Connaissez-vous la notion de "bruit" en photographie ? Il s'agit de ces taches de couleur qui apparaissent quand l'effort demandé à un capteur est trop important (pour une explication complète, je vous renvoie à cet excellent article de 01net : "Comment ça marche : le bruit d'image"). Plus il y a de bruit, moins l'image est belle et peut même devenir totalement illisible.

C'est précisément la stratégie du PS. Intervenir sur tout et n'importe quoi, mélanger le bénin et le grave, convoquer les grands mots et l'Histoire, déformer les propos et les projets, ça fait les choux gras des médias mais ça ne fait pas avancer les choses et c'est dangereux pour la démocratie.

L'idée générale est que l'ascension d'Hitler s'est faite dans un climat d'approbation générale et qu'il aurait fallu être plus vigilant. Il suffit de se rappeler de l'assentiment des dirigeants qui ont rencontré le Fuhrer en 1938 pour les accords de Munich, en particulier, le Premier Ministre britannique Neville Chamberlain, pour reconnaître que la perspicacité n'a pas été au rendez-vous.1

Dans cette optique de vigilance contemporaine, on fait feu de tout bois. Nicolas Sarkozy a la grande bonté de mettre à disposition en permanence, un grand tas de bûches et la flambée est superbe. Reste à savoir si elle est nécessaire et profitable.

Nécessaire et profitable ?

Pour continuer sur la métaphore de la flambée, s'il fait froid dans la cave, placer des bûches dans une chambre du second étage n'a aucun intérêt. Il peut donc y avoir nécessité sans qu'il y ait profit d'une action en rapport.

Qu'on se montre vigilant pour ne plus permettre la montée en puissance de mouvements extrêmistes (droite ou gauche, peu importe, les deux sont criminels), c'est formidable ! Ça veut dire qu'on a bien retenu la leçon des décennies de crimes politiques. Mais qu'on évoque la vigilance par stratégie médiatique sans faire preuve de la moindre vigilance réelle, c'est dramatique ! A crier au loup sans cesse, on finit par se faire bouffer tout cru, c'est légendairement prouvé.

Yvan Rioufol, avec qui je ne suis pas toujours d'accord, parle dans son billet "La stratégie de l'embrouillamini", de la manie de l'opposition : brouiller le message du gouvernement. Il souligne qu'à s'enflammer sur des détails tels que le "Pauvre con" ou la Rolex de Sarkozy, on rend inaudibles les points importants, que ce soit le discours qu'a prononcé Nicolas Sarkozy au salon de l'agriculture (et non, il n'a pas ouvert la bouche que pour un insulter un TSS) ou la suggestion de Christian Estrosi pour la réforme du droit du sol à Mayotte (sujet pourtant très propice à la discussion).

S'opposer, c'est aussi proposer

Ce qui me désole le plus, c'est que cette stratégie de brouillage et d'hystérie est non seulement malhonnête, mais elle est aussi stérile. Quelques soient les torts, réels ou supposés, de Nicolas Sarkozy, cela ne peut en aucune manière être une bonne raison pour l'opposition de se retrouver aussi creuse ! Je sais parfaitement que la gauche, PS ou non, compte dans ses rangs des hommes et des femmes de grande valeur2 et j'aimerais les entendre proposer, j'aimerais les savoir ouverts à la discussion avec le camp d'en face.

Peut-être proposent-ils, discutent-ils, s'ouvrent-ils ? Mais ce n'est pas l'impression que ça donne. À vouloir brouiller le message de Sarkozy et du gouvernement, c'est son propre message que brouille la gauche et ça, je trouve ça vraiment dommage, voire dangereux pour la démocratie.

Pour être claire

Avant qu'on me ressorte le "Pauvre con" du salon de l'agriculture et qu'on soit éventuellement tenté d'en faire un argument, je vais apporter les précisions utiles. Les commentaires qui se bloqueront sur ce point seront renvoyés à ce passage de mon billet.

Donc, samedi dernier, Sarkozy a insulté un visiteur du salon de l'agriculture. Peu importe que ce visiteur ait eu une attitude aussi stupide qu'insultante auparavant, je pense que Sarkozy n'avait pas à répondre ainsi. D'abord, parce qu'il est Président de la République et qu'il doit être au-dessus de ça, ensuite parce que 53% des électeurs l'ont choisi, quelle est, dès lors, l'importance de ce badaud ???, enfin, parce qu'il se fait le chantre d'un retour à des comportements plus civilisés et qu'il donne là un facheux contre-exemple. Je ne l'approuve et ne le défends aucunement sur cet incident.

En revanche, autant je déplore les propos, autant cette histoire ne me fait pas regretter un instant d'avoir voté pour lui. Je n'ai pas voté pour lui pour son langage, ni pour ses histoires de cœur, ni pour ses amis, ni pour ses goûts musicaux, j'ai voté pour lui pour qu'il accomplisse les réformes dont notre pays a besoin. De ce côté-là, il ne me déçoit pas, il avance vite et plutôt bien. Il est extraordinairement bien secondé par François Fillon (qui ne cesse de grandir dans mon estime), c'est vrai, mais je ne vais pas reprocher à Sarkozy d'avoir su bien s'entourer.

Enfin, même si je condamne ces propos et cette attitude sans réserves, je les classe dans le registre du délit léger. En revanche, un passage de la vidéo de la rencontre entre Royal et Balkany à Levallois-Perret m'a beaucoup plus choquée. Pas la rencontre elle-même, non, juste avant. À 34 secondes du début environ, une dame âgée tombe à quelques dizaines de centimètres de Ségolène Royal. Celle-ci n'esquisse pas un geste pour la retenir, mais surtout affiche une mine de dégoût profond comme si elle craignait de marcher dans un caca de chien. Enfin, elle avance sans même prendre des nouvelles de la vieille dame. Ça oui, ça me choque. Il y a quelques mois, elle nous jouait le rôle de la madone de l'empathie qui va même toucher les handicapés (à croire qu'elle se prenait pour Clémentine Célarié qui embrassait un séropositif sur la bouche) et aujourd'hui, elle regarde les vieilles tomber avec dégoût.

Pour finir sur une note plus souriante, je vous recommande, sur la même vidéo, la dame extraordinaire qui nous parle de Bernadette Soubirou (à 1mn50 environ). Je ne m'en lasse pas, elle est terrrrible ! :'D

  • 1 : C'est l'occasion de vous recommander de voir ou revoir l'excellent "De Nuremberg à Nuremberg" de Frédéric Rossif - remonter au texte
  • 2 : Je ne dis pas ça pour flatter mes lecteurs de gauche, je le dis parce que je le pense très sincèrement. De même qu'il n'y a pas un homme ou un parti politique de droite dont je partage toutes les idées, il n'existe pas un homme ou un parti politique de gauche dont je réfute toutes les idées. Il y a du bon et du mauvais des deux cotés. - remonter au texte

Delphine Dumont
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Technorati Tags : Parti socialiste, Nicolas Sarkozy, pauvre con

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20 commentaires pour “Le bruit et le fuhrer”

  1. -|- koz dit :

    Je ne suis pas absolument certain pour la "moue dégoûtée". En revanche, je suis d'accord avec toi : elle n'en a strictement rien à talquer. Pas concernée. Elle regarde, mais l'important n'est pas là : y'a surtout des caméras, des journalistes.



  2. -|- Koztoujours, tu m'intéresses ! dit :

    C’était pas le moment

    Quand une vieille dame tombe à côté de Ségolène Royal, que fait-elle ? Rien. Je suis sûr que la presse unanime va s’emparer de cet épisode. Il ne peut pas en être autrement. via Delphine, de Rédacbox. (voir à 0′34” ) ...



  3. -|- Delphine Dumont dit :

    C'est vrai que ça peut aussi être de l'ennui. Ah ces vieux qui tombent en travers du chemin, quel calvaire !...



  4. -|- cilia dit :

    Bonjour Delphine,
    J'aime bien ce billet. Je te lis depuis peu de temps, et cette appréciation peut se décliner sur beaucoup d'autres billets.
    Et je suis particulièrement d'accord avec toi sur le chapitre de la vigilance, la vraie.



  5. -|- Delphine Dumont dit :

    Bonjour Cilia et merci ! :)



  6. -|- Canardo dit :

    Je ne vois ni de dégout, ni d'ennui sur son visage, 'faudrai voir à ne pas raconter de bêtises. Bon, après c'est vrai qu'elle a l'air de s'en soucier comme d'une vieille paire de chaussettes trouées. Cela dit, je n'attend pas forcément d'un personnage politique qu'il ai un grand cœur.



  7. -|- Olivier dit :

    Bon, personne n'a compris ...
    En fait, la dame faisait ses courses tranquillement au marché;
    tout à coup elle est tombée nez à nez avec Ségolène;
    elle a eu la peur de sa vie;
    prise de vertiges, elle est alors tombée par terre;
    et Ségolène passa... l'air de dire "c'pas ma faute ... et vous ça va ?".



  8. -|- Michael dit :

    Canardo > Je pense que tu n'as pas saisi ce que Delphine voulait dire, elle note simplement que d'un fait sans intérêt on peut tirer toutes sortes de conclusions farfelues et crier aux loups...

    Je pense que l'on s'accorde tous sur le fait que cet événement est sans intérêt, tout comme nombre d'autres événements relatifs a Sarkozy et largement relayés dans la presse dite sérieuse…

    Cette hystérie est tout bonnement ahurissante et limite dangereuse.



  9. -|- Delphine Dumont dit :

    Canardo > Michael t'a très bien répondu pour moi. Je rajouterai quand même que l'image de madone en prend un sérieux coup. Pour le reste, ça fait 3 jours que j'ai vu cette vidéo. Si je l'avais jugé importante, j'aurais fait un billet dans la seconde. ;)

    Olivier > Bon sang, mais c'est bien sûr ! :D
    En plus, avec tous les gens qui s'évanouissent sur son passage, si Royal devait toujours s'y attarder, elle ne pourrait jamais avancer.

    Michael > Merci, c'est exactement ça ! :)



  10. -|- Michael dit :

    Delphine > Mais de rien ma chère Delphine. J'ai découvert ton blog il y a quelques jours (via Koz), et je dois dire que je suis sous le charme de tes analyses fines et extrêmement justes. Un bol d’air frais dans cette hystérie collective.



  11. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci à nouveau ! ;)



  12. -|- Patapé ! dit :

    Bonjour,

    En politique comme ailleurs, qui se couche avec le cul qui gratte... se réveille avec le doigt qui pue ! Et nombreux sont semble-t'il ceux qui se sont jetés dans les bras de Morphée en faisait fi de démangeaisons postérieures...

    Et bonne vavcances à ceux qui en ont ! :/



  13. -|- Claudius dit :

    Entièrement d'accord avec toi (ou avec vous, c'est selon), sinon que je ne limiterais pas la production des "bruits d'image" au PS. D'autres, à d'autres bords, s'en servent également.
    Ce qui n'excuse rien.



  14. -|- Delphine Dumont dit :

    Quand on pense qu'ils se serrent tous la main...
    Existe-t-il un équivalent à "maladie nosocomiale" pour parler de la transmission des germes par serrement de mains en politique ? ;)



  15. -|- Delphine Dumont dit :

    Claudius > Pas de souci pour le tutoiement. :)
    Bien sûr, la droite fait aussi beaucoup de bruit, en partie pour contrer le bruit d'en face et en partie par habitude. Mais, vraiment, vraiment, ça me désole qu'on n'entende la gauche qu'en opposition, en critique et en mauvaise foi. Sarkozy, quoiqu'on puisse lui reprocher par ailleurs, a fait un grand pas avec une ouverture risquée et réelle. Les hommes politiques de gauche qui ont accepté cette ouverture, ne se sont pas reniés et montrent, à mon avis, la bonne voie. C'est dommage qu'ils soient traités en parias et non en exemples.



  16. -|- Personne :D dit :

    µBonjour à tous !

    A quoi bon pinailler sur le bruit à l'ère du numérique ?
    Le bruit est typiquement un signal indésirable qui vient parasiter un signal recherché... Dans le domaine de l'analogique, c'est un véritable fléau qui ne fait que croitre avec la étapes de traitement, impossible de s'en débarasser, tout au mieux peut-on en limiter la prolifération (cf le dolby).
    Heureusement, en numérique, le bruit - s'il exise toujours, faut pas rêver - est beaucoup mieux contrôlé !
    Il y a nécessairement le bruit lié à la numérisation car entre Shannon et la pratique, il y a notament ça ! Plus encore avec la mode des mp3 et autres formats dégénaratifs (comme le jpeg pour en revenir au photos) il y a aussi le bruit de compression, car pour faire rentrer un gros signal dans une petite clef (ou toute autre mémoire), il faut bien sacrfier un peu de signal ! Quoi qu'il en soit, une foit le document numérique élaboré, on peu le propager et le multiplier à l'infini sans plus de bruit ajouter...
    Le numérique internetisé nous permet via SETI d'étudier également le bruit cosmique recueilli à Arecibo (plus d'ailleurs celui du captteur :D).
    Mais enfin, comme le signal garde sa qualité - sauf en cas d'errur maltapropos de copier-coller - le ouaibe nous ouvre des horizons infinis... Et même avec la prolofération deuzéroïème, la multiplication de diverses manifestions captivanes des émanations toujours plus nombreuses (on dirait presque la loi de Moore) de ce puits sans fond qu'est la connerie humaine (pléonasme soit dit en passant) :D !
    Mais alors, pour ceux qui ont suivi, je viens de ma tirer une balle dans le pied: le buzz est bien un bruit propagé e multiplié par un support numérique et qui ne fait que croitre - un temps du moins - au fur et à mesure de sa propagation...
    Mais que nenni enfin ! Le support n'a rien a voir avec le message et le fait que des milliards de neurones se soient activés pour permettre à de pareilles conneries de se propager est certes un paradoxe, mais n'oublions pas qu'une insulte à l'intelligence suppose - à un moment ou un autre - l'existence de ladite intelligence :p

    Sur ce, je vais, épuisé et le clavier fulmant, aller faire un tour dans la charmante bourgade de Patapé :D



  17. -|- Rikko dit :

    ACHTUNG !!!

    Coup de gueule

    Ma très chère Delphes,

    Je sais ton talent pour les titres malins et accrocheurs, mais associer le PS et le 3ème reich... Je sais que quand on veux tuer son chien on dit qu'il a la rage mais là... tu dérives...

    Le bruit, je suis d'accord, la merdouille à gauche, je suis d'accord, mais de là à dire (ou laisser entendre) que si on se retrouve sous un régime totalitaire ce sera à cause du PS qui fait pas bien son boulot.... Tu n'y vas pas avec le dos de la main morte (j'adore cette expression débile ! Presqu' autant que "c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres !")

    J'avais noté que tu étais plutôt centre droit (euphémisme...) mais là... Je sais pas... j'ai l'impression que tu glisses...

    Cela fais un moment que je me nouris gouluement de ton blog parce qu'il est :

    - bien écrit
    - malin
    - bien documenté
    - drôle
    - accessible
    - autres

    Mais depuis quelques temps... c'est plus ça...

    Ce n'est que mon avis (et je le respecte...)

    Votre serviteur Madame



  18. -|- Delphine Dumont dit :

    Houla ! Mais je n'associe pas le PS au IIIème Reich. Je regrette suffisamment souvent qu'on traite Sarkozy de dictateur pour ne pas verser dans l'excès inverse.

    Ce que je dis dans ce billet, c'est qu'il existe une gauche qui semble traumatisée par le souvenir de l'ascension plus que facile d'Hitler. Je sais que, parmi ceux qui crient au fascisme aujourd'hui, il y en a un certain nombre qui jouent à se faire peur et un autre certain nombre qui surfent sur une vague démago, mais il en existe un troisième certain nombre qui est vraiment et profondément persuadé que la vigilance doit être absolue. Un peu comme des vigiles qui fouilleraient chaque client sortant d'un magasin. Oui, il y aurait moins de vols, mais il n'y aurait plus de clients non plus. Ici, nous n'aurions plus de risques de dérive de la démocratie, mais plus de démocratie non plus.

    La vigilance est de mise. Pour que la seconde guerre ne soit pas qu'un mauvais souvenir et une histoire pour se faire peur, nous devons tirer les leçons qui s'imposent. La vigilance ne doit pas être un truc d'excités paranos, mais une veille analytique. C'est pour cela que je parle de crier au loup.

    Pour le bien-être de la démocratie, il est essentiel que l'opposition soit constructive, qu'elle propose, qu'elle avance. Actuellement, entre les rêves d'utopie de l'extrême-gauche et les disputes de cour de récré du PS, l'opposition est dans les choux. À qui la faute ? Je l'ignore, mais c'est ce comportement est dangereux, profondément.



  19. -|- Rikko dit :

    Bon... c'est un peu plus clair comme ça ... quoi que...

    Que l'opposition soit constructive, tous le monde aimerais bien manifestement !

    On se demande juste ce qu'ils attendent...

    Ceci dit, on est dans la même configuration que les déchirements à droite dans les années 80... Je sais, tu ne t'en rapelles pas, tu es si jeune (tentative éhontée et obséquieuse de flatter la rédaction...)

    Mais ce que j'en fis c'est attention : tu connais les méfaits de la lecture en diagonale... les associations de ce genre peuvent générer des incompression...

    Tu vas me dire que, je te cite : "La vigilance ne doit pas être un truc d'excités paranos, mais une veille analytique. C'est pour cela que je parle de crier au loup."

    Et bien : AU LOUP !!!!

    Parce que peut être que si on avais crié plus "au loup" justement, on l'aurai pas eu la deuxième guerre mondiale !



  20. -|- Delphine Dumont dit :

    Un loup ? Où ça ? :z

    Mais non, pfff ! C'est mon chien ! :'D



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