La contestation comme une évidence

Par Delphine Dumont, le 2 avril 2009 | Général

Bien avant la crise, la contestation était légitime par définition. Avec la crise, on atteint le stade supérieur, elle est devenue nécessaire. Il est malvenu de la critiquer, sus aux méchants désignés !

Une contestation forcément légitime ?

Quelque soit la décision prise, il est évident qu'il est difficile de s'assurer qu'elle satisfera toutes les personnes concernées. Quand on doit en souffrir directement ou indirectement, la contestation est donc légitime. C'est une condition qui me parait incontournable, mais pour autant, elle ne dispense pas d'un minimum de réflexion.

Ces derniers temps, il est de bon ton de critiquer toutes les décisions et déclarations venant de certaines têtes de turcs comme Nicolas Sarkozy, le Pape, les patrons, les banquiers, etc. Bien sûr, certains d'entre eux semblent chercher les coups mais, à se conduire en moutons de Panurge, les contestataires perdent de leur légitimité. Qui s'inquiète encore d'une alarme de voiture qui résonne ? À force de se déclencher intempestivement, plus personne ne s'en émeut !

Manifestation au G20 de Londres (Photo : Room 1834 - Flickr)

Une contestation sans limites ?

Des parents qui frappent les profs dans l'enceinte même des lycées et collèges aux salariés qui prennent des cadres en otages, la violence s'invite de plus en plus souvent dans la contestation sous l'œil complaisant des médias. C'est bon, ça, Coco, ça va faire de l'audience !

Certains groupes, syndicats ou associations, sont même connus pour la violence qui accompagne toujours leurs manifestations.

Les débordements lors de manifestations ne sont certes pas nouveaux. Il n'est pas besoin de remonter jusqu'à la Commune pour en trouver. Ce qui est nouveau, c'est le caractère quasi-systématiquement violent et surtout les incroyables progrès en matière d'organisation.

Une contestation universellement organisée, mais par qui ?

L'autre point commun entre les contestataires et les moutons, c'est qu'il est très difficile de les rassembler. Autant chacun nous fera profiter de son coup de gueule au Café du Commerce ou sur Twitter, autant il est dur de le traîner à une manifestation. Il en faut des chiens de bergers pour s'assurer que le troupeau sera là. Demandez à Martine Aubry, elle en connait un rayon sur le sujet, elle est même au zénith de la connaissance dans le domaine.

Le G20 qui réunit aujourd'hui à Londres le very best-of des hommes et femmes politiques du monde, réunit aussi le very best-of des mouvements contestataires. On avait déjà vu ça à Davos et aux autres précédents sommets internationaux, mais l'ampleur et l'organisation semblent cette fois dépasser les forces de l'ordre.

On voit défiler dans l'ordre (dans l'ordre !) des mouvements aussi différents que les anti-guerres en Irak, les anti-nucléaires, les défenseurs des animaux, etc. Si, comme moi, vous vous êtes un peu intéressé à l'étude des mouvements de foule et à l'encadrement de défilés, vous saurez à quel point le terme de "chiens de berger" pour insultant qu'il puisse sembler est bien ce qui se rapproche le plus du travail qu'il faut faire.

À Londres, l'organisation semble prouver qu'il y a derrière ces défilés une vraie organisation. Il est possible qu'elle vienne des forces de l'ordre, ça pourrait être logique. Cependant, quand on voit comme ces mêmes forces de l'ordre ont été débordées hier, ça semble moins évident. Si ce n'est eux, alors qui ?

Une contestation systématique sans conséquences ?

Même les manifestations qui se veulent les plus pacifiques débordent parfois, il n'est malheureusement pas rare qu'il y ait des blessés, voire des morts en marge des défilés ou des occupations de terrains. Mais parfois, la violence est délibérément choisie comme forme de manifestation, comme dans les prises d'otages chez Sony ou Caterpillar. Pour l'instant, il semble que cela se soit fini sans trop de casse.

Sans trop de casse, ni de sanction... Je veux bien comprendre que le gouvernement recherche l'apaisement et renonce aux sanctions, mais quel signe est donné ? Chez Calvi, l'autre soir, on parlait du phénomène de "bandes". C'était moyennement intéressant mais il y est revenu plusieurs fois que les jeunes étaient sensibles à l'impunité des manifestations syndicales et s'en trouvaient sur-motivés.

Et ? Pas de contestation ?

Loin de moi l'idée d'interdire toute forme de contestation. Je suis vraiment trop souvent en train de râler pour ça. ;D

Cependant, je crois au pouvoir de la sanction juste, c'est à dire ni systématique, ni aveugle. Je crois aussi à la puissance de la négligence, on laisse pisser le mérinos et finalement, on baigne dans l'urine de tout le troupeau !

Alors, si je comprends l'inquiétude qui motive de nombreux individus face à la surdité de grands dirigeants, face aux menaces réelles ou imaginaires des GSM, des OGM, du nucléaire, etc., face à la crise ou face à ce qu'on nomme pudiquement "l'incivilité ordinaire", je constate que la contestation semble répondre à la surdité par une autre surdité et je ne vois pas en quoi cela pourrait aboutir à quelque chose de bon.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Pour en savoir plus :

  • Mouvements de foules sur ImaginaScience
  • Modélisation mathématique et numérique de mouvements de foule, thèse de Juliette Venel
  • Photos du G20 sur Flickr

Crédit photo :

  • Room 1834 sur Flickr

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7 commentaires pour “La contestation comme une évidence”

  1. -|- Rikko dit :

    Je suis assez d'accord avec ton analyse, et surtout avec les méfaits médiatiques.

    Pour tout dire la complaisance des medias qui préfèrent des images de violence à des images de négociation (c'est pô terrib' ça bouge pas!!!) m'insuporte !!!

    A fortiori quand c'est du genre :
    " C'est derrière cette porte que ce trouve Monsieur Glandu séquestré depuis ce matin bla bla bla !!! "
    C'est bien la peine de faire 200 bornes pour filmer une porte !!!

    Par contre, si la violence s'invite de plus en plus dans la contestation, c'est aussi parce que les "contestataires" n'ont plus vraiment d'autres options...

    Aujourd'hui, ce sont des entreprises qui ont déjà réduit les salaires, réduit les charges, augmenté le nombre d'heures de travail etc etc... qui se retrouvent fermées malgré les promesses de la direction de sauvegarder les emplois si les salariés acceptaient ces contraintes!!!

    Quelles solutions alors ?

    Quand on ne peut plus croire la parole donnée, quand la négociation est unilatérale, quand les organismes chargé de porter la parole humble n'est plus qu'un relais médiatique de plus ???

    D'accord... la violence n'est peut être pas la solution (certainement pas même) mais c'est quand même bien tentant !!!

    Cette discussion me rapelle un film que j'avais adoré (V comme Vendetta) , je ne prétend pas qu'il y ait à l'intérieur une "puissante philosophie" (ni dans le film ni dans la BD) mais elle permet certainement de comprendre par quels mécanismes les individus basculent dans la violence : ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'autres alternatives, c'est parce qu'on leur à laissé croire qu'il n'y en avait plus d'autre !!!

    Et j'ai bien peur qu'aujourd'hui nous manquions cruellement de messages d'espoir...

    Alors, sans vouloir faire de misérabilisme, ceux qui se demandent ce qu'il vont faire pour payer leur loyer, ou nourir leurs enfant, ou s'acheter un 4X4 neuf, quel espoir leurs montrent on aujourd'hui, quelle solution leurs proposent-on ?

    On en est arrivé à un déséquilibre de la paix sociale, c'est aussi bien le résultat des idioties de la gauche que de la droite, amis.... Quid de demain ?

    Qui aujourd'hui parle de relance ?
    Qui aujourd'hui demande quels résultats devraient obtenir un patron pour obtenir des émoluements supplémentaires ?
    Qui nous dira comment demain ça ira mieux ???

    il semble que les moutons de panurge dont tu parle manquent cruellemnt d'un berger bienveillant !

    Je ne vois pas beaucoup de doigts se lever... Fautes de volontaires, on risque bien d'avoir une levée de poing !

    Et par ailleurs, l'emission de Calvi sur les bandes n'étais pas si mal... elle a au moins le mérite de mettre en présence des personnes ayant un point de vue (et pas seulement du café du commerce que tu semble mépriser un peu vite...) et de les confronter... Toujours mieux que les chroniques mondaines de Canal plus déguisé en magazine d'informa



  2. -|- Rikko dit :

    tion....

    Magasine d'information...

    J'ai du faire une fausse manip' autant pour moi !

    Ne laissons pas les intifada sociale se multiplier... Bougeons nous le cul !



  3. -|- couliine dit :

    Moi aussi je conteste et j'en ai marre
    la mairie me supprime mon alloc pour ma nounou et sans ça ben je vais être obligé de la licencier...
    j'en ai marre de marre

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/social/20090329.OBS1195/argenteuil__la_mairie_promet_une_allocation_amenagee.html

    Ma nounou veut pas reduire son temps de travail...je peux pas payer un plein temps et bien conclusion je vais la licencier et je fais quoi de mes deux filles?
    vu que pour faire garder ses enfants c'est la galère déjà à Argentueil
    pffffffffffffffffff



  4. -|- Rikko dit :

    Si même Couliine entre dans la contestation et la violence.... Moi je dis.... ça va pô bien !!!

    Allez Couliine ! Bienvenue dans mon équipage !!! Allons faire sombrer quelques frégates !!!



  5. -|- couliine dit :

    a l'abordage capitaine rikko;)



  6. -|- couliine dit :

    la violence c'est quand on n'a plus les mots pour dire...



  7. -|- Rikko dit :

    ...Ou quand le bateau adverse refuse de se rendre !

    Tant pis pour lui !

    Tiens... prends un Sabre Couliine... ça peux servir... et reste à côté de moi, je voudrais pô qui t'arrive malheur !



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