On n’en meurt pas

Par Delphine Dumont, le 11 septembre 2011 | En bref

Une main aux fesses, c'est vrai, on n'en meurt pas en général. Mais, comme de toute agression sexuelle, en guérit-on jamais tout à fait ?

Lors d'une discussion sur Twitter à propos de l'attitude de Tristane Banon au célèbre dîner d'Ardisson, j'ai donné à mon interlocuteur le lien de cet article : Retour sur Nafissatou Diallo : pudeur et tremblements. C'était ce passage en particulier que je trouvais intéressant :

« Le problème, c'est qu'il n'y a pas de bonne façon de parler de viol, et toutes les victimes de violences sexuelles sont a priori louches, tant l'autre problème, le problème surplombant peut-être, c'est qu'il n'y a pas de bonne façon de parler de sexe. »

Par chance, je n'ai jamais été violée (et j'insiste sur le mot "chance"), mais j'ai vécu d'autres types d'agression sexuelle.

La première fois qu'on m'a mis la main aux fesses, j'avais onze ans et demi. Un homme m'a imposé son désir et son contact alors que je n'avais que onze ans et demi !

À ceux qui s'imaginent que j'étais déjà un joli petit bout de femme bien tentant, je réponds que non. J'étais grande, certes, mais pas du tout formée. Je n'étais absolument pas coquette, plutôt du genre à porter une horrible robe chasuble et des chaussettes hautes dont l'une me tombait sur la cheville. Dans ma tête, les garçons se résumaient à de super copains de jeux de ballon, de cache-cache ou de course-poursuite.

Cette main aux fesses s'est accompagnée d'un gémissement sourd, j'imagine que mon agresseur pensait exprimer son désir de façon sensuelle. Moi, j'ai trouvé ça terrifiant. Alice tombait au fond du terrier.

Main tendrement posée sur les fesses d'une épouse - photo Alex E. Proimos - Flickr

Quelque temps plus tard, j'ai vécu à nouveau cette agression. Cette fois-là a été pire que la première. J'attendais l'ascenseur pour rentrer chez moi, un homme est venu à côté de moi, je n'y ai pas pris garde. Quand l'ascenseur est arrivé, j'ai ouvert la porte et l'homme a profité de ce que j'entrais pour m'agresser. Cette main-là était avec un doigt en avant. Dieu merci, il ne m'a pas suivie dans la cabine et s'est enfui. Je suis rentrée chez moi, je me suis barricadée et j'ai pleuré à m'en faire mal.

Pendant longtemps ensuite, je n'ai plus osé attendre seule l'ascenseur. Je restais dans le hall, vaste et bien éclairé, jusqu'à ce que quelqu'un que je connaisse arrive et que je puisse monter avec lui ou elle.

J'ai aussi connu le dragueur lourd qui devient agressif et menaçant, le type louche qui te suit, la bande qui t'entoure en essayant de toucher tes seins ou tes fesses, l'agresseur « qui ne ferait jamais ça » et contre qui, c'est "parole contre parole", etc.

Toutes ces agressions que la plupart des femmes ont aussi connues, je n'en parle jamais. Avec les femmes, ce n'est pas la peine, puisqu'on l'a toutes vécu (2ème partie du billet).

Avec les hommes, c'est plus compliqué. D'une part, comme le dit Peggy Sastre, parce qu'il n'y a pas de bonne façon d'en parler. D'autre part, parce qu'on s'entend répondre qu'on n'en meurt pas. Toujours cette incroyable capacité qu'ont certains hommes à très bien supporter les violences faites aux femmes...

Malgré toutes ces expériences traumatisantes, je suis quelqu'un de plutôt souriant, qui rit volontiers. Ma douleur, je la garde pour mon psy. Si je vous le dis, c'est pour rappeler que l'on ne peut pas juger la réalité, ni l'importance d'une agression à l'attitude de la victime, sur le moment et, encore moins, des années plus tard.

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

Photo : Extrait de Wedding Posers, High Line Park par Alex E. Proimos sur Flickr

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9 commentaires pour “On n’en meurt pas”

  1. -|- Rikko dit :

    Moi aussi on m'a mis la main aux fesse... J'en, fais pô un billet !
    Ni une jaunisse !



  2. -|- Delphine Dumont dit :

    ...



  3. -|- Rikko dit :

    Mince... yapu que les points qui marchent sur ton clavier... ça va pô être commode pour faire des billets !



  4. -|- couliine dit :

    moi j'aimerai bien savoir combien d'homme se font mettre une main aux fesses en comparaison au nombre de femme?
    et encore une main aux fesses c'est "sobre "...celles qui prennent le métro, le savent, qu'aux heures de pointes ça peut être l'horreur quand un homme "en profite" et tout le reste ...
    Et non la dérision sur le sujet ne me fait pas rire même pas jaune
    Parce qu'une femme subit ce genre d'agression uniquement parce qu'elle est femme, par ce que la socièté le tolère... je sais ce que je dois apprendre a mes filles, malheureusement, alors que j'aimerai simplement leur dire qu'homme ou femme on a tous droit au respect de notre différence



  5. -|- Rikko dit :

    Taratata !

    Mon propos relativisant ne vise pô à cautionner, ou a populariser, voire à pardonner l'indignité d'une main sur les partie intimes d'une autre personne sans l'accord préalable (et probablement synalagmatique car dans ces cas là on va pas forcément sortir un formulaire)de la sus nommée personne, et cela quel que soit son sexe, la taille d'y celui son sexe et ses préférences en matière de qui fait quoi...

    Je condamne se genre de raccourci gestuel qui sont indigne de la nature humaine et nous ramène plus bas que le chien, lequel se contente d'humer le posterieur sans oser, par pudeur sûrement, y porter une papatte libidineuse et malotruse.

    Non, la main au cul c'est mal, la cible fut elle callipyge...

    Tel le ,Bakri moyen tentant d'éduquer son Didier/chien/Alain Chabat, je dirais : "Non , on ne sent pas le cul de la boulangère, même si on la connais bien ..." et j'ajouterais qu'on y met pas la main non plus.

    Quand à la probabilité pour un homme d'avoir la main au cul, je rappelle qu'étant vaguemet deux fois moins nombreux que vous mêmes, Ô déesse féminines qui rendent notre existence acceptable, nous en profitons moins, et que donc, nosu nous en plaignons moins aussi (toujours statistiquement).

    Je dirais en conclusion parce que je crois que sinon ma quiche loraine va brûler : c'est dégeulasse d'imposer son désir à l'autre, mais on en meurt pas... Tiens ... C'est le titre... La boucle est bouclé, la quiche est prête ... A TABLE !



  6. -|- Delphine Dumont dit :

    Merci Couliine ! Moi non plus, la dérision sur le sujet ne me fait pas rire. Ma première main aux fesses ne m'a pas donné la jaunisse, non, ça a été bien pire. Si je fais un billet de ces agressions sexuelles, c'est autant pour dire que c'est grave que pour dire qu'on peut continuer à vivre. Mais si on continue à vivre après, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas mort d'homme, c'est parce que l'homme a un réflexe de survie bien ancré et que, souvent, l'entourage est là pour aider. Comme toute blessure profonde, il y a une souffrance résiduelle agravée par le fait que, comme tu le dis Couliine, la société le tolère très bien. Quand une femme se fait mettre la main aux fesses, ça fait rire. Récemment encore, la police refusait d'enregistrer ce type de plaintes.

    Moi aussi, je dois apprendre à ma fille à se protéger, à se défendre et à exiger le respect qui lui est dû. Pourquoi ce respect ne va-t-il pas de lui-même ? Pourquoi, en tant que personne de sexe féminin, devrait-elle être vue comme un objet disponible pour chacun ? Vraiment, je n'ai pas envie d'en rire.



  7. -|- Rikko dit :

    Désolé si je vous ai heurté par la dérision que j'ai mis dans mon commentaire, là n'étais pô mon objectif.

    Mea culpa, mea maxima culpa !
    (c'est bon ? on va pô me jeter des pierres .)



  8. -|- couliine dit :

    bon ça va rikko faut pas te flageller ...le sujet est sensible, il me semble que c'est un sujet qui nous touche particulierement et que nous ayons aps envie qu'il soit tourné en dérision mais tu as dit une chose juste: nul n'a le droit d'imposer son désir a l'autre qu'il soit homme ou femme et ça chaque parent devrait l'apprendre a ses enfants, je pense que ça changerai pas mal de chose dans notre socièté



  9. -|- Rikko dit :

    la flagellation... C'est un peu dur non ?
    Moi c'est la peau du dos que j'ai de sensible !



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