L’histoire de mon chevalier (1)

Par Delphine Dumont, le 24 janvier 2014 | Famille |

Bonne année, bonne santé, de la joie et de la liesse pour tous ! Je délaisse un peu ce blog (doux euphémisme) mais je ne vous oublie pas !

Pour plusieurs raisons, je veux vous raconter l'histoire de mon chevalier. Comme c'est une longue histoire, je découpe le récit en épisodes. Aujourd'hui, l'épisode 1 : La menace fantôme. Il faut que je vois si ce titre n'est pas déjà pris…

En septembre dernier, je vous avais fait part de ma fierté de voir mon fils se battre courageusement pour une juste cause (L’éducation d’un chevalier. J'avais évoqué son enfance compliquée sans entrer dans les détails. Du coup, Mère Teresa n'avait pas tout compris et c'était pas très cool.

Autre chose, des élus désœuvrés ont eu l'idée de proposer d'interdire l'instruction à domicile, cette même instruction à domicile qui m'a permis de sauver mon fils (mais aussi d'avoir des emmerdes). Je voulais donc apporter mon témoignage pour lutter contre cette bêtise.

Enfin, j'ai lu récemment le combat d'une mère pour son fils différent et c'était terriblement triste. Son fils a fait plusieurs tentatives de suicide et, s'il va bien aujourd'hui, c'est vraiment grâce à la chance. Notre magnifique système éducatif/de santé avait tout fait pour le détruire.

Bref, je voulais dire à tous les parents qui se battent pour aider leurs enfants qu'on peut y arriver, même si c'est plus difficile que de tuer un dragon avec des spaghettis.

Le plus extraordinaire des bébés chevaliers

Quand mon fils est né (avec une semaine de retard sur la date prévue), c'était le plus beau des bébés. Ce n'était pas seulement mon avis, c'était aussi celui de l'infirmière qui l'a montré à toutes les autres mamans. Sympa pour elles...

Il était vraiment craquant avec ses cheveux très bruns, ses grands yeux noirs et curieux, et ses rouflaquettes. Tout le monde s'extasiait sur sa petite bouille mais aussi sur sa tonicité et son éveil. Le pédiatre me répétait sans arrêt : « C'est fou ce qu'il est éveillé, il me suit des yeux, il répond à tout un tas de stimuli, c'est incroyable ! ». Ce praticien est d'ailleurs revenu avec un confrère pour lui montrer les capacités de mon fils.

Ma famille le trouvait aussi fabuleux, incroyable, etc. Je prenais ces remarques avec un certain détachement. D'abord, je savais qu'il est d'usage de complimenter une jeune maman sur sa progéniture. Ensuite, soyons sérieux, c'était MON fils, vous auriez voulu qu'il soit ordinaire ? Sans blagues !…

Pour vous donner un exemple du phénomène, quand on le mettait sur le ventre, il levait la tête, regardait à droite et à gauche longuement et reposait doucement sa tête. C'est le seul nourrisson que j'ai jamais vu faire ça.

Pendant dix-huit mois, il a continué à se développer sans problème majeur. La pédiatre, chez qui je l'amenais chaque mois, était elle aussi stupéfaite par son éveil, mais tout allait bien. Pour être exhaustive, je signale quand même un gros problème de régurgitation qui lui donnait l'air de s'entraîner pour le remake de L'Exorciste.

Le ciel se couvre

Quand il a eu 18 ou 19 mois, mon fils a commencé à craindre les inconnus. Il y avait bien sûr déjà eu des étapes de ce type auparavant, ça fait partie du développement normal d'un enfant, mais là, il y avait un refus du contact visuel. Si la personne inconnue essayait de lui caresser les cheveux, il ne fuyait pas mais se figeait. Je n'y ai pas prêté une attention particulière, c'est venu progressivement et j'ai cru que ça repartirait de même.

Avec les autres enfants, tout se passait toujours bien. Il aimait jouer seul mais acceptait avec joie la présence des autres. C'était d'autant plus facile que les autres enfants ont toujours semblés attirés par lui. À la halte-garderie, on ne lui faisait qu'un reproche : il aimait pousser les châteaux branlants (surnom donné aux tout-petits qui commencent à marcher).

Il n'avait jamais fait mal aux autres, il y a eu l'étape de la morsure, bien sûr, mais ça a été extrêmement court, le temps de tester. Bref, poussait-il ces petits par esprit scientifique ? Je n'en sais rien mais je n'en serais pas étonnée.

À trois ans, il est entré en maternelle. Tous les soirs, j'interrogeais l'institutrice qui me disait que tout s'était bien passé. Soudain, le dernier soir avant les vacances de Noël, elle me prend à part et m'apprend qu'en fait, ça ne se passe pas bien du tout, que mon fils reste silencieux toute la journée, qu'il ne fait presque aucune activité, bref, qu'elle est très inquiète. Elle me recommande de l'amener au CAMSP.

42 mois de CAMSP pour rien

Mon fils poursuit donc sa scolarité passive en parallèle avec des séances hebdomadaires au CAMSP. Le pédopsychiatre était une espèce d'ours pacifique qui n'a fait aucun mal à mon fils ni, j'ai le regret de le dire, aucun bien. Les séances n'ont strictement servi à rien, il n'y a pas eu la moindre amélioration, au contraire !

Mon fils s'est enfermé dans ses murs. J'étais la seule personne avec laquelle il communiquait et sans la moindre réserve. Bavardages, fous rires, questions sans fin, j'avais droit à tout sauf aux câlins. Un bisou, ça allait, mais il y avait trop à faire dans la vie pour s'attarder à des câlins ! Il jouait près de moi ou dans sa chambre, selon ses envies. Ses activités préférées étaient les jeux de construction. Il refusait de dessiner ou de faire des motifs en gommettes. Il se limitait à tracer des lignes les plus droites possible. Je possède un unique bonhomme en bâtons qu'il m'a dessiné quand il avait quatre ans, le bonhomme a un grand sourire et il est vraiment sympa.

C'était aussi un très petit dormeur, une nuit de six ou sept heures lui suffisait amplement. Un supplice pour une marmotte comme moi ! Heureusement, il a très vite pris l'habitude de rester sagement dans sa chambre à lire ou jouer calmement.

Pendant les 42 mois de CAMSP, il n'y a eu que deux séances auxquelles j'ai participé et raconté son quotidien. Tout le reste du temps, j'ai été soigneusement écartée, j'étais le chauffeur de mon fils, rien de plus. J'ai pourtant plusieurs fois demandé qu'on me dise ce qui clochait mais je n'ai reçu ni explication, ni soutien, ni conseil.

Il n'y a eu qu'une exception. Le psychologue scolaire m'avait expliqué que tout était de ma faute, que j'étais trop proche de mon fils. J'en ai parlé au pédopsychiatre du CAMSP qui a haussé les épaules et m'a dit qu'au contraire, ce que je faisais était bien et que je maintenais mon fils en liaison avec le monde. Voilà, c'est tout. Une fois en trois ans et demi.

Je ne veux pas me faire plaindre mais il faut comprendre ce que c'est pour une jeune maman de chercher comment aider son fils, comment l'inciter à s'ouvrir au monde, comment lui éviter de souffrir surtout. Parce qu'il souffrait. Beaucoup. Souvent.

Je n'ai pas parlé de son père jusqu'ici pour la simple et bonne raison que son père jugeait que rien n'était son problème. Il consentait parfois à nous déposer au CAMSP mais certainement pas à nous accompagner. Quant à jouer ou sortir avec son fils, inutile de rêver !

Pire, ce père n'était pas qu'absent, il était aussi violent. En paroles principalement mais quelques claques ont parfois volé. Il me semble certain aujourd'hui que ça a joué dans les troubles de mon fils mais, bien que j'en ai parlé à plusieurs reprises et plusieurs interlocuteurs, cela a toujours semblé sans importance aux innombrables experts consultés.

Le CAMSP concerne les enfants jusqu'à six ans maximum. Mon fils a bénéficié d'une dérogation pour y être suivi jusqu'à ses sept ans mais il a fallu ensuite trouver autre chose.

La fin de ce suivi a coïncidé avec l'entrée en CE1. Autant la maîtresse de CP a fait tout ce qu'elle a pu, allant jusqu'à faire les exercices à la place de mon fils !, autant celle de CE1 a été claire, il était impossible de continuer.

Depuis presque quatre ans que nous allions de spécialiste en spécialiste sans trouver la moindre réponse, je désespérais de savoir quoi faire. On nous a proposé une place en CLIS. Nous sommes donc allés visiter la classe, c'était l'horreur ! Un enfant assis contre un mur se balançait en se cognant la tête, un autre essayait de planter des crayons dans ses petits camarades, un autre hurlait des insultes violentes et obscènes, un autre était posé sur une chaise, les yeux dans le vide, bavant un peu... Mon fils a serré ma main de toutes ses forces, terrifié.

Il était hors de question de choisir cette solution. Une école de Dijon aurait pu être une solution mais, comme mon fils refusait de parler, d'écrire et de dessiner, il était impossible de le tester et de savoir ce qui pourrait être fait avec lui. Exit aussi cette solution ! Il ne me restait que l'instruction à domicile.

J'ai reçu des encouragements chaleureux (« Vous êtes complètement dingue, vous allez bousiller votre fils ») de diverses personnes du monde enseignant. Seule la directrice de l'école primaire m'a dit, après une longue réflexion et un profond soupir, « Vous n'avez probablement pas tort, ça peut marcher ». Je la remercie encore.

Nous avons donc commencé l'école à la maison au début du second trimestre de CE1.

La suite de ce billet avec les épisodes 2, 3 et 4 :

[Copyright : Delphine Dumont - Tous droits réservés]

flattr this!

Tweet

À lire aussi sur ce blog :

Écrire un commentaire

Propulsé par WordPress | Blue Weed par Blog Oh! Blog | modifié par Delphine Dumont
Billets (RSS) et Commentaires (RSS). | Fil Twitter de ce blog
copyright © 2006-2014 Redacbox