Bref, pour mon grand retour... (vivas de la foule... salutations... acclamations... liesse générale... petite larme d'émotion...), pour mon grand retour donc, j'ai un sujet absolument idéal. Comme je vous le disais, une place de leader de la blogosphère s'est libérée : "Déçu par ses lecteurs, l'auteur du blog le plus lu en Suède y met fin" (Le Monde).

Bon, c'est en Suède, mais on a déjà connu des obstacles plus difficiles et on les a surmontés.

Effet miroir ou boomerang ?

Si vous avez la flemme de lire l'article du Monde, je vous résume : Alex Schulman a commencé un blog, il y a un an. Il y était super méchant. Plus il était méchant, plus il avait de lecteurs et de commentaires méchants. Bref, maintenant, il a la nausée, il se sent sale et il arrête tout.

Je ne connais pas Alex Schulman et sa page Wikipédia ne m'aide guère vu qu'elle est suédoise. Par contre, le phénomène dont il souffre, je le connais bien. Ce qu'on balance sur son blog, on le prend en retour, très fort.

Je ne sais pas si cela tient plus du miroir ou du boomerang, mais c'est vraiment très fort. Regardez les blogs de grands malades, Bon pour ton poil (dont le dernier billet est une excellente explication de texte d'une chanson de Calogero) ou The Midnight Examiner, leurs visiteurs et commentateurs sont eux aussi lourdement atteints.

Les esprits brillants (ce n'est pas de la brosse mais de l'honnêteté) comme Maître Eolas, Koz ou encore, dans un style différent, Aymeric Jacquet, ont, de façon générale, des commentaires brillants.

Bref, le blog est une auberge espagnole à effet multiplicateur, on y trouve ce qu'on y amène mais amplifié, surmultiplié. A ce phénomène s'ajoute un autre phénomène : l'auteur du blog est aussi catalogué et englué dans les considérations manichéennes de certains lecteurs lourdingues. Ainsi, si on est de droite, j'en ai déjà parlé, on ne peut qu'être un salaud de facho qui fait rôtir des immigrés pour son petit déj'. Si on est croyant, on est forcément poussiéreux et cul-serré. Et intolérant. Si on est de gauche, on est bon, généreux et doué d'une grande clairvoyance mais affligé d'un devoir de critique sévère de tout ce qui est de droite. La moindre reconnaissance d'une bonne démarche du camp d'en face se paye immédiatement par des accusations de traîtrise...

Si on a un BD-blog, on est tenu d'examiner avec la plus grande attention le moindre gribouillis de ses lecteurs et de s'extasier, sinon on n'est qu'un "sale con qui a chopé le melon". Boulet avait fait une excellente note à ce sujet, mais la recherche sur son blog étant impossible, vous ne la verrez pas. :)

Donner, recevoir et gérer son image

Quand on commence un blog où l'on exprime ses opinions, on s'imagine naïvement qu'on pourra dire ce qu'on veut puisqu'on sera chez soi. Ha ha ! Pauvres innocents que nous sommes !... :')

Au début, nous avons peu de commentaires, nous nous sentons libres et nous nous exprimons ouvertement. Puis un jour, une remarque nous montre qu'on a un peu abusé sur un terme, nobody's perfect, mea culpa, on corrige le tir. On apprend à communiquer. Si on tient bon la barre, le nombre de nos visites augmente, les commentaires aussi, on entame des conversations plaisantes. On a des trolls, des frustrés et des intégristes qui viennent un peu pourrir le truc, mais ça reste sympa.

Ensuite, on découvre les "dictateurs". Ils viennent vous dire ce que vous avez le droit d'écrire sur votre blog. Oui, c'est space et tant qu'on ne l'a pas vécu, on n'imagine pas trop l'effet ressenti. Un peu comme si, au moment où vous vous asseyez à table pour dîner, un haut-parleur hurlait : "Pas sur cette chaise !". Il faut alors rappeler encore et encore qu'on est chez soi, qu'on y dit ce qu'on y veut, que ça plaise ou non, qu'on veut bien reconnaître nos erreurs mais qu'on nous les démontre d'abord.

Bref, tenir un blog, c'est recevoir ce que l'on donne mais multiplié à l'infini et se mettre en danger. Plus on s'exprime, plus on s'expose. On ne le sait pas, on ne le sent pas venir. Alex Schulman a pris ce retour de force en pleine figure, je le plains sincèrement. Mais, alors qu'il m'arrive si souvent de m'indigner de l'exploitation de la misère humaine dans les médias, j'ai aussi l'impression que, pour une fois, il y a une morale à tirer de son histoire.

Delphine Dumont
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